Thaïlande: les mères porteuses interdites aux étrangers

En août 2014, un couple australien avait choqué... (PHOTO NICOLAS ASFOURI, ARCHIVES AFP)

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En août 2014, un couple australien avait choqué la planète en abandonnant un petit garçon trisomique, en Thaïlande à sa mère âgée de 21 ans, et en emmenant avec lui sa soeur jumelle, en bonne santé.

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Apilaporn VECHAKIJ
Agence France-Presse
BANGKOK

La Thaïlande a adopté une loi qui interdit aux couples étrangers d'avoir recours aux services d'une mère porteuse, pratique commerciale florissante dans le royaume jusqu'à la révélation de scandales liés à des Australiens et un Japonais.

«La Thaïlande et les utérus des femmes thaïlandaises ne seront plus jamais une plaque tournante» pour cette pratique, s'est félicité vendredi auprès de l'AFP le député Wallop Tungkananurak, après un vote en troisième et dernière lecture jeudi soir.

Ce tour de vis met à mal un commerce qui générait plusieurs centaines de bébés par an, la Thaïlande étant devenue ces dernières années une destination privilégiée pour les couples en recherche d'une mère porteuse.

Le royaume offrait l'avantage de combiner de bonnes infrastructures médicales (à un prix raisonnable s'ajoutant aux quelques milliers d'euros d'indemnité versés aux mères) et une législation floue maintenant la procréation pour autrui dans une «zone grise» juridique.

Or, après les scandales de l'été dernier, la junte militaire au pouvoir avait promis de faire le ménage dans ce secteur.

Le nouveau texte, qui devrait entrer en vigueur en juin, prévoit que pour qu'un couple puisse avoir recours à une mère porteuse en Thaïlande, au moins l'un des deux ait la nationalité du pays. Hétérosexuels (le mariage gai n'étant pas reconnu en Thaïlande), ils doivent être mariés depuis au moins trois ans.

De leur côté, les mères porteuses thaïlandaises doivent être âgées de plus de 25 ans, être mariées et avoir déjà au moins un enfant. L'accord de leur mari sera requis.

«Si des étrangers tentent d'avoir recours de façon illégale» à une mère porteuse, ils risquent dix ans de prison, a averti Wallop. La Thaïlande a également voté en faveur d'un texte interdisant toute publicité de cette pratique.

En août 2014, un couple australien avait choqué la planète en abandonnant un petit garçon trisomique, en Thaïlande à sa mère âgée de 21 ans, et en emmenant avec lui sa soeur jumelle, en bonne santé.

Quelques semaines plus tard, le royaume découvrait le scandale de «l'usine à bébés»: un riche Japonais avait eu recours à des mères porteuses en série.

Selon le Conseil médical de Thaïlande, qui est chargé de superviser les nouvelles procédures de contrôle, plus de cent cliniques privées se seraient spécialisées dans l'aide à la procréation, y compris via des mères porteuses.

Mesures de contournement

«Nous saluons la clarification apportée par la loi», a réagi Sam Everingham, de l'organisation australienne «Families through surrogacy», alors que les couples australiens étaient nombreux à venir en Thaïlande louer les services d'une mère porteuse.

Mais, des couples pris au piège de cette nouvelle loi pourraient se tourner vers des «mesures extrêmes» comme d'«épouser leur mère porteuse», s'inquiète-t-il.

«Il y a toujours des agences qui ramènent des étrangers, mais les médecins thaïlandais sont trop inquiets... Nombre de médecins envoient les femmes au Cambodge» pour y être inséminées, avant de finir leur grossesse à domicile, assure-t-il à l'AFP.

Le président du Conseil médical de Thaïlande, Somsak Lolekha, salue une loi qui réserve la gestation pour autrui aux seuls Thaïlandais, moins nombreux que les étrangers jusqu'ici dans les cliniques spécialisées dans ce commerce.

«La vie a changé, les gens se marient tard et c'est plus difficile pour eux d'avoir des enfants. La procréation pour autrui peut les aider», a-t-il défendu, interrogé par l'AFP.

Auteur du projet de loi initial, Sappasit Kumprabhan, critique quant à lui une loi amendée «très mauvaise», car n'interdisant pas la pratique commerciale de la gestation pour autrui.

«Seuls les étrangers sont visés», pas les Thaïlandais, fulmine celui qui voulait que les mères porteuses ne puissent être choisies que parmi la famille ou les amies du couple.

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