Le procureur recommande d'acquitter DSK

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Dominique Strauss-Kahn quitte l'hôtel de Lille où il séjourne pour se rendre au tribunal, le 17 février.

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Marine LAOUCHEZ
Agence France-Presse
LILLE, France

Le procureur a requis mardi la relaxe «pure et simple» pour Dominique Strauss-Kahn, prévenu vedette d'un procès en France pour proxénétisme aggravé, estimant que les preuves manquaient contre l'ancien directeur du Fonds monétaire international.

«En mettant dans la balance tous les éléments à charge et à décharge, je considère que ni l'information judiciaire ni l'audience n'ont permis d'établir la preuve de la culpabilité de M. Strauss-Kahn», a déclaré le procureur de Lille (nord) Frédéric Fèvre.

DSK n'a cessé d'affirmer ne pas savoir que des prostituées participaient aux soirées libertines auxquelles il prenait part.

Jugé trois ans et demi après le scandale sexuel de l'hôtel Sofitel de New York qui a brisé sa carrière politique, l'ancien politicien vedette, 65 ans aujourd'hui, encourt jusqu'à 10 ans de prison.

«Il appartient au tribunal de ne condamner que sur des preuves et non sur des convictions (...) Je requiers donc sa relaxe pure et simple», a ajouté le procureur.

La présence de l'ancien patron du FMI «a incontestablement donné à la procédure une dimension hors norme, politique, médiatique, morale, en plus de la dimension pénale qui est la seule que nous avons à connaître», a noté le magistrat.

«Un homme puissant serait nécessairement coupable?», s'est interrogé le magistrat, qui a assuré vouloir traiter DSK «comme n'importe quelle autre personne».

Lors des réquisitions à son endroit, l'ancien favori socialiste de la présidentielle française de 2012 s'était redressé sur son siège, bras croisés, écoutant attentivement les propos du procureur.

Le procureur a par contre réclamé un an de prison ferme pour l'un des 13 coprévenus de DSK, un propriétaire de maisons closes en Belgique connu sous le sobriquet de «Dodo la Saumure», et de 3 à 15 mois avec sursis contre cinq autres prévenus.

Dominique Alderweireld (dit «Dodo la Saumure») était parfaitement au courant que les prostituées de ses établissements allaient en France, voire plus loin encore, à Paris et Washington, à l'occasion des soirées qui ont valu à DSK de comparaître, a asséné le procureur lors de ses premières réquisitions au procès dit «du Carlton».

L'affaire «du Carlton» a permis le démantèlement non d'un «réseau mafieux», mais des «pratiques d'un groupe d'amis», en quête de «satisfaire des égos, des ambitions, voire tout simplement des désirs physiques», a reconnu le procureur.

«Ce qui m'a frappé, c'est l'absence totale de considération pour les femmes qui sont reléguées au simple (état) d'objet de plaisir», a néanmoins souligné Frédéric Fèvre.

Manque de preuves

Lundi, l'accusé principal avait bénéficié d'une bonne surprise : deux avocats de plaignants ont annoncé qu'ils abandonnaient les poursuites engagées à son encontre, une association militant contre le proxénétisme et deux prostituées, Mounia et Jade, ayant décidé de jeter l'éponge après avoir cependant expliqué à la barre leur traumatisme.

«Pour M. Strauss-Kahn, l'omerta a parfaitement fonctionné», a commenté l'un des avocats, Me David Lepidi, qui défend l'association «Équipes d'action contre le proxénétisme».

«Nous avons la conviction que M. Strauss-Kahn avait la pleine et entière connaissance de l'état de prostituée (de ses partenaires). Mais cette conviction ne suffit certainement pas à constituer l'infraction», a renchéri Gilles Maton, représentant de quatre ex-prostituées.

Au terme de trois jours d'audience la semaine dernière, Dominique Strauss-Kahn était resté solide dans l'épreuve de l'étalage de sa vie intime. «Je ne m'estime en rien l'organisateur de ces soirées», a-t-il répété.

Confronté le premier jour à Mounia et Jade, qui ont évoqué la brutalité qu'elles ont éprouvée de sa part, il était aussi resté impassible.

Assumant son goût pour une sexualité de groupe, il a parlé de «séances de récréation», loin de «l'abattage» évoqué par ses anciennes partenaires. Il a aussi expliqué son aversion pour le recours aux travailleuses du sexe : «Ça ne me plaît pas, parce que j'aime que ce soit la fête.»

Enseignant, économiste, ministre, directeur général du Fonds monétaire international, conférencier, avocat, banquier d'affaires... Avant de brutalement figurer dans la rubrique justice des journaux, «DSK» était décrit comme un touche-à-tout doué, un brin dilettante, aimant l'argent, et un homme capable de rebondir.

Au vu de l'étalage de sa vie privée, son plus grand adversaire semble avoir été surtout lui-même et son goût extrême pour les femmes.

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