Un journaliste turc raconte ses 40 jours de captivité chez les djihadistes

Le photojournaliste turc Bunyamin Aygun.... (PHOTO AFP/MILLIYET DAILY)

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Le photojournaliste turc Bunyamin Aygun.

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Le groupe État islamique

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Le groupe État islamique

Après avoir fait d'importants gains en Syrie face aux troupes d'Assad, les djihadistes de l'EI ont pris l'Irak d'assaut s'emparant d'importants pans du pays, dont la deuxième ville, Mossoul. Une offensive visant à créer un État islamique en pays sunnite, à cheval sur l'Irak et la Syrie. »

Dilay GUNDOGAN
Agence France-Presse
Istanbul

Il y a un an, Bunyamin Aygun a cru sa dernière heure arrivée, lorsque les djihadistes  du groupe État islamique (EI) qui le retenaient en otage lui ont annoncé son exécution. Le photographe turc s'en est miraculeusement sorti et raconte aujourd'hui son épreuve.

Publié en janvier, son livre intitulé «Quarante jours entre les mains de l'EI» décrit son quotidien de prisonnier, ses relations avec ses geôliers et donne un coup de projecteur inédit sur le fonctionnement de l'EI et la psychologie de ses combattants.

«Si je ne l'avais pas écrit, j'aurais trahi mes collègues», confie Bunyamin Aygun dans un entretien accordé à l'AFP au siège stambouliote de son journal Milliyet en évoquant les journalistes qui, captifs de l'EI comme lui, ont été décapités. «Ces quarante jours m'ont semblé aussi longs que quarante années».

Primé à plusieurs reprises, le photographe fut l'un des premiers à traverser la frontière syrienne pour y couvrir la guerre civile qui dévaste le pays depuis quatre ans.

Le 25 novembre 2013, sa mission tourne au cauchemar. À peine franchie la frontière, la voiture qu'il partageait avec un commandant de l'Armée syrienne libre (ASL) pour rallier une unité rebelle dans la ville de Salkin est interceptée par huit combattants jihadistes.

Son prénom à consonance israélite attise la suspicion de ces ravisseurs, qui l'accusent d'être un espion à la solde de l'État hébreu.

Les yeux bandés, entravés en permanence, il est pressé de questions, sans ménagement. «Ils me demandaient «est-ce que tu bois (de l'alcool) ? Pour qui tu travailles ? Donne-nous des noms+», se souvient-il, «on était forcé de faire des ablutions et de prier cinq fois par jour, ce que je ne savais pas faire».

Bunyamin Aygun raconte qu'un de ses compagnons de cellule lui a rapidement appris le rituel musulman. «Ils torturaient moins ceux qui priaient», note le journaliste turc.

«La pire des tortures»

Mais un jour, un des geôliers avec lequel le photographe avait sympathisé, qu'il nomme «Dayi» (oncle), lui annonce qu'il a été condamné à mort. «Lève-toi, prie et repend-toi», lui lance-t-il, «tu seras exécuté demain par le sabre».

«Toute ma vie s'est mise à défiler devant moi», se souvient le journaliste de Milliyet. «J'imaginais la façon dont j'allais être exécuté chaque fois que je fermais les yeux», poursuit-il, «attendre ma mort a été la pire des tortures».

Bunyamin Aygun s'attend alors à voir débarquer son bourreau à chaque instant. Il se prépare à attaquer ses geôliers, préférant mourir d'une balle que par le sabre. Mais pendant trois jours, rien. Jusqu'à ce qu'un de ses gardiens lui montre le corps de «Dayi», tué au combat, en lui disant qu'il sentirait comme lui une fois tué.

Le journaliste turc est à nouveau livré à lui-même plusieurs jours, au point de se demander si ses ravisseurs n'ont pas décidé de le laisser mourir de faim.

Après quarante jours de détention, il est finalement libéré par un groupe djihadiste rival. Il n'apprendra que plus tard que le groupe État islamique s'était retiré de la ville où il était détenu et que les services de renseignement turcs (MIT) avaient pris contact avec ses ravisseurs pour négocier son élargissement.

Plus d'un an après, Bunyamin Aygun confie penser encore chaque jour à sa captivité. Mais il espère pouvoir un jour retourner en Syrie pour y faire son métier.

«Les choses que j'ai vécues m'ont profondément affecté, mais elles ne sont pas si importantes quand on sait combien de personnes sont brutalement tuées (par l'EI) chaque jour», dit le photographe. Il se souvient de ses collègues américains James Foley ou Steve Sotloff, décapités, ou de nombreux autres otages, anonymes, pendus.

«Écrire ce livre a été très douloureux, revivre ces moments-là, mais j'en ai éprouvé un grand soulagement», confie-t-il.

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