Guatemala: «marche funèbre» à la veille des élections présidentielles

Manuel Baldizon, candidat à la présidentielle.... (Photo Moises Castillo, AP)

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Manuel Baldizon, candidat à la présidentielle.

Photo Moises Castillo, AP

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Katell ABIVEN, Henry MORALES ARANA
Agence France-Presse
GUATEMALA

Les Guatémaltèques sont appelés samedi à descendre dans la rue pour une « marche funèbre » dénonçant la tenue des élections générales dimanche, un scrutin rejeté par une partie de la population excédée par la corruption, avec un ex-président en garde à vue.

« Nous allons manifester notre refus face à des élections imposées, immorales, illégales et illégitimes », a déclaré à l'AFP Isabel Juarez, 45 ans, membre du collectif « Un autre Guatemala, maintenant », l'un des organisateurs de la marche.

À 15 h (17h, heure de Montréal), un « enterrement électoral » sera organisé, les participants étant appelés à se vêtir de noir et porter de faux cercueils à travers la capitale, actuellement en pleine saison des pluies.

« Nous sommes en deuil car nous considérons que les élections sont un processus mort, sans réformes et avec beaucoup de gens impliqués dans des actes de corruption », explique Isabel Juarez.

Le mot d'ordre : « Cela ne fait que commencer ».

Dans un contexte de mobilisation populaire sans précédent, avec des protestations pacifiques organisées chaque samedi depuis avril, il est probable que d'autres manifestations spontanées se joignent à cette marche.

Dans la matinée, l'appel du collectif Anonymous à protester face au Tribunal suprême électoral (TSE) n'a toutefois pas été suivi.

Le pays centraméricain vient de vivre une semaine rocambolesque : mardi, le président conservateur Otto Pérez, accusé de diriger un réseau de corruption au sein des douanes, était privé de son immunité par le Parlement, pour la première fois dans l'histoire du Guatemala.

Mercredi, il remettait sa démission, réclamée depuis des mois par les manifestants.

Jeudi soir, l'ex-général de 64 ans passait sa première nuit en prison, en garde à vue, où il restera jusqu'à mardi quand reprendra son audition.

Si ces différentes étapes ont été accueillies par une véritable joie populaire, de plus en plus de voix critiquent le maintien des élections, exigeant une refonte du système politique pour le purger de la corruption endémique.

Risque d'abstention

Dimanche, 7,5 des 15,8 millions d'habitants sont appelés à désigner un nouveau président, 158 députés et 338 maires.

« Les élections ont perdu tout leur crédit, elles n'ont plus de légitimité », a affirmé à l'AFP la militante indigène Rigoberta Menchu, 56 ans, prix Nobel de la Paix 1992, appelant toutefois à voter car « il n'y a pas d'alternative ».

Alors que le mouvement de protestation a été largement porté par les moins de 30 ans - un tiers de l'électorat -, les analystes redoutent une forte abstention, malgré une participation frôlant les 70 % au premier tour en 2011.

« Celui qui vote aura toujours plus de droit et de force pour se plaindre si les promesses ne sont pas tenues », a appelé sur Twitter le président par intérim Alejandro Maldonado, qui occupera ce poste jusqu'au 14 janvier.

Sur les 14 candidats à la présidentielle, trois se détachent du lot : l'humoriste Jimmy Morales, candidat de droite sans expérience politique, crédité de 25 % des suffrages dans un sondage publié jeudi, suivi de Manuel Baldizon (droite, 22,9 %) et de la social-démocrate Sandra Torres, ex-Première dame (18,4 %).

« Je suis le seul candidat qui aujourd'hui n'est pas signalé pour ses liens avec des actes de corruption », a revendiqué Jimmy Morales, 46 ans, dans un entretien à l'AFP, promettant une politique de « portes ouvertes comme garantie de la transparence ».

Ce candidat, qui se veut anti-establishment, a fait une percée surprise dans les sondages ces dernières semaines, mais s'il est élu à l'issue du second tour programmé le 25 octobre, il aura fort à faire.

« Celui qui va arriver au pouvoir, qui que ce soit, sera très surveillé », prévient Alvaro Monténégro, étudiant de 27 ans qui fait partie des organisateurs des premières manifestations, en avril.

Selon Manfredo Marroquin, directeur de l'ONG Accion Ciudadana, branche locale de l'organisation anticorruption Transparency International, la frustration populaire « pourrait très facilement dégénérer en violence » dimanche, dans ce pays majoritairement pauvre et miné par le crime organisé.

Vendredi soir, des affrontements entre sympathisants de différents partis politiques ont fait un mort à Santa Barbara (sud), ont annoncé les autorités, qui ont arrêté 26 personnes.

La vente d'alcool a été interdite samedi à partir de la mi-journée et 35.000 policiers encadreront le processus électoral.

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