Les balles «expansives» de Pistorius

Oscar Pistorius lors de son procès pour meurtre,... (Agence France-Presse)

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Oscar Pistorius lors de son procès pour meurtre, au tribunal de Pretoria, le 11 mars.

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L'affaire Pistorius
L'affaire Pistorius

Accusé du meurtre prémédité de sa petite amie Reeva Steenkamp lors de la nuit de la Saint-Valentin 2013, Oscar «Blade Runner» Pistorius, champion paralympique sud-africain, soutient qu'il a tué sa copine accidentellement, croyant tirer sur un cambrioleur réfugié dans la salle de bain. »

Sibongile KHUMALO
Agence France-Presse
Johannesburg

La possession d'une arme à feu est répandue en Afrique du Sud quoiqu'en baisse depuis quinze ans. Mais le type de balles expansives avec lesquelles le champion handisport Oscar Pistorius a tué sa petite amie le 14 février 2013 a fait l'objet d'interdictions répétées.

Ce type de balles, appelées «Black Talon», «s'ouvre une fois dans le corps et lacère les tissus», explique à l'AFP Jacobus Steyl, un expert balistique basé à Durban (est).

Comparables aux balles artisanales qu'on voit les assassins préparer au cinéma en sciant une croix au bout du projectile, elles ont comme propriété que la chemise de la balle s'ouvre comme les pétales d'une fleur lors de l'impact, sur plusieurs centimètres dans les chairs.

«Cela provoque de graves dégâts... et c'est assez dangereux», ajoute M. Steyl, corroborant la déposition du médecin légiste Gert Saayman qui depuis lundi détaille crûment l'état du corps de Reeva Steenkamp, autopsié au lendemain de la sinistre Saint-Valentin.



Les «Black Talon» sont conçues pour faire «un maximum de dégâts», a dit M. Saayman à la cour.

«Les victimes de ces balles ont très peu de chances de survie à cause de l'hémorragie interne massive qu'elles causent», souligne aussi Andy Fuller, propriétaire au Cap d'un club de tir.

Tirées de près, elles tuent presque à coup sûr, comme dans le cas de Reeva qui se trouvait à quelques mètres de Pistorius, uniquement séparée de lui par une porte fermée.

Le sportif, qui ne se séparait jamais de son calibre 9mm, affirme avoir tiré par accident, croyant à un cambrioleur caché dans ses toilettes fermées à clé.

Plusieurs voisins ont cependant témoigné à la barre des bruits d'une dispute et des appels au secours d'une femme qui les ont réveillés la nuit du drame.

«La faute du gouvernement» 

Fabriquées par une usine américaine Winchester Ammunition à partir de 1991, les «Black Talon» étaient très vendues en Afrique du Sud durant les terribles années précédant la fin du régime d'apartheid en 1994, théâtre de tueries entre l'ANC de Nelson Mandela et l'Inkatha Freedom Party, un parti zoulou, en raison de rivalités en partie attisées par les services secrets du gouvernement.

Interdites ensuite, juste avant 1994, elles ont continué d'être commercialisées sous le nom de «Ranger», nonobstant les efforts remontant au XIXe siècle pour bannir les balles à fragmentation, mises à l'index dès 1899 par la convention de La Haye.

Reste que les forces de l'ordre leur trouvent deux avantages: elles évitent de tuer des innocents par ricochet, car elles ne transpercent pas le corps de la victime et elles ont aussi un pouvoir d'arrêt très important, la balle prenant de l'expansion dans le corps au lieu de ressortir.

Selon les sources, l'Afrique du Sud compte 1,5 à 3 millions de détenteurs d'armes à feu enregistrées, un chiffre en baisse depuis quinze ans, notamment grâce à une réforme de la législation en 2004.

Cela a permis de réduire de 50 % les morts causées par des armes de poing, selon l'association Gun Free SA, qui milite pour une interdiction totale aux civils.

Le texte avait été adopté quelques semaines après la terrible mésaventure arrivée à un ex-joueur de rugby, Rudi Visagie, meurtrier de sa fille, confondue avec un voleur. Il avait été relaxé.

Pour avoir un port d'arme comme Pistorius, il faut un brevet d'aptitude au tir et des témoignages favorables de voisins sur sa santé mentale, ses éventuelles dépendances et son agressivité.

Une réglementation visiblement mal appliquée puisque plusieurs imprudences survenues avant le meurtre commis par Pistorius sont restées sans suite.

En mars 2013, son père Henke Pistorius avait justifié les nombreuses armes détenues dans la famille par sa passion de collectionneur, par son activité de chasseur, mais aussi par le besoin de se défendre.

«C'est la faute du gouvernement de l'ANC, regardez les niveaux de criminalité, pourquoi la protection est-elle aussi mauvaise dans ce pays, c'est aussi un aspect de notre société (...) On ne peut pas se fier à la police (...)», avait-il dit.

L'Afrique du Sud affiche un taux d'homicides de 31,9 pour 100 000 habitants en 2012 (contre 66 pour 100 000 en 1994), rappelle Gun Free SA.

Pistorius, imprudent avec les armes à feu

Un ami d'Oscar Pistorius, venu témoigner mardi à son procès pour meurtre, a raconté comment l'accusé avait par deux fois fait un usage imprudent d'une arme à feu, dans un restaurant puis dans une voiture après une altercation avec la police.

«Nous avons été ensemble au stand de tir, et je savais qu'il avait un grand amour pour les armes», a dit au tribunal Darren Fresco, un jeune homme directement impliqué dans deux incidents qui valent également des poursuites à Pistorius, en marge de l'accusation pour meurtre de son amie Reeva Steenkamp.

Le premier incident remonte à 2012, lorsque Pistorius a tiré une balle à travers le toit ouvert de la voiture de son ami, pour se défouler après un contrôle policier tendu.

Le récit de Darren Fresco diffère légèrement de la version donnée auparavant au tribunal par l'ex-compagne de Pistorius, Samantha Taylor, qui se trouvait elle aussi dans la voiture.

Selon Fresco, Pistorius a saisi son arme et, sans prévenir, a tiré en l'air. «Je conduisais, l'accusé était sur le siège passager (...) et sans aucun avertissement, il a tiré par le toit ouvrant (...), j'ai cru que j'avais l'oreille en sang».

Interrogé sur sa réaction, le jeune homme a répondu à la juge: «Excusez le vocabulaire, madame, mais je lui ai dit «Putain, t'es dingue!»».

Selon le témoin, Pistorius s'est contenté de rire.

Samantha Taylor, qui était sur le siège arrière, avait affirmé pour sa part que les deux jeunes gens cherchaient un feu de circulation pour tirer dessus et ri ensemble après le coup de feu. Fresco a formellement nié cette version.

L'autre incident est survenu en janvier 2013, quelques semaines avant le meurtre de la Saint-Valentin. Dans un restaurant bondé d'un quartier chic de Johannesburg, Pistorius a demandé à Fresco de lui passer son revolver sous la table.

Fresco s'est exécuté, Pistorius a saisi l'arme, et un coup est parti. L'un des convives à la table a été égratigné au pied par des éclats.

«Pistorius m'a demandé de dire que c'était moi qui avais tiré, a témoigné Fresco, parce qu'il était trop observé par les médias à ce moment-là». L'incident s'est produit quelques mois après les Jeux olympiques de Londres 2012, où Pistorius, le champion amputé des deux jambes, est devenu un héros mondial en s'alignant dans les épreuves d'athlétisme aux côtés des valides.

Fresco a accepté d'aider son ami en s'accusant du coup de feu.




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