Affaire Petrobras au Brésil: un troisième ex-ministre de Lula arrêté

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Antonio Palocci

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Agence France-Presse
Sao Paulo

Un troisième ancien ministre des présidents brésiliens Luiz Inacio Lula da Silva a été arrêté lundi, dernier rebondissement du tentaculaire scandale de corruption Petrobras qui éclabousse toute la classe politique, jusqu'à Lula.

L'arrestation d'Antonio Palocci, 55 ans, ministère des Finances en 2003 dès l'arrivée au pouvoir de Luiz Inacio Lula da Silva est la deuxième coup sur coup d'un poids lourd du Parti des Travailleurs (PT-gauche), soupçonné d'avoir touché des pots-de-vin.

Elle intervient quatre jours après la brève détention de Guido Mantega, ministre des Finances entre 2003 et 2006 du président Lula puis Rousseff ministre et chef de cabinet en 2011 de Rousseff, destituée fin août pour maquillage de comptes publics. En juin, Paulo Bernardo, ministre du Plan de Lula et des Communications de Rousseff, avait également été arrêté quelques jours.

Antonio Palocci «a été arrêté à Sao Paulo avec un mandat de détention provisoire de cinq jours», a indiqué à l'AFP un porte-parole du parquet fédéral. «Il devra être transféré ce lundi même à Curitiba (sud)», où se concentrent les enquêtes sur les entreprises impliquées dans le scandale du géant pétrolier public Petrobras.

À son entrée au gouvernement, M. Palocci avait réussi à rassurer les marchés financiers terrorisés par l'élection de l'ancien syndicaliste Lula et à restaurer la stabilité économique.

Il est aujourd'hui soupçonné par le parquet et la police d'avoir reçu des pots-de-vin de l'entreprise de BTP Odebrecht, en échange de contrats avec Petrobras. Une partie de l'argent aurait servi à financer le PT, selon les enquêteurs.

«Entre 2008 et 2013, 128 millions de réais (environ 35 millions d'euros) ont été versés au PT et à des agents dont Palocci», a affirmé le commissaire de police Filipe Hille lors d'une conférence de presse à Curitiba. «En 2013, il restait un solde de 70 millions de réais en pots-de-vin, destiné également à l'ancien ministre pour qu'il les donne au PT», a-t-il ajouté.

Le juge Sergio Moro, chargé du dossier Petrobras, a gelé les comptes bancaires de Palocci à hauteur de 128 millions de réais.

M. Palocci, médecin de formation, avait été contraint à la démission en 2006 de son poste de ministre des Finances de Lula après avoir été impliqué dans un scandale de violation de secret bancaire.

Revenu par la suite au premier plan politique comme ministre et chef de cabinet de Dilma Rousseff - sorte de premier ministre de la présidente d'alors -, il avait à nouveau dû quitter ses fonctions en juin 2011, après des accusations d'enrichissement illicite.

Dilma Rousseff a été destituée fin août par le Sénat pour maquillage des comptes publics et remplacée dans la foulée par Michel Temer, son vice-président de centre droit qu'elle accuse d'avoir orchestré un «coup d'État» parlementaire.

«Pur style de la dictature militaire»

L'avocat de M. Palocci, José Roberto Batochio, a immédiatement réagi en qualifiant l'opération policière de «spectacle» et de «cirque», à une semaine des élections municipales.

«Les libertés constitutionnelles ont été séquestrées à Curitiba», a-t-il ajouté, cité par le site d'informations G1.

Il a estimé comme «étrange» le fait que dimanche, lors d'une rencontre avec des représentants du PSDB (droite), le ministre de la Justice Alexandre de Moraes ait annoncé au journal Estado de Sao Paulo qu'il y aurait du nouveau dans l'affaire Petrobras.

«C'est dans le pur style de la dictature militaire (...) Nous revenons au temps de l'autoritarisme et de l'arbitraire. Quel est le besoin d'arrêter quelqu'un qui a un domicile fixe, qui est médecin et a été deux fois ministre, qui peut donner toutes les informations qu'on lui demande si ce n'est pour le spectacle», a souligné l'avocat.

L'étau semble se resserrer autour de Lula dans le scandale Petrobras, qui touche une grande partie de l'élite politique brésilienne, de gauche comme de droite. L'ex-président Lula (2003-2010) est poursuivi pour corruption et blanchiment d'argent.

Au total, il est visé par trois enquêtes dans le cadre de cette affaire qui a coûté plus de deux milliards de dollars à la compagnie phare du Brésil et bénéficié à des dizaines de responsables politiques de divers partis, à des entrepreneurs du BTP et à des directeurs de Petrobras.

Pour le groupe parlementaire du PT au Congrès des députés, les dernières arrestations visent «à attaquer le PT et empêcher une candidature de Lula à l'élection présidentielle de 2018».

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