Le retrait en trompe-l'oeil des forces russes de Syrie

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Le président russe Vladimir Poutine

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Le président russe Vladimir Poutine avait frappé les esprits en mars en annonçant le retrait de la majeure partie des forces déployées en Syrie pour prêter main-forte au régime de Bachar al-Assad. Elles demeurent cependant bien présentes alors qu'une bataille cruciale s'engage à Alep.

LA PRÉSENCE MILITAIRE RUSSE A-T-ELLE ÉTÉ EFFECTIVEMENT RÉDUITE EN SYRIE ?

Lors d'une allocution télévisée, le chef d'État russe avait annoncé que la tâche confiée au ministère de la Défense en Syrie était « globalement accomplie » et que le moment était venu d'entamer un retrait d'envergure. Dans les faits, la Russie a retiré une partie des ressources militaires déployées dans le pays, dont des avions, mais les a remplacées par d'autres, relève Chris Harmer, un analyste de l'Institute for the Study of War, à Washington. Il y a aussi eu une « rotation de personnel », de sorte que sa capacité d'intervention est demeurée inchangée. Même son de cloche de Thomas Juneau, spécialiste du Moyen-Orient à l'Université d'Ottawa, qui parle d'une « redistribution de ressources » plutôt que d'un retrait.

QUEL ÉTAIT ALORS LE BUT DE CETTE DÉCLARATION PUBLIQUE ?

Selon M. Harmer, l'objectif premier de l'intervention russe en Syrie était d'éviter l'effondrement du régime de Bachar al-Assad, et non de lutter contre le groupe armé État islamique. La stratégie de relations publiques de Vladimir Poutine vise cependant à convaincre l'opinion publique que l'EI est sa priorité et qu'il se comporte comme un « partenaire responsable » en vue de négocier la fin des hostilités. L'annonce d'un retrait partiel des troupes, juge l'analyste, visait à renforcer cette idée. M. Juneau pense de son côté qu'il est « de plus en plus clair » que le but de l'annonce était d'abord de faire pression sur Bachar al-Assad pour qu'il modère ses ambitions sur le terrain et accepte de se prêter à la recherche d'une solution négociée.

LA RUSSIE SOUTIENT L'AVANCÉE MILITAIRE DU RÉGIME ET CHERCHE EN MÊME TEMPS À LE POUSSER À LA NÉGOCIATION ?

Le président de la Syrie s'est félicité à la mi-février de la progression de ses troupes, qui ont repris des pans importants du territoire syrien avec l'aide des forces russes, mais aussi de l'Iran et du Hezbollah. Il a alors assuré que la reconquête de l'ensemble du pays était le but que son régime chercherait à atteindre « sans hésitation ». Une telle ambition n'est cependant pas réaliste à la lumière des ressources militaires dont il dispose et du morcellement du territoire et elle contrevient aux visées de Moscou, qui ne veut pas se retrouver englué dans un affrontement sans fin. La Russie, note Thomas Juneau, envoie donc le message au régime qu'il dépend de son aide tout en le soutenant pour qu'il soit en bonne position dans le cadre de négociations visant à résoudre le conflit.

OÙ S'INSCRIT LA BATAILLE POUR ALEP DANS CE CONTEXTE ?

Les hostilités ont repris de plus belle dans cette ville du nord de la Syrie, qui est partagée entre le régime et l'opposition. Selon Thomas Juneau, Bachar al-Assad est déterminé à reprendre son contrôle parce qu'elle représente un « gros trou » dans le territoire stratégique sous son emprise. Même si elle est largement détruite, sa reconquête serait très importante sur le plan symbolique et pourrait contraindre l'opposition, qui exige le départ du dirigeant syrien, à modérer ses demandes à ce sujet à la table des négociations. L'objectif ultime pour Moscou, note M. Juneau, est de garantir que la Syrie post-conflit, avec ou sans Assad, demeure favorable aux intérêts russes, notamment avec le maintien de son installation navale à Tartous.

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