Référendum en Thaïlande: après la victoire de la junte, l'opposition sur la touche

L'ancienne première ministre Yingluck Shinawatra, lors du dépot... (PHOTO BORJA SANCHEZ-TRILLO, AGENCE FRANCE-PRESSE)

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L'ancienne première ministre Yingluck Shinawatra, lors du dépot de son bulletin de vote.

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Sally MAIRS, Aidan JONES
Agence France-Presse
Bangkok

Yingluck Shinawatra, dont le gouvernement a été renversé par un coup d'État en 2014 en Thaïlande, a déploré lundi l'adoption d'une nouvelle Constitution comme un «retour en arrière». L'opposition qu'elle incarne aborde désormais en position d'extrême faiblesse les élections promises par la junte militaire.

L'époque de la puissance de la famille Shinawatra, qui a remporté toutes les élections nationales depuis 2001, semble révolue. Et ce sur le long terme, réagissaient les analystes lundi, au lendemain de l'adoption d'une nouvelle Constitution permettant à l'armée de continuer à dominer le jeu politique, même en cas d'élections.

«La balle n'est plus dans leur camp, mais dans celui de la junte», analyse le politologue Pavin Chachavalpongpun qui enseigne au Japon et risquerait des poursuites judiciaires s'il rentrait, pour avoir critiqué la junte.

Il analyse le vote de dimanche comme une adhésion d'une partie de la population aux promesses de la junte de stabiliser le pays après dix ans de tumultes, entre manifestations de rue et renversements cycliques de gouvernements.

La junte aborde ainsi en position de force son programme de neutralisation du système politique, notamment via cette Constitution qui prévoit un Sénat nommé qui empêchera les Shinawatra de gouverner à leur guise, même s'ils gagnent les élections.

«Je suis attristée de voir que notre pays fait un retour en arrière, vers une Constitution non démocratique», a réagi Yingluck Shinawatra. Mais «j'accepte la décision du peuple», s'est-elle inclinée, sans dénoncer de fraudes et appeler ses partisans, les Chemises rouges, à manifester.

Selon les derniers résultats préliminaires, plus de 60 % des votants se sont exprimés en faveur de la nouvelle Constitution. Moins de 40 % l'ont rejetée. Même dans le nord-est du pays, qui vote traditionnellement en faveur des Shinawatra, le «non» à la Constitution n'a pas été massif, de l'ordre de 51 % seulement, ce qui constitue un camouflet pour cette famille de millionnaires.

Prochaine étape: des élections?

Depuis 2001, les Shinawatra et leurs partis avaient remporté toutes les élections nationales. Mais depuis le coup d'État de 2014, ils ont conservé un profil bas, dans l'attente de nouvelles élections, promises en 2017.

Un consensus semble donc s'être dégagé autour de l'idée de ne pas envenimer la situation, malgré les restrictions apportées par la junte (pas de tracts ou déclaration soutenant le non, sous peine de prison). Le but étant de laisser la junte avancer à sa guise pour l'heure, dans l'espoir que des élections soient enfin annoncées.

Quitte à ce que cela signifie laisser les militaires mettre en place une nouvelle Constitution, qui n'est après tout que la vingtième depuis 1932...

«Pour les Thaïlandais, cette approbation est en partie une façon de garder dans la course l'organisation d'élections l'an prochain ou début 2018», analyse Thitinan Pongsudhirak, de l'université Chulalongkorn de Bangkok.

Avec en arrière-fond, présent à tous les esprits, le fait que la Thaïlande risque de connaître une forte instabilité à la mort du roi Bhumibol, 88 ans, hospitalisé et invisible depuis des mois.

Et les militaires, qui ont réalisé le coup d'État de 2014 au nom de la défense de la monarchie et sont populaires dans une partie non négligeable de la population, sont censés aider le pays à traverser cette zone de turbulences.

«Il y a un accord implicite sur le fait que les militaires sont là pour aider à l'accouchement d'une transition. C'est pour cela qu'on leur lâche la bride», analyse Thitinan.

Une partie de l'électorat aura aussi exprimé sa lassitude et sa déception vis-à-vis des gouvernements civils des dernières années, dans ce pays sans tradition démocratique fortement établie.

«Il semble qu'aujourd'hui, les gens aient plus confiance dans les militaires que dans les politiciens», concède Thida Thavornseth, conseiller des Chemises rouges.

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