Un deuxième suspect recherché, les autorités belges critiquées

Des policiers surveillent les alentours du Palais de... (Photo Christian Hartmann, Reuters)

Agrandir

Des policiers surveillent les alentours du Palais de justice, à Bruxelles.

Photo Christian Hartmann, Reuters

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Attentats à Bruxelles
Attentats à Bruxelles

De multiples explosions ont secoué l'aéroport international et une station de métro de Bruxelles, le 22 mars 2016, semant le chaos. »

Simon VALMARY, Matthieu DEMEESTERE, Philippe AGRET
Agence France-Presse
BRUXELLES

La police traquait jeudi deux suspects dans les attentats de Bruxelles, dont trois des auteurs sont liés aux attaques de Paris, jetant une lumière crue sur les défaillances de la sécurité en Belgique et plus globalement de la lutte antiterroriste en Europe. Au même moment, jeudi soir, le niveau d'alerte antiterroriste, relevé à la catégorie maximale après les attentats de Bruxelles mardi, a été abaissé à trois sur une échelle de quatre, a déclaré le ministre de l'Intérieur Jan Jambon.

Des sources policières ont confirmé qu'un homme avait été vu avec un gros sac à côté du kamikaze, sur les images de vidéosurveillance de la station de Maelbeek, dans le quartier européen, où une vingtaine de personnes sont mortes mardi. On y voit Khalid El Bakraoui parler avec le suspect, qui n'est pas rentré avec lui dans la rame, a précisé une source proche du dossier.

Interrogée par l'AFP, la société exploitante du métro, la Stib, n'a pas confirmé ces informations, indiquant seulement avoir transmis toutes les images de vidéosurveillance à la police.

Le parquet fédéral belge n'a jusqu'ici fait état que d'un seul homme «en fuite» , aperçu sur les images de vidéosurveillance de l'aéroport de Bruxelles aux côtés des deux kamikazes qui se sont fait exploser dans le hall des départs.

Cet homme, «vêtu d'une veste claire et portant un chapeau», selon le procureur fédéral Frédéric Van Leeuw, «a déposé un grand sac puis est parti avant les explosions». «Son sac contenait la charge explosive la plus importante » mais n'avait pas explosé, avait précisé M. Van Leeuw.

De fait, les trois kamikazes de Bruxelles, Ibrahim et Khalid El Barkaoui ainsi que Najim Laachraoui, étaient largement connus, voire recherchés.

Khalid, 27 ans, qui s'est fait exploser dans la rame de métro de Maelbeek, était fiché pour «terrorisme» par Interpol, selon une fiche consultée par l'AFP. Le parquet fédéral a confirmé que le terroriste avait loué sous un faux nom une planque belge pour les commandos du 13 novembre à Paris.

Son frère Ibrahim, 29 ans, qui s'est fait sauter à l'aéroport, avait été signalé comme «terroriste» et expulsé par Ankara, a affirmé mercredi le président turc Recep Tayyip Erdogan. Il avait été arrêté en juin 2015 à Gaziantep, tout près de la frontière syrienne.

Le ministre belge de la Justice Koen Geens s'est inscrit en faux contre la version turque. «À ce moment, il n'était pas connu chez nous pour terrorisme», a-t-il répliqué à la télévision belge néerlandophone VRT.

Quant au troisième kamikaze, Najim Laachraoui, dont des restes ont été identifiés à l'aéroport, il était recherché depuis que son ADN avait été trouvé dans plusieurs habitations louées par les commandos des attentats de Paris, ainsi que sur du matériel explosif utilisé lors de ces attaques, également revendiquées par l'EI.

Agir contre le terrorisme

Le premier ministre belge, Charles Michel, a promis jeudi que son «gouvernement et les autorités compétentes mettront absolument tout en oeuvre pour faire la lumière sur les attentats».

«Il ne pourra pas y avoir d'impunité (...) il ne pourra pas y avoir de zone d'ombre», a-t-il martelé, dans une allocation solennelle, à l'occasion du troisième jour de deuil national.

Une nouvelle minute de silence a été observée dans toute la Belgique à 14 h 30 (9 h 30 à Montréal). Le Parlement fédéral avait prévu, lui, un hommage à 14 h (9h, heure de Montréal) à Bruxelles, en présence du roi des Belges Philippe.

Mais au-delà des hommages, de l'angoisse et des larmes, les questions et les critiques parfois virulentes se multipliaient face à l'incapacité manifeste des Belges, et au-delà des Européens, à se protéger.

Le gouvernement belge était sous pression, soupçonné de ne pas en avoir fait assez pour éviter les attentats.

Selon les médias belges, les ministres de l'Intérieur et de la Justice auraient ainsi présenté leur démission que le premier ministre Charles Michel aurait refusée.

