Après les émeutes, (re)bâtir les ponts à Ferguson

Une femme et son fils ont peint un... (PHOTO JEWEL SAMAD, AFP)

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Une femme et son fils ont peint un dragon hier sur les contreplaqués qui placardent les fenêtres d'un restaurant chinois de Ferguson, vandalisé plus tôt cette semaine.

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La mort de Michael Brown, un jeune Noir de 18 ans abattu par un policier blanc, a plongé cette banlieue de St. Louis au Missouri, dont la population est à forte majorité afro-américaine, dans une crise raciale et sociale sans précédent. »

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(FERGUSON) Malgré le froid mordant et les festivités de l'Action de grâce américaine, hier, des citoyens peignaient des images sur les commerces placardés du centre-ville de Ferguson, tandis que d'autres leur apportaient à manger ou arpentaient les rues pour les aider à effacer les cicatrices des émeutes de lundi soir.

«Il faudra du temps et des millions de dollars», dit Brian Fletcher, l'ancien maire de Ferguson, attablé au Corner Coffee House and Café, pendant que la tenancière peint un signe de paix bleu ciel sur un contre-plaqué installé sur une fenêtre brisée qui laisse passer un courant d'air froid. Mais l'ancien maire ne parle pas que des dégâts matériels. Il parle de rebâtir les ponts.

«J'ai peur qu'il y ait maintenant plus de tensions raciales que jamais», explique-t-il à La Presse, reconnaissant que Blancs et Noirs se mélangent peu. «On a des églises baptistes fréquentées par des Blancs et des églises baptistes fréquentées par des Noirs, illustre-t-il. Les gens ont tendance à se réunir avec ceux qui leur ressemblent, avec qui ils ont des points communs.»

Il reconnaît que le corps policier de Ferguson ne reflète pas du tout la composition de la population, mais estime que le problème est à la source. «Il n'y a pas assez de Noirs et de femmes dans la police en général», dit-il, soulignant que les rares candidats ont tellement de propositions qu'il est difficile pour sa ville d'en recruter.

«J'ai peur qu'il y ait maintenant plus de tensions raciales que jamais.»

Brian Fletcher
ancien maire de Ferguson

Celui qui compte 28 années de service à la Ville de Ferguson, dont sept à titre de maire, de 2005 à 2011, déplore les inégalités raciales, parlant d'un «système culturel» issu de l'esclavage. «Les Afro-Américains ont moins accès à l'éducation et à l'emploi, ils ont des revenus plus faibles et davantage de problèmes familiaux.»

Brian Fletcher aborde aussi la délicate question de la criminalité, pour déplorer l'image que les récents événements donnent de la communauté afro-américaine. «Le fait est que la majorité des gens qui ont participé au vandalisme et au pillage sont des Noirs», dit-il, ajoutant que la plupart n'étaient pas de la région.

En colère contre le gouverneur

L'ancien maire n'est pas tendre envers le gouverneur du Missouri, Jay Nixon, qui a «échoué lamentablement» à assurer l'ordre dans la petite ville de 20 000 habitants, en banlieue de St. Louis.

«On n'a eu aucune aide! tempête-t-il. Les gardes nationaux ne sont jamais venus, ils sont arrivés le lendemain.» Résultat, «deux douzaines» d'édifices ont été incendiés lundi soir au centre-ville ainsi que sur l'avenue West Florissant, près de l'endroit où Michael Brown avait été tué par un policier, en août, et pratiquement toutes les vitrines ont volé en éclats.

Réparer les dégâts

Comme la plupart des polices d'assurance ne couvrent pas les dommages causés lors d'émeutes, «les affaires sont anéanties», dit Brian Fletcher. L'ancien maire a donc lancé, en août, la campagne «I Love Ferguson», qui a produit 10 000 affiches et autres articles ornés du slogan au coeur rouge afin de récolter des fonds pour venir en aide aux commerçants touchés. «On a récolté plus de 90 000$ depuis trois mois.»

Les événements de lundi soir ont ravivé la générosité du public. «J'ai dans ma poche un chèque de 10 000$. D'une seule personne!» précise-t-il fièrement, en montrant aussi sur son téléphone intelligent plusieurs avis de dons reçus dans la matinée.

De l'autre côté de la rue, quelques femmes et leurs enfants, tous Blancs, peignent sur les contreplaqués qui placardent les commerces vandalisés. Un jeune garçon achève de dessiner les contours d'un dragon au crayon de plomb, qu'il s'apprête à troquer pour un pinceau.

«Pourquoi un dragon? lui demande le représentant de La Presse.

- Parce que c'est un restaurant chinois ici!», s'exclame-t-il.

Sa mère, Becky Kern-Ryan, espère que les actes de violence sont terminés et qu'ils feront place au dialogue, pour «amener les communautés à se parler». Comme pour lui donner raison, une femme et son mari, noirs, débarquent pour offrir un copieux déjeuner aux peintres amateurs. «Tout le monde a un rôle à jouer et le nôtre n'était pas nécessairement de manifester», explique Quoran Brownel, venue de la ville voisine de Florissant.

Optimiste, Brian Fletcher affirme que Ferguson «va sortir grandie» de cette épreuve, avant de repartir au volant de sa camionnette rouge pour préparer son activité de financement prévue le lendemain matin.

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