Malalaï Joya, la députée qui refuse de se taire

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Malalaï Joya... (Photo: PC)

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Malalaï Joya

Photo: PC

 

Mali Isle Paquin, collaboration spéciale
La Presse

Elles ont un passé et des horizons différents, mais leur envie de faire bouger les choses est la même. La Presse vous présente trois femmes de combat. Aujourd'hui, rencontre avec Malalaï Joya, «la femme la plus courageuse de l'Afghanistan». Cette députée afghane, bannie de son Parlement pour avoir dénoncé la corruption qui frappe son pays, tire à boulets rouges sur le gouvernement fondamentaliste qui «légalise l'oppression des femmes». Notre correspondante à Londres l'a rencontrée alors qu'elle donnait une conférence sous haute surveillance.

Malalaï Joya ne se déplace plus sans gardes du corps. La jeune Afghane a déjà échappé à cinq tentatives d'assassinat. Son crime? Avoir traité des députés de «criminels de guerre».

C'était au Parlement de Kaboul, en mai 2005. Malalaï Joya, élue dans la province de Farah, n'avait pas encore 30 ans.

La «femme la plus courageuse de l'Afghanistan» était de passage à Londres à quelques semaines des élections afghanes, prévues le 20 août.

Infatigable, elle donne des entrevues dans le monde entier pour dénoncer Hamid Karzaï et son gouvernement «mafieux». Mais aussi pour exiger le départ des troupes de l'OTAN.

La «libération» de l'Afghanistan n'est que de la poudre aux yeux, répète-t-elle.

«Pourquoi la guerre en Afghanistan serait-elle plus juste que celle en Irak?» demande-t-elle à La Presse.

La députée féministe a fait circuler des photos de bébés brûlés par des explosions, mardi dernier, à une assemblée d'admirateurs et de journalistes. «Voici la vraie vie en Afghanistan», dit-elle, la gorge nouée.

La situation ne s'est-elle pas améliorée depuis l'arrivée des troupes de l'OTAN? «Les écoles se vident à cause des kidnappings d'écolières. Et des mères affamées vendent leur bébé pour 10$», répond la femme de 31 ans.

Récompensée par plusieurs prix internationaux, Malalaï Joya est entrée en politique grâce à son travail humanitaire. Son projet de fonder une clinique dans sa province l'a menée jusqu'au Parlement en 2005.

Là, elle s'est rendu compte qu'elle siégeait en compagnie de loups: d'anciens talibans et seigneurs de la guerre civile qui a secoué le pays entre 1992 et 1996. «Ce sont des meurtriers, aussi intégristes les uns que les autres», dit-elle.

Elle a ouvert son premier discours en offrant ses condoléances aux Afghans pour les tyrans qui les représentent. Furieux, des parlementaires hurlaient qu'ils allaient la violer et la tuer.

Une féministe en burqa

Stephen Harper était de passage à Kandahar lorsque la députée s'est fait expulser du Parlement, en mai 2007. L'Assemblée venait de voter une loi qui interdisait aux membres de se critiquer entre eux.

Malgré les pressions de députés canadiens et du chef du NPD, Jack Layton, Stephen Harper n'a jamais condamné l'expulsion de Malalaï Joya.

Menacée de mort, elle ne dort jamais deux nuits au même endroit.

Elle ne va plus dans sa province natale. Trop dangereux. Elle se couvre d'une burqa pour échapper à ses bourreaux.

Comparée à la Birmane Aung San Suu Kyi, Malalaï Joya déplore le changement de ton de Hamid Karzaï face aux talibans. Le président afghan et le chef de la diplomatie britannique, David Miliband, ont suggéré cette semaine qu'il était temps «de parler aux talibans modérés».

«Qui décide quels talibans sont modérés ou non? C'est la preuve que les puissances occidentales ont gaspillé tout cet argent et ce sang», dit-elle.

Et les élections qui approchent? Elle s'insurge du fait que Karzaï ait dépensé environ 2 millions de dollars canadiens en deux semaines de campagne alors que sa victoire semble assurée.

«Nous avons un dicton en Af­ghanistan: L'important, ce n'est pas qui vote mais qui compte les bulletins de vote.»

L'autobiographie de Malalaï Joya sera publiée au mois d'octobre.

 

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