Présidentielle au Pérou: Keiko Fujimori au second tour

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Favorite depuis des mois, Keiko Fujimori mise sur un ambitieux plan sécuritaire.

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Ana FERNANDEZ, Roland LLOYD PARRY
Agence France-Presse
LIMA

Après sa victoire au premier tour dimanche, Keiko Fujimori tentera début juin de transformer l'essai au second tour de la présidentielle au Pérou, mais devra convaincre un pays encore divisé sur l'héritage de son père, l'ex-président Alberto Fujimori.

Son adversaire, l'ancien banquier de Wall Street de 77 ans Pedro Pablo Kuczynski «bénéficiera de nombreux votes anti-Fujimori», prédit Luis Benavente, directeur de la société de sondages Vox Populi, laissant entendre que la victoire de la candidate de droite est loin d'être assurée.

Keiko Fujimori, 40 ans, a pourtant amplement remporté le premier tour dimanche, décrochant 39,48% des voix contre 21,38% pour M. Kuczynski (centre-droit), selon des résultats officiels portant sur 89,67% des bulletins.

Son parti, Fuerza Popular, a presque doublé sa présence au Parlement monocaméral, dont le scrutin visait aussi à renouveler les membres. Il dispose désormais de la majorité absolue avec 68 des 130 sièges. Le parti de M. Kuczynski en a lui emporté 28.

«Le Pérou veut la réconciliation et ne veut plus de conflits», a-t-elle plaidé dimanche soir depuis son local de campagne où des centaines de personnes arboraient des t-shirts oranges avec un «K» sur la poitrine.

Mais, signe que les divisions persistent, le mot-dièse #PrayForPeru (Priez pour le Pérou) figurait dimanche soir parmi les sujets les plus discutés sur Twitter dans ce pays, unissant les anti-»Keiko» déçus de sa victoire.

Le second tour, prévu le 5 juin, «sera très polarisé», assure Luis Benavente.

L'ombre d'Alberto Fujimori

Dans ce pays andin de 31 millions d'habitants, difficile d'oublier le passage au pouvoir d'Alberto Fujimori, président de 1990 à 2000. Une partie de la population le salue comme l'homme ayant combattu avec succès la guérilla maoïste du Sentier lumineux et dopé l'essor économique du pays.

Mais d'autres se souviennent de ses méthodes autoritaires, alors qu'il purge désormais une peine de 25 ans de prison pour avoir commandité deux massacres perpétrés par un escadron de la mort en 1991-1992, dans le cadre de la lutte contre cette guérilla.

L'ombre de l'ex-mandataire de 77 ans, également reconnu coupable de corruption, plane sur la trajectoire de sa fille, à la fois avantagée et desservie par son patronyme, et qui a fait campagne en misant notamment sur un ambitieux plan sécuritaire.

Pour séduire les partisans de Keiko Fujimori, M. Kuczynski a d'ailleurs assuré lundi à des journalistes qu'à son arrivée au pouvoir, il serait prêt à «soutenir une initiative du Congrès» pour qu'Alberto Fujimori «puisse purger sa peine à la maison».

«La grande question c'est "est-ce que Keiko Fujimori peut dépasser ce socle d'un tiers des votes? N'est-ce pas aussi le plafond?" Au deuxième tour, il peut y avoir des coalitions contre nature pour barrer la route à quelqu'un», a déclaré à l'AFP Gaspard Estrada, directeur exécutif de l'Opalc, l'Observatoire sur l'Amérique latine de Sciences Po Paris. 

Les marchés ravis 

L'incertitude porte sur le report de voix, parmi les suffrages décrochés par la jeune parlementaire de gauche Veronika Mendoza (troisième à 18,64%) et les dix autres candidats.

A Lima, Josue Maravi, étudiant de 19 ans, confiait vouloir voter pour M. Kuczynski après avoir soutenu Mme Mendoza dimanche. «Les deux candidats (qualifiés pour le second tour) sont pratiquement pareils», reconnaît-il, «mais je pense que les Péruviens qui ont voté pour Mendoza vont maintenant voter pour PPK (le surnom de M. Kuczynski, ndlr), pour éviter que l'histoire Fujimori se répète».

Les marchés semblent eux rassurés d'un duel entre droite et centre-droit au second tour: la Bourse de Lima a clôturé en hausse de 8,61% et le sol péruvien s'appréciait à 3% face au dollar.

«Mme Fujimori et PPK ont des visions très similaires en matière de politique économique et devraient probablement poursuivre la politique plutôt pro-marchés du gouvernement actuel» du président de gauche Ollanta Humala, estime Adam Collins, analyste chez Capital Economics.

Celui ou celle qui prendra les rênes du pays à partir du 28 juillet devra faire face à de nombreux défis.

Un des champions de la croissance en Amérique latine grâce à sa richesse en ressources naturelles (minerais), le Pérou connaît cependant un net ralentissement économique et souffre d'une pauvreté endémique. C'est aussi l'un des premiers producteurs au monde de cocaïne.

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