Des réfugiés syriens craignent d'être les boucs émissaires des attaques à Paris

Des réfugiés syriens allument des chandelles qu'ils déposeront... (PHOTO TOBIAS SCHWARZ, AFP)

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Des réfugiés syriens allument des chandelles qu'ils déposeront avec des fleurs en face de l'ambassade de la France à Berlin, en Allemagne. Ces derniers, comme des milliers d'autres, veulent se dissocier des attaques meurtrières à Paris et craignent les amalgames.

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Crise migratoire

L'Europe fait face à une crise migratoire sans précédent, alors que depuis 2015 des centaines de milliers de personnes ont tenté de traverser la Méditerranée pour trouver refuge dans l'«Eldorado européen», plusieurs y laissant leur vie. Un nombre de réfugiés poussé à la hausse notamment par la guerre syrienne et l'établissement du «califat» de l'EI à cheval sur l'Irak et la Syrie. »

Hui Min NEO, Jasmina MIRONSKI, Serene ASSIR
Agence France-Presse
GEVGELIJA ET PARIS

Parmi les Syriens cherchant refuge en Europe, certains craignent de voir leur sort empirer et la haine envers eux grandir après les attentats de Paris. Mais d'autres relèvent que quoi qu'il arrive, dans leur patrie les choses sont mille fois pires.

La découverte d'un passeport syrien à côté du corps d'un des assaillants à Paris nourrit les craintes que des jihadistes se soient mêlés au flux des centaines de milliers de réfugiés qui traversent l'Europe malgré le froid, la pluie et le risque de noyade.

«C'est un problème», assène Ghaled, un Syrien de 22 ans venu se recueillir, bougie à la main, devant l'ambassade de France à Berlin pour honorer les victimes.

Il se dit convaincu que ledit passeport est un faux où a été mis près du corps pour accuser les Syriens : «Je pense que c'est un gros mensonge, tout a été détruit sur le site, mais pas le passeport!». «Tant de gens détestent les Syriens», dit-il.

Un autre jeune syrien de 24 ans se présentant comme William, de crainte de répercussions pour sa famille restée en Syrie, a aussi peur que les réfugiés deviennent des boucs émissaires à travers l'Europe. «Les infos parlent beaucoup des Syriens. La police a trouvé un passeport syrien. Bien sûr que je suis inquiet, ce n'est pas bon du tout», dit cet étudiant originaire d'Hama.

«Pas tous des terroristes»

D'autres relèvent cependant que l'Allemagne, principale destination des migrants, s'est montrée très accueillante, résultat de la politique de la porte ouverte pratiquée par la chancelière Angela Merkel, malgré l'opposition d'une partie de son propre camp conservateur et d'une part grandissante de la population.

«Les gens savent bien que nous ne sommes pas tous des terroristes, en particulier du groupe Etat islamique (EI)» qui a revendiqué les attentats, souligne Mouhanad Dawood, en Allemagne depuis 11 mois. «Un terroriste est un terroriste, peu importe d'où il vient», souligne-t-il.

Du côté des autorités allemandes, dès samedi la position était claire : il ne faut pas lier crise migratoire et les attentats. «Je souhaiterais urgemment demander que personne n'établisse de lien hâtif avec le débat sur les réfugiés», a martelé le ministre de l'Intérieur Thomas de Maizière, mettant notamment en garde contre des violences d'extrême droite, alors que depuis le début de l'année des dizaines de foyers de réfugiés ont déjà fait l'objet d'attaques incendiaires.

En France aussi, des Syriens disent craindre un retour du bâton. «Hier (samedi) tous les Syriens que je connais ici étaient en ligne pendant des heures à discuter de ce qui va nous arriver. La vérité, c'est qu'on n'en a aucune idée. Des Français ne faisaient déjà pas confiance aux Arabes et cette haine va augmenter», confie Ayham al-Khalaf, un journaliste ayant fui Raqqa, bastion syrien d'EI, et installé en France.

Pire en Syrie

Mais sur la route des Balkans, empruntée par la majorité des Syriens visant une vie meilleure en Allemagne, les évènements parisiens et leurs conséquences potentielles ne changent rien à la détermination des migrants, malgré les barrières qui s'érigent à travers l'Europe pour empêcher leur avancée.

Avant même les attentats de Paris, la plupart des pays qu'ils doivent traverser en Europe orientale ont tenté de repousser l'afflux ces derniers mois en bâtissant des clôtures, tirant des lacrymogènes ou en les orientant vers des États voisins.

Portant son enfant malade dans les bras, Kalaham fait la queue pour s'enregistrer au poste frontière de Gevgelija en Macédoine pour quitter la Grèce. Elle n'a aucune intention de faire demi-tour. «Je veux juste quitter la Syrie et j'espère pour le mieux», dit-elle, «je n'ai pas peur, c'est le chaos en Syrie, ça ne peut pas être pire».

Malek Rozhdan, accompagné de sa femme Jusak et de leurs trois enfants, ne voit pas non plus en quoi les attentats à Paris devraient changer leurs plans. «Les choses vont très mal à Damas d'où nous venons. Les bombes tombent comme la pluie», dit-il, «bien sûr que tout ce qui s'est passé (à Paris) n'est pas bon, mais l'Europe est un bon endroit pour vivre (...), rien de tout ça ne va influencer notre voyage».

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