Le pape appelle les bouddhistes birmans à dépasser «préjugés» et «haine»

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Pour le pape, toute la société doit «participer au travail de dépassement du conflit et de l'injustice».

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Catherine MARCIANO, Marion THIBAUT
Agence France-Presse
RANGOUN

Le pape François a appelé mercredi les bouddhistes birmans «à dépasser toutes les formes d'intolérance, de préjugé et de haine» en évitant toutefois une nouvelle fois de mentionner directement le sort de la minorité musulmane rohingya.

Le porte-parole du pape a défendu mercredi la retenue du souverain pontife sur cette question brûlante, à la veille de son départ au Bangladesh, où il sera de nouveau question de l'exode forcé des Rohingyas.

Le pape n'a aucunement perdu son «autorité morale» a estimé au cours d'un point de presse son porte-parole Greg Burke, ajoutant: «on ne peut pas attendre des gens qu'ils règlent des problèmes impossibles».

Pour ce voyage inédit en Birmanie, pays majoritairement bouddhiste, le souverain pontife a préféré «construire des ponts». Il a par exemple plaidé mercredi devant la haute autorité du clergé bouddhiste pour «l'unité» estimant qu'il n'était plus possible de «rester isolés les uns des autres».

Pour le pape, «toute la société» doit «participer au travail de dépassement du conflit et de l'injustice».

Prononçant au troisième jour de sa visite en Birmanie de nouveaux propos ne mentionnant jamais directement les violences dans l'ouest du pays contre la minorité musulmane des Rohingyas, un sujet sur lequel il était très attendu.

Il n'a pas non plus prononcé ce mot tabou, alors qu'à Rome il s'émeut publiquement pour ses «frères Rohingyas» «torturés et tués».

Plus de 620 000 membres de cette minorité se sont réfugiés au Bangladesh depuis fin août pour fuir les exactions de l'armée birmane, coupable d'«épuration ethnique» d'après les Nations unies.

En Birmanie, la xénophobie et la haine des musulmans gagnent du terrain et une grande majorité des habitants considèrent les Rohingyas, qu'ils nomment «Bangladais», comme des immigrés illégaux qui ne font pas partie du pays.

L'église birmane avait donc demandé au pape de soigneusement peser ses mots une fois sur le sol birman.

Les moines, force politique

Le haut clergé bouddhiste, qui a mis plusieurs années avant de bannir le mouvement des moines extrémistes de Wirathu qui propage la haine de l'islam, ne s'est lui-même jamais exprimé en faveur de la minorité musulmane discriminée.

Les moines, qui sont plus de 500 000 dans le pays, constituent une force considérable et ont toujours pris part à la politique dans ce pays d'Asie du Sud-Est.

À l'époque de la junte militaire, ils ont souvent été en première ligne lors des manifestations contre la dictature, le payant parfois de leur vie.

Mais les plus virulents, qui sont aujourd'hui les plus audibles et les seuls à s'exprimer dans le pays, ont balayé d'un revers de main cet appel à la tolérance.

«Nous sommes heureux qu'il n'ait pas prononcé le mot «Rohingya» mais je veux lui suggérer de lire le Coran pour voir s'il pense toujours que c'est une religion de paix», a commenté Sithu Myint, militant nationaliste proche des moines radicaux.

La Birmanie est en proie à des guerres civiles dans plusieurs régions frontalières. Dans l'ouest du pays, où vivent les Rohingyas, des regains de violences entre les communautés sont récurrents.

Mais lors de sa messe mercredi matin le pape a estimé qu'il était temps de pardonner même si «beaucoup portent les blessures de la violence, qu'elles soient visibles ou invisibles».

Devant une foule très retenue, arborant des vêtements ethniques et agitant une nuée de drapeaux birmans et du Vatican, François est «venu offrir quelques paroles d'espérance».

Très émus par la première visite d'un pape dans le pays, de nombreux catholiques - 1% de la population - ont passé la nuit dans des lieux improbables comme des cimetières d'églises.

«Je n'avais jamais rêvé voir le pape de mon vivant!», a confié Meo, 81 ans, de la minorité Akha. Quant à Gregory Than Zaw, de l'ethnie Karen, venu en bus avec 90 personnes, il n'avait «jamais vu autant de catholiques».

Le catholicisme qui a pris racine au XVIe siècle via des marchands portugais implantés dans le comptoir indien de Goa, a longtemps été discriminé sous la junte militaire.

Avec l'ouverture du pays en 2011 après des décennies d'isolation, le pays a connu une levée des restrictions religieuses. Mais dans le même temps un regain des tensions interconfessionnelles.

Pour la deuxième partie de son voyage asiatique, le pape se rendra jeudi au Bangladesh musulman, pays où vivent plus de 900 000 réfugiés rohingyas. Le pape doit rencontrer un petit groupe de ces réfugiés à Dacca.




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