Décès de Douglas Tompkins, le millionnaire écolo controversé

Douglas Tompkins en Argentine en 2009.... (PHOTO AFP)

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Douglas Tompkins en Argentine en 2009.

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Paulina ABRAMOVICH
Agence France-Presse
Santiago du Chili

Le millionnaire américain Douglas Tompkins, cofondateur de la marque de vêtements The North Face et ardent défenseur de l'environnement, est mort mardi à l'âge de 72 ans dans un accident de kayak au coeur de la Patagonie chilienne en laissant un héritage controversé.

Celui dont la marque est portée par des sportifs du monde entier est mort «d'hypothermie sévère» après que son kayak a chaviré dans les eaux glacées du lac Général Carrera, situé à cheval sur la frontière argentino-chilienne, à l'extrême sud du continent.

Après avoir cofondé The North Face en 1964, puis Esprit quelques années plus tard avec son épouse, ils avaient choisi cette région il y a 25 ans pour y vivre et assouvir leur passion pour la nature.

Après la vente de ses marques, le couple s'était engagé dans la préservation de vastes zones en Argentine et au Chili, transformées en parcs naturels ou réserves écologiques. Mais l'acquisition de ces immenses étendues - 550 000 hectares rien qu'au Chili - avait soulevé la polémique.

Peu après son arrivé au Chili, en 1990, l'achat de quelque 300 000 hectares de terres pour créer le parc de Pumalin, au sud du pays, est accueilli avec méfiance dans un pays qui sort à peine de la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990).

Jamais auparavant un projet de cette nature n'avait vu le jour: un riche étranger qui dépensait des millions de dollars pour acheter des hectares de forêts dans le seul but de le conserver pour les générations futures.

«Il est arrivé dans un pays où tout était bien plus fermé et où l'on se méfiait de tout le monde», explique à l'AFP le journaliste Andres Azocar, auteur de la biographie Tompkins, El Millonario Verde.

Le parc de Pumalin.... (PHOTO AP) - image 2.0

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Le parc de Pumalin.

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Soupçonné de vouloir fonder une secte, Tompkins a aussi dû batailler ferme avec le gouvernement du président Eduardo Frei (1994-2000), qui est parvenu à freiner l'avancée du parc de Pumalin.

«Il mettait la pression sur les colons pour qu'ils abandonnent la terre où étaient morts leurs parents et leurs grands-parents et il achetait cette terre à bas prix», a notamment dénoncé mercredi l'ex-ministre de l'Intérieur d'Eduardo Frei, Belisario Velasco, au micro de la radio Cooperativa.

«Esprit écologiste et visionnaire»

La personnalité introvertie de l'Américain, qui accordait rarement des entretiens, n'a fait qu'alimenter les soupçons.

Mais avec le temps, ses projets ont fini par être acceptés, jusqu'au plus haut sommet de l'Etat.

«Tompkins était un philanthrope, qui a agi d'une façon peu habituelle dans notre pays, mais qui a fait preuve d'un engagement fort à destination des générations futures (...) Au nom du Chili, nous voulons remercier son esprit écologiste et visionnaire», a déclaré mercredi la présidente du Chili, Michelle Bachelet.

«Il est mort comme il a vécu, mais il restera comme un visionnaire qui a ouvert l'esprit du Chili», a estimé Andres Azocar.

Mardi, Douglas Tompkins faisait du kayak sur le lac en compagnie de quatre Américains et d'un Mexicain lorsque de fortes rafales de vent ont provoqué des vagues qui les ont fait chavirer.

Un bateau chilien a récupéré les six personnes et Douglas Tompkins a été transporté par hélicoptère à l'hôpital de la ville de Coyhaique où il est décédé malgré les efforts des médecins pour faire remonter sa température qui était tombée à 19 degrés. Les cinq autres sont sains et saufs.

«C'est très triste, Doug était un héros pour nombre d'entre nous... Il a encouragé de nombreuses ONG de l'environnement à être plus ambitieuses. Il a eu une grande influence», a déclaré à l'AFP le responsable de l'ONG américaine Sierra Club, Michael Brune, qui se trouve au Bourget pour la conférence mondiale sur le climat.

«S'il était présent ici, il dirait probablement aux délégations de la fermer et de conclure un accord qui correspond à ce dont le monde a besoin», a-t-il ajouté.

Dans une interview publiée en novembre par le magazine chilien Paula, M. Tompkins avait indiqué que des politiciens chiliens l'accusaient de diriger une secte écologique et de vouloir contrôler des voies d'eau en Patagonie.

La société The North Face a indiqué dans un communiqué être «profondément attristée par la nouvelle», décrivant Douglas Tompkins comme un «défenseur de l'environnement passionné».

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