Visée en son coeur, l'UE a convoqué une réunion extraordinaire de tous les ministres chargés de la sécurité et de la justice, jeudi après-midi.

Au-delà de la solidarité qui devrait être affichée avec la Belgique, les États membres devraient s'engager à accélérer la mise en oeuvre de tous les outils antiterroristes européens, et à améliorer des échanges encore lacunaires de renseignement.

Ainsi le président français François Hollande a exhorté «fermement» l'UE à agir contre le terrorisme en adoptant rapidement le registre européen de passagers aériens (PNR) et des mesures contre le trafic d'armes.

Depuis mardi, plusieurs responsables politiques français ont mis en cause les services de sécurité belges. Le ministre français des Finances Michel Sapin a ainsi évoqué une «forme de naïveté» belge face à la radicalisation islamiste et au communautarisme dans certains quartiers.

Mais au-delà de la Belgique, c'est l'ensemble de l'Europe qui fait figure d'accusée. La principale charge est venue mercredi de l'ex-secrétaire d'État américaine et candidate à la Maison-Blanche Hillary Clinton qui a vivement critiqué les pays de l'UE pour la désorganisation et les retards de leur réponse aux menaces djihadistes.

«Aujourd'hui, de nombreux pays européens ne s'alertent pas entre eux quand ils arrêtent un suspect djihadiste à leur frontière, ou quand un passeport est volé», a-t-elle notamment déploré.

La Belgique et l'UE traumatisées

Traumatisée, la capitale belge et de l'Union européenne vivait, au troisième jour de deuil national après les attentats les plus sanglants que le pays ait jamais connus, au rythme des fausses alertes, des colis suspects et des rumeurs.

Selon l'enquête, les trois kamikazes identifiés sur les sites des attentats à la bombe - l'aéroport international de Bruxelles et la station de métro Maelbeek - sont directement liés aux attaques du 13 novembre à Paris (130 morts).

Ils ont également assisté dans sa longue cavale le seul survivant des commandos de Paris, Salah Abdeslam, capturé vendredi à Molenbeek, la commune de Bruxelles où il a grandi.

Ce Français de 26 ans, incarcéré à Bruges (nord), souhaite désormais «partir en France le plus vite possible», après avoir refusé dans un premier temps, selon son avocat Sven Mary. 

Abdeslam n'était «pas au courant» des attentats de mardi à Bruxelles, a assuré Me Mary.

Identifications difficiles

L'émotion restait très vive dans le pays alors que l'identification des 31 morts, selon un bilan toujours provisoire, s'avère très difficile. Seuls quatre d'entre eux ont pu être nommés jusqu'ici.

Sur les 300 blessés, 150 étaient toujours hospitalisés, dont 61 en soins intensifs. Quatre des personnes hospitalisées, dans le coma, n'avaient pas encore été identifiées, selon le ministère de la Santé.

Devant l'hôpital militaire Reine Astrid, en partie évacué dans la matinée en raison d'une fuite de gaz, Brocq Burkhardt, grand jeune homme au teint clair, devait patienter, un bouquet de tulipes dans les bras.

«Nous sommes ici pour rendre visite à un ami victime du terrorisme. On ne l'a pas encore vu, c'est la première fois. On sait juste qu'il a été blessé, mais on ne sait pas à quel point. Il aurait beaucoup de brûlures», dit-il à l'AFP. C'est dans cet hôpital qu'ont été transportés les corps des victimes du métro.

Une page Facebook intitulée «Recherche Bruxelles» a été ouverte pour partager des informations sur les personnes portées disparues.

Transformée en mémorial depuis mardi, la place de la Bourse était envahie de témoignages de solidarité: messages à la craie, drapeaux, bougies, fleurs...

«Ik Ben Brussel, je suis Bruxelles», proclame une grande banderole déployée par terre, à côté de centaines de bougies, de fleurs, de mots de soutien, de petites répliques du Manneken-Pis, de bouteilles de bières belges... Des drapeaux brésilien, français, algérien ont rejoint le drapeau belge sur le parvis de la Bourse.

Sur un rond-point, des dizaines de bougies ont été disposées en forme de coeur. «I still love my airport job», clame une pancarte frappée de nombreux noms entourant un coeur rouge, le logo de l'aéroport.

L'aéroport de Bruxelles fermé jusqu'à dimanche

L'aéroport international de Bruxelles restera fermé aux voyageurs jusqu'à dimanche inclus, a annoncé jeudi la société gestionnaire Brussels Airport.

«Les vols commerciaux au départ et à l'arrivée de l'aéroport sont suspendus jusqu'à dimanche 27 mars inclus», a écrit Brussels Airport dans un tweet en anglais.

La société invite les clients à contacter leur compagnie aérienne pour plus d'informations, alors que le week-end de Pâques marque le début de deux semaines de vacances scolaires en Belgique.

Partager

À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer