«Des martyrs de la liberté d'expression»

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Attentats à Paris

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Attentats à Paris

Le siège parisien du journal satirique français «Charlie Hebdo» a été la cible d'un attentat terroriste sanglant ayant coûté la vie à au moins 12 personnes dont son directeur de rédaction et dessinateur emblématique Charb et ses trois autres caricaturistes vedettes: Cabu, Wolinski et Tignous. Le pire attentat en sol français depuis 50 ans. Cet attentat a été suivi par deux attaques qui seraient vraisemblablement liées au carnage chez «Charlie Hebdo». »

Pour comprendre l'attentat d'hier, il faut remonter en 2005, au moment de la publication des caricatures de Mahomet dans un quotidien danois. La diffusion de ces dessins provoque une véritable crise internationale. C'est France-Soir qui, le premier, les publie en France, en 2006. Charlie Hebdo emboîte le pas une semaine plus tard. Puis, en mars 2007, le journal satirique est l'objet d'une poursuite pour «injures publiques» intentée par l'association de la Mosquée de Paris et l'Union des organisations islamiques. Un autre procès aura lieu l'année suivante.

Contrairement à la croyance populaire, Charlie Hebdo n'est toutefois pas un journal antireligieux, rappelle Thierry Watine, professeur de journalisme à l'Université Laval. «Ils ne sont pas anti-islam non plus. Ils critiquent aussi bien les juifs que les catholiques ou les hindouistes. Ils sont contre les extrémismes et les dérives des religions.»

Une large cible

Le journal qu'on a voulu faire taire hier est né dans la controverse. En 1970, le gouvernement français interdit la parution du journal satirique Hara Kiri Hebdo à la suite d'une première page consacrée à la mort du général de Gaulle. Ses artisans ont riposté en créant une nouvelle publication tout aussi provocatrice, Charlie Hebdo. Après un hiatus de 1981 à 1992, la publication, reconnue pour son humour grinçant et ses positions anticensure, renaît en 1992, grâce aux efforts d'un petit groupe de caricaturistes. C'est le noyau de cette équipe qui a été abattu, hier matin.

«Charlie Hebdo s'attaque à tous les pouvoirs: politiques, financiers, religieux, note Patrick Eveno, historien des médias et professeur à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il repousse toujours plus loin les limites de la liberté. Hier, ce n'était pas un attentat, c'était une exécution. L'exécution d'un journal.»

«Ce qui distingue Charlie Hebdo dans le paysage médiatique français, c'est qu'il aborde des sujets qui heurtent, note pour sa part le professeur Watine, qui a aussi été directeur des études de l'École supérieure de journalisme de Lille. C'est un feu nourri sur tous les conservatismes de la société, avec un côté déjanté.»

Les menaces à l'endroit de Charlie Hebdo prennent une autre ampleur en 2011, alors que ses locaux du 20e arrondissement sont incendiés. Le serveur de la rédaction est piraté et la une du journal est remplacée par la photo de la Mecque et des versets du Coran. L'équipe de Charlie Hebdo est hébergée dans les bureaux de Libération. «Ces gens-là étaient, plus que d'autres, en situation de vulnérabilité, rappelle Thierry Watine. Mais malgré les menaces, ils ont continué. Il n'y avait pas de sujets tabous avec eux, pas d'autocensure. C'étaient des mercenaires de la liberté d'expression.»

Une protection constante

Depuis l'incendie, certains membres de la rédaction étaient sous protection policière, dont Charb (Stéphane Charbonnier), directeur de la publication. Cette protection a été resserrée à la mi-septembre 2012, alors que Charlie Hebdo a publié de nouvelles caricatures de Mahomet, au moment où avaient lieu dans plusieurs pays des manifestations contre le film L'innocence des musulmans. La sécurité avait été relâchée depuis quelques mois, mais Charb était encore protégé par un policier qui est, lui aussi, au nombre des victimes de l'attentat.

«Ce qui rajoute à l'émotion et au choc que nous ressentons, c'est que l'attentat n'a pas eu lieu sur le terrain de la guerre, mais bien dans une salle de rédaction, à Paris, observe Thierry Watine. Il n'y a plus de sanctuaire. Au fond, que ce soit sur le terrain ou à la maison, les journalistes ne sont plus protégés.»

Le journaliste français Jean-François Khan, fondateur du magazine Marianne, connaissait plusieurs victimes. «Tignous [de son vrai nom Bernard Verlhac] était mon ami, je l'avais embauché à Marianne, a-t-il raconté à La Presse. Ils sont morts dans leur combat contre le fanatisme et les dérives de la religion. Ce sont des martyrs de la liberté d'expression. En soi, ce n'est pas mon truc, Charlie. C'est un journal anarchisant qui aime la provocation. Personnellement, je ne crois pas que cela soit la bonne façon d'aborder les choses, mais cela n'empêche absolument pas son droit d'exister.»

La relève

La suite de Charlie Hebdo - car il y aura une suite - sera assumée, du moins pour l'instant, par un regroupement de médias français. «Il y a un grand mouvement de mobilisation auquel Paris Match s'est associé, note Olivier Royant, directeur de Paris Match. On va mettre à la disposition tous nos moyens humains et techniques pour faire en sorte que Charlie Hebdo sorte la semaine prochaine même si la rédaction a été décimée.»

«Je vous rappelle le Chant des partisans qui était celui des résistants durant la Seconde Guerre mondiale, conclut quant à lui Jean-François Khan avec émotion. Ami, si tu tombes, un ami sort de l'ombre à ta place... C'est ce que nous devons faire.»

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