Mer de Chine: Pékin furieux après avoir une décision juridique

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«Le tribunal juge qu'il n'y a aucun fondement juridique pour que la Chine revendique des droits historiques sur des ressources dans les zones maritimes à l'intérieur de la "ligne en neuf traits"», a indiqué la CPA dans un communiqué.

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Benjamin CARLSON, Maude BRULARD
Agence France-Presse
LA HAYE, Pays-Bas

Pékin a réagi avec colère mardi après qu'une cour internationale à La Haye a donné raison aux Philippines en statuant que les revendications chinoises en mer de Chine méridionale n'avaient «aucun fondement juridique», au risque d'exacerber encore les tensions dans la région.

Dans sa décision de 479 pages, la Cour permanente d'arbitrage (CPA) a également conclu que la Chine avait «violé les droits souverains des Philippines», que des navires chinois avaient commis des «actes illicites» et que certaines zones revendiquées par Pékin étaient «comprises» dans les eaux territoriales philippines.

La Chine, qui a boycotté les audiences, «n'accepte, ni ne reconnaît» l'arbitrage de la CPA, «nul et non avenu», a réagi le ministère chinois des Affaires étrangères.

«Quelles que soient les circonstances, la soi-disant décision d'arbitrage (...) n'aura aucune influence sur les droits de souveraineté territoriale et les intérêts maritimes de la Chine», a de son côté commenté le président Xi Jinping, cité par l'agence de presse Chine nouvelle.

L'agence a encore cité l'ambassadeur chinois aux Pays-Bas, Wu Ken, disant que ce mardi serait «un mardi noir pour La Haye» et que la décision «déshonorait le droit international».

La Chine martèle depuis des mois que la CPA n'a pas compétence dans cette affaire, érigée en véritable «cause nationale» via son puissant appareil de propagande.

De son côté, Manille, qui avait proposé de partager les ressources avec les Chinois, a «salué» la décision des cinq arbitres, tout en appelant à la retenue, tandis que des manifestants se rassemblaient devant l'ambassade de Chine, scandant «La Chine dehors !».

À Washington, le département d'État américain a estimé de son côté que la décision était «une contribution importante» pour résoudre les différends régionaux et devait être considérée comme «finale et légalement contraignante».

La Chine, comme du reste Taïwan, estime que la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale - un carrefour de routes maritimes vitales pour le commerce mondial -, relève de sa souveraineté, au grand dam d'autres pays riverains: Philippines, Vietnam, Malaisie, et Brunei.

Dans une longue déclaration, le ministère chinois des Affaires étrangères a réaffirmé «les droits historiques de la Chine sur la mer de Chine méridionale».

En revanche, Pékin «se tient prêt à continuer de régler pacifiquement les différends en question à travers des négociations et des consultations directement avec les États concernés», sans passer par un tiers et «en respectant les faits historiques et le droit international», tout comme «la liberté de navigation et de survol» dans la zone.



«Violation» des droits souverains

La décision de mardi est «aussi défavorable pour la Chine qu'elle pouvait l'être», a souligné Yanmei Xie, un analyste de l'International Crisis Group.

Bonnie Glaser, du Centre for Strategic and International Studies, a déclaré à l'AFP s'attendre à «une réaction très forte de la Chine puisqu'elle a perdu sur pratiquement tous les points».

La Chine se fonde sur une délimitation en «neuf traits» apparue sur des cartes chinoises datant des années 1940.

Dans leur requête introduite en 2013, les Philippines demandaient de leur côté à la CPA de déclarer que les prétentions de la Chine violaient la Convention de l'ONU sur le droit de la mer (CNUDM), dont les deux pays sont signataires.

Pour asseoir leurs revendications, les Chinois ont agrandi des îlots ou des récifs et y ont mis en place pistes d'atterrissage, ports et autres installations dont, récemment, quatre phares sur des récifs, tandis qu'un cinquième est en cours de construction, a précisé lundi Chine nouvelle.

Mais ces «éléments» revendiqués par la Chine ne sont pas à même d'accueillir une population humaine et «n'ont donc pas le statut d'île», ce qui les rend «incapables de générer une zone économique exclusive», a statué la CPA.

En entravant les activités liées à la pêche et l'exploration pétrolière, en construisant sur ces «éléments» et en permettant la pêche chinoise dans la zone, «la Chine a violé les droits souverains des Philippines dans sa zone économique exclusive», à savoir un espace allant jusqu'à 200 milles marins sur lequel un État exerce des droits souverains.

Les «navires de la force publique chinoise» (garde-côtes) ont par ailleurs, selon la CPA, commis des «actes illicites».

«Clairement, d'un point de vue légal, (le verdict) n'est pas bon pour la Chine. Mais je ne pense pas que cela va changer physiquement grand-chose», a commenté Tim Johnston, directeur du programme Asie de l'International Crisis Group.

Mais pour Julian G. Ku, de l'Université Hofstra de New York, les membres de la CPA n'ont «pas vraiment pris en compte l'impact géopolitique de leur décision».

La marine chinoise a effectué ces derniers jours des manoeuvres entre l'archipel des Paracels et l'île chinoise de Hainan (sud de la Chine).

Les États-Unis, qui affirment ne pas prendre position sur le différend Manille-Pékin mais qui sont alliés militairement aux Philippines, ont envoyé des navires de guerre patrouiller près du récif de Scarborough et dans l'archipel des Spratleys, revendiqués par la Chine, d'après le journal américain Navy Times.

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