Cuba: Fidel Castro laisse une île en voie d'américanisation

Afflux massif de visiteurs, réapparition des croisiéristes, des... (AP)

Agrandir

Afflux massif de visiteurs, réapparition des croisiéristes, des compagnies aériennes régulières et des entreprises: les États-Unis sont parvenus grâce aux efforts diplomatiques de Barack Obama à remettre un pied dans une île dont ils avaient été chassés par les castristes en 1959.

AP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Hector VELASCO
Agence France-Presse
LA HAVANE

Fidel Castro quitte la scène au moment où le Cuba de son frère Raul s'ouvre de plus en plus à l'ennemi juré du «Comandante», les États-Unis, dans la foulée d'un dégel historique qui a permis de rapprocher les deux rives du détroit de Floride.

Afflux massif de visiteurs, réapparition des croisiéristes, des compagnies aériennes régulières et des entreprises: les États-Unis sont parvenus grâce aux efforts diplomatiques de Barack Obama à remettre un pied dans une île dont ils avaient été chassés par les castristes en 1959.

Un constat qui confine au paradoxe tant le père de la révolution cubaine, décédé vendredi à 90 ans, avait fait de la lutte contre «l'impérialisme» américain son obsession.

En 1958, le guérillero Castro confessait dans une lettre qu'il ferait «payer très cher aux Américains» leur appui au dictateur Fulgencio Bastista, qu'il renversera moins d'un an plus tard. «Je me rends compte que cela sera mon véritable destin», prophétisait-il alors.

Jusqu'au bout, le «Comandante» fustigea le voisin du nord. Dans un article publié le 13 août dernier à l'occasion de son 90e anniversaire, il se rappelait encore les «plans machiavéliques» fomentés par la CIA pour le supprimer.

Au moment du spectaculaire dégel engagé fin 2014 par son cadet Raul, au pouvoir depuis 2006, il mit des mois pour approuver, du bout des lèvres, cette initiative, se contentant d'évoquer de «pertinentes mesures» prises par son frère.

«Tout le monde sait que Fidel n'était pas très enthousiaste face aux changements de politique effectués par son frère. Il était un peu mal à l'aise», avance Michael Shifter, qui dirige le Think tank américain Inter-American Dialogue.

Après la visite historique de Barack Obama en mars dernier, il se fendit même d'un autre article dans lequel il assurait: «nous n'avons pas besoin que l'empire nous fasse de cadeau».

Bannière étoilée

Pourtant, depuis sa maison de l'ouest de La Havane, où il recevait les chefs d'État étrangers, l'ex-président cubain a assisté durant ces dernières années au renforcement de la présence américaine sur l'île.

Depuis août 2015, la bannière étoilée flotte à nouveau à Cuba, avec la réouverture de l'ambassade des États-Unis sur le célèbre Malecon.

Et l'île a accueilli en mai le premier navire de croisière américain en un demi-siècle, puis le premier vol régulier entre les États-Unis et Cuba depuis plus de 50 ans. Et la chaîne hôtelière Sheraton a même pu ouvrir un hôtel à La Havane.

En vertu de l'embargo décrété en 1962 au coeur de la guerre froide, à l'exception des visites familiales, seuls les voyages à finalité éducative, religieuse, sportive ou artistique sont autorisés par Washington. Mais les formalités ont été simplifiées par l'administration Obama, permettant à une vague de visiteurs américains de déferler sur «l'île interdite».

Entre janvier et juillet 2016, pas moins de 136 903 Américains se sont rendus à Cuba, soit une hausse de 80% par rapport à la même période l'année précédente.

Le Lider Maximo ne verra pas Donald Trump à la Maison-Blanche, alors que celui-ci pourrait confirmer les soupçons du Comandante.

Trump, qui a qualifié Fidel Castro de «dictateur brutal» au lendemain de sa mort, a ensuite menacé de mettre fin au dégel avec Cuba si le régime communiste n'évolue pas en profondeur.

«La rhétorique anticastriste du président élu pourrait constituer un obstacle à l'avancée des relations entre les deux pays», juge M. Duany.

Pour Michael Shifter, la victoire de Trump est sans conteste «un coup dur» pour les partisans du dégel.

«Même si Trump n'a pas donné beaucoup de détails sur la manière dont il appliquera sa politique envers Cuba, il est clair qu'il ne suivra pas le chemin de l'administration Obama», explique-t-il.

Mais pour être véritablement fixé sur ses intentions vis-à-vis de Cuba, M. Shifter explique qu'«il faudra attendre les premiers mois de 2017».

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer