L'ouragan Matthew menace Haïti, la Jamaïque et Cuba

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Dans la nuit de dimanche à lundi, l'ouragan se trouvait à 435 km au sud du sud-est de Kingston (photo), en Jamaïque, avec des vents soufflant jusqu'à 230 km/h, a indiqué le centre américain de surveillance des ouragans (NHC).

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Amélie Baron
Agence France-Presse
Port-au-Prince

Le très puissant ouragan Matthew, en mouvement dans les Caraïbes, devrait atteindre dans la soirée Haïti et la Jamaïque puis se diriger vers Cuba, où les habitants sont appelés lundi à hâter les préparatifs avant l'arrivée des précipitations et vents violents.

« Les préparatifs en extérieur vont devenir difficiles et dangereux » en raison de l'arrivée imminente de conditions météorologiques dignes des tempêtes tropicales sur la Jamaïque et Haïti, a prévenu le Centre américain de surveillance des ouragans (NHC) dans son dernier bulletin d'informations à 12 h GMT (8 h à Montréal). 

> Consultez le site du NHC

« Les préparatifs pour protéger des vies et des propriétés doivent être menés à terme rapidement », ont ajouté les météorologues américains, alors que l'ouragan se trouvait à 355 km au sud-est de Kingston, en Jamaïque, et à 450 km au sud-ouest de la capitale haïtienne Port-au-Prince, où une fine pluie a commencé à tomber.

OURAGAN MATTHEW: TRAJECTOIRE PRÉVUE

La Jamaïque, Haïti, les provinces orientales de Cuba et le sud-est des Bahamas ont été placés en alerte ouragan pour faire face à Matthew, dont les vents soufflent jusqu'à 215 km/h, - ouragan de catégorie 4 sur les 5 que compte l'échelle de Saffir-Simpson - et qui se déplace à une vitesse de 9 km/h en direction du nord.

En Haïti, le pays le plus pauvre de la zone, près d'un millier de personnes vivant dans la péninsule sud avaient été évacuées dimanche soir.

Dans ce pays, le niveau d'alerte est passé d'orange à rouge, le maximum.

Le NHC prévoit entre 38 et 63 centimètres de précipitations sur le sud d'Haïti et jusqu'à un mètre dans certains endroits.

Sur l'ensemble du territoire, 1300 abris provisoires ont déjà été recensés, permettant seulement l'accueil de 340 000 personnes.

Plus de 500 personnes ont déjà été déplacées et mises à l'abri dans un lycée de la ville côtière de Jérémie, chef-lieu du département de la Grande Anse, à 190 km à l'ouest de Port-au-Prince.

Les abris provisoires accueillaient déjà plus de 600 personnes dans le département de la Grande Anse, près de 300 personnes dans le département du Sud-Est et près d'une centaine dans le département du Sud.

« La population était réticente »

« Ces évacuations ne se sont pas déroulées dans des conditions faciles, car la population était réticente », a indiqué Marie-Alta Jean-Baptiste, la directrice de la protection civile.

« Mes compatriotes, ne soyez pas têtus, ne dites pas "Dieu est bon" et prendra soin de vous : il faudra évacuer les zones qui représentent un danger. Nous n'avons aucun intérêt à risquer notre vie », a exhorté Jocelerme Privert, le président intérimaire d'Haïti, dimanche.

La mer, très fortement agitée, représente un important danger pour eux et leurs habitations précaires. Le niveau des eaux pourrait en effet augmenter de deux à trois mètres dans les régions côtières du sud, a prévenu le NHC.



Évacuation de Guantánamo 

En Jamaïque, le premier ministre Andrew Holness a fait le tour des zones exposées dimanche, tout comme le président Raúl Castro à Cuba.

La côte est de Cuba devrait être la partie la plus touchée de l'île mardi, selon les dernières prévisions.

L'ouragan devrait ensuite poursuivre sa route vers le nord pour progresser vers les Bahamas et les États-Unis.

Les autorités militaires américaines ont évacué le personnel non essentiel et leurs familles de la base militaire et prison controversée de Guantánamo, à Cuba.

Quant aux 61 prisonniers de la « guerre contre le terrorisme », ils sont à l'abri dans les installations prévues pour résister à ce type de tempête, a affirmé l'armée américaine dans un communiqué.

« Il faut se préparer pour cet ouragan comme s'il était deux fois plus puissant que Sandy », a déclaré Raúl Castro qui s'est déplacé à Santiago, dans la région la plus menacée, afin de superviser les préparatifs.

Sandy avait fait d'énormes dégâts partout sur sa trajectoire en 2012, jusque sur la côte nord-est des États-Unis.

Écoles fermées en Jamaïque

Les autorités de Jamaïque s'attendent à une tempête d'une violence équivalente à celle de Gilbert, qui avait frappé la Jamaïque le 12 septembre 1988 et fait 40 morts et des dégâts énormes.

Le premier ministre a affirmé que le pays était « bien plus préparé » que lors de Gilbert.

Des dizaines de personnes se trouvaient cependant bloquées sur des îlots situés au large de l'île principale de la Jamaïque, selon les autorités.

Les écoles sont fermées lundi, nombre d'entre elles servant d'abris d'urgence, et les transports en commun suspendus.

La saison des ouragans dans l'Atlantique s'étend chaque année en principe du 1er juin au 30 novembre, mais le premier ouragan de 2016, baptisé Alex, s'était formé en janvier.

Des milliers de Cubains évacués

Par Rigoberto DIAZ de l'Agence France-Presse

SANTIAGO DE CUBA - L'air déconfit, le retraité Pedro Gonzalez a tout abandonné derrière lui. Il fait partie des centaines de milliers de Cubains évacués en prévision de l'arrivée de l'ouragan Matthew, qui doit balayer mardi la partie orientale de la grande île des Caraïbes.

Cet ancien cuisinier de 72 ans réside à Cayo Granma, un îlot de pêcheurs situé à l'entrée de la baie de Santiago de Cuba. Avec sa soeur Ana et sa mère centenaire Marina Varona, il a été acheminé par bateau puis en bus dans une école de Santiago transformée en abri provisoire par les autorités.

Santiago de Cuba fait partie des six provinces où a été déclarée « l'alerte cyclonique » par le gouvernement cubain. En 2012, elle avait déjà été durement balayée par l'ouragan Sandy, de catégorie 2, qui avait fait 11 morts et détruit plus de 200 000 logements.

« On ne veut pas abandonner sa maison, ses affaires, mais la mer va monter et cela est très dangereux », explique à l'AFP Pedro Gonzalez en se frappant la poitrine.

Ana se souvient encore de la « terrible nuit » passée dans sa maison au moment du passage de Sandy quatre ans auparavant. « Pour rien au monde je ne resterai sur cet ilot », assure-t-elle aujourd'hui.

Matthew devrait toucher l'est de Cuba mardi matin.

Face à cette menace imminente, la Défense civile cubaine a programmé l'évacuation de 251 795 personnes dans la seule province de Santiago, la deuxième la plus peuplée du pays après La Havane.

Près de la moitié de ces personnes résidant dans des zones côtières ou vulnérables ont pu être relogées chez des proches, une pratique courante sur cette île fréquemment en proie aux tempêtes et ouragans.

Course contre la montre

Sur un dock du port de Santiago, de petits bateaux débarquaient lundi des groupes d'habitants de Cayo Granma, chargés de leurs affaires personnelles les plus précieuses.

Parmi eux, Odalys Lopez, femme au foyer de 32 ans, a les larmes aux yeux : trois membres de sa famille ont refusé de quitter leur maison. Lors de cette phase préparatoire, les autorités cubaines ne forcent pas les réfractaires à quitter leurs logements.

De fait, comme souvent, la crainte d'abandonner sa maison aux éventuels voleurs retient de nombreux habitants. « Rester, comme partir, représente un risque », résume à l'AFP le maçon Ivan Ferrer, qui a fait le choix de ne pas quitter sa maison située au nord de la baie.

Venu ce week-end à Santiago pour superviser préparatifs et évacuations, le président Raúl Castro a recommandé à ses compatriotes de « se préparer pour cet ouragan comme s'il était deux fois plus puissant que Sandy ».

Aussi, les habitants de l'« Oriente » mènent depuis trois jours une véritable course contre la montre pour parer à toute nécessité, et se précipitent dans les commerces pour acheter eau, boîtes de conserve, bougies ou piles.

« Il y a du pain, des biscuits, des sodas, des boîtes de sardines, des saucisses et tous les marchés sont bien approvisionnés », se réjouit le retraité Antonio Muñiz en sortant d'une boulangerie du centre-ville.

Alentour, les bouches d'égout avaient été nettoyées, les arbres élagués, et les portes et fenêtres renforcées, alors que dans l'arrière-pays une partie du bétail avait été évacué et les récoltes accélérées, lorsque cela était possible.

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