Irak: la destruction des trésors archéologiques suscite l'indignation

À coups de marteaux, les extrémistes de l'EI... (PHOTO AP)

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À coups de marteaux, les extrémistes de l'EI ont détruit à Mossoul, dans le nord, deuxième ville d'Irak sous leur contrôle depuis juin 2014, des splendeurs archéologiques.

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Le groupe État islamique

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Le groupe État islamique

Après avoir fait d'importants gains en Syrie face aux troupes d'Assad, les djihadistes de l'EI ont pris l'Irak d'assaut s'emparant d'importants pans du pays, dont la deuxième ville, Mossoul. Une offensive visant à créer un État islamique en pays sunnite, à cheval sur l'Irak et la Syrie. »

Jean Marc MOJON
Agence France-Presse
Bagdad

Une vidéo montrant des djihadistes du groupe État islamique (EI) en train de détruire des sculptures préislamiques en Irak a suscité l'indignation dans le monde et la crainte que d'autres trésors archéologiques ne soient détruits.

En Syrie, les djihadistes de l'EI ont subi une sévère défaite face aux combattants kurdes, qui se sont emparés de l'une de leurs places fortes, et au moins 18 personnes ont été tuées dans deux localités rebelles près de Damas, selon une organisation non-gouvernementale.

À coups de marteaux-piqueurs, les extrémistes de l'EI ont détruit à Mossoul, dans le nord, deuxième ville d'Irak sous leur contrôle depuis juin 2014, des splendeurs archéologiques, dont un immense taureau ailé assyrien de la porte de Nergal.

À l'étranger, les comparaisons avec la destruction en 2001 par les talibans des bouddhas de Bamiyan en Afghanistan se sont multipliées.

Évoquant un «nettoyage culturel», la directrice générale de l'UNESCO, Irina Bokova, a demandé à la Cour pénale internationale (CPI) de se saisir de l'affaire.

«Cette attaque est bien plus qu'une tragédie culturelle (...) elle alimente le sectarisme, l'extrémisme violent et le conflit en Irak», avait déclaré Mme Bokova jeudi, appelant à une réunion urgente du Conseil de sécurité de l'ONU.

Le président français François Hollande a accusé les djihadistes de vouloir «détruire tout ce qui est humanité», et le musée parisien du Louvre a condamné des destructions «barbares».

«Favoriser l'idolâtrie»

Le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil al-Arabi, a dénoncé «l'un des crimes les plus abominables commis en notre temps contre le patrimoine de l'Humanité».

L'instance représentant l'islam auprès des autorités égyptiennes, Dar al-Ifta, a elle aussi condamné les destructions.

L'EI, un groupe extrémiste sunnite, a profité de l'instabilité en Irak et de la guerre en Syrie pour s'emparer de vastes régions où il multiplie les atrocités.

Pour cette organisation, statues, tombeaux et représentations «favorisent l'idolâtrie» et méritent donc d'être détruits.

«Fidèles musulmans, ces sculptures derrière moi sont des idoles pour les peuples d'autrefois qui les adoraient au lieu d'adorer Dieu», déclare un djihadiste face à la caméra, dressant un parallèle avec la destruction par le prophète Mahomet des statues des idoles à la Mecque.

Si parmi les statues détruites figurent des répliques d'oeuvres mises en sécurité depuis longtemps dans des musées occidentaux, certaines étaient uniques, dont le colossal taureau ailé assyrien.

«Capables de tout»

«Je crains qu'ils ne prévoient plus de destructions», déclare Ihsan Fethi, un spécialiste du patrimoine irakien, basé en Jordanie. «Ils sont capables de tout, ils sont capables de dire que les temples de Hatra sont païens et de les faire sauter», dit-il, se référant à une ville située au sud de Mossoul et qui est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Mais protéger ces sites - Nimroud, Hatra, et tous ceux situés dans les territoires conquis par l'EI - est une tâche presque impossible, estime Mounir Bouchnaki, directeur du centre régional arabe pour le patrimoine mondial, basé à Bahreïn. «Si vous n'avez pas des gens sur le terrain, c'est très difficile», souligne-t-il.

Concernant Mossoul, le Pentagone a déclaré vendredi que les États-Unis ne cherchaient pas à faire pression sur les autorités irakiennes pour qu'elles lancent rapidement une offensive pour reprendre la ville.

«Nous ne poussons pas, nous n'essayons pas d'inciter fortement» les Irakiens à rapprocher la date de l'offensive sur Mossoul, a déclaré le porte-parole du Pentagone, le contre-amiral John Kirby.

La semaine dernière, un haut responsable militaire américain avait évoqué une offensive sur Mossoul «en avril-mai», ce qui avait irrité Bagdad.

En Syrie, les combattants kurdes ont infligé vendredi une sévère défaite à l'EI en s'emparant d'une de ses places-fortes dans la province de Hassaké, dans le nord-est, a annoncé l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

«Les djihadistes se sont retirés sans grande résistance après que les forces kurdes épaulées par des combattants arabes de Jeich Sanadi (l'Armée des héros) sont entrés à Tall Hamis», selon l'OSDH.

Par ailleurs, au moins 18 personnes ont été tuées vendredi dans des raids aériens et un attentat à la voiture piégée dans deux localités rebelles proches de Damas, a indiqué l'OSDH.

Onze personnes ont péri lorsqu'une voiture a explosé près d'une mosquée à Dmeir, à 40 km au nord-est de la capitale, et sept autres ont été tuées dans huit raids aériens de l'armée qui ont visé Merhej, à une dizaine de km de Damas, toujours selon l'OSDH.

Ces violences se sont déroulées dans la région de la Ghouta orientale, principal secteur rebelle dans la province de Damas, assiégé depuis plus d'un an par l'armée.

Plus de 210 000 personnes sont mortes depuis le début du conflit en Syrie en mars 2011, selon l'OSDH.

Le Pentagone a annoncé vendredi que l'entraînement en Turquie de rebelles syriens modérés par des militaires américains devrait commencer d'ici «quatre à six semaines».

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