«Au Paraguay, chaque jour deux fillettes de 10 à 14 ans accouchent»

Enceinte de 23 semaines, soit cinq mois, la... (PHOTO JESSICCA RINALDI, ARCHIVES REUTERS)

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Enceinte de 23 semaines, soit cinq mois, la petite fille est actuellement sous la surveillance de l'hôpital de la Croix-Rouge d'Asuncion où elle est examinée par des médecins, psychologues et psychiatres.

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Hugo RUIZ OLAZAR
Agence France-Presse
ASUNCION

L'UNICEF tire la sonnette d'alarme au Paraguay face au manque de protection pour les fillettes victimes d'abus sexuels, alors que l'une d'elles, violée par son beau-père, se retrouve enceinte à l'âge de 10 ans.

«Au Paraguay, chaque jour deux fillettes de 10 à 14 ans accouchent», rappelle Andrea Cid, responsable de la protection de l'enfance pour l'UNICEF dans le petit pays sud-américain, situé entre le Brésil, l'Argentine et la Bolivie.

«Ces cas sont la conséquence d'abus sexuels et, dans la majorité des situations, d'abus sexuels répétés face auxquels les victimes n'ont pas reçu la protection opportune et appropriée», explique à l'AFP cette experte de l'agence des Nations unies.

Pour elle, derrière cette situation dramatique, il y a d'abord un problème de politique publique : le faible budget alloué à l'éducation au Paraguay, un facteur aggravant la vulnérabilité de ces jeunes filles.

«Tandis que d'autres pays de la région consacrent 7 à 8 % de leur budget à l'éducation, le Paraguay ne dépasse pas les 4 %». Cela se traduit par «une enfance sans protection, en danger permanent».

Dernier scandale en date, celui, révélé fin avril, de la grossesse d'une fillette de 10 ans, violée par le compagnon de sa mère.

Enceinte de 23 semaines, soit cinq mois, la petite fille est actuellement sous la surveillance de l'hôpital de la Croix-Rouge d'Asuncion où elle est examinée par des médecins, psychologues et psychiatres.

Son beau-père, Gilberto Benitez Zarate, âgé de 42 ans, est recherché par la police.

Sa mère a été placée en détention, accusée de négligence et d'obstruction à la justice après avoir livré de fausses informations sur son compagnon.

Dans ce pays qui n'autorise l'avortement qu'en cas de danger pour la vie de la mère et uniquement jusqu'à la 20e semaine de grossesse, l'opinion semble divisée, entre partisans de la loi et ceux plaidant pour son assouplissement en cas de viol.

«Grossesse à haut risque»

Les autorités, elles, semblent avoir peu de doutes.

Le ministre de la Santé, Antonio Barrios, juge l'avortement «totalement hors de question» : «Si elle devait avorter, il fallait le faire avant la 20e semaine», a affirmé ce médecin-pédiatre.

Or cette grossesse a justement été découverte par hasard, le 21 avril, alors que la jeune patiente passait des examens médicaux pour une suspicion de tumeur abdominale.

Le juge Tadeo Fernandez a rejeté une demande de la mère de la fillette, qui souhaitait, selon son avocate Gladys Lopez, réunir «une commission médicale pour savoir s'il est possible de suspendre cette grossesse».

«L'interruption de grossesse n'est pas envisagée dans le code pénal», a assuré la directrice du département Santé sexuelle et reproductive au sein du ministère de la Santé, la médecin Karen Diaz.

Un éventuel recours à l'avortement «dépend étroitement de l'état de santé de la patiente, si elle présente une urgence de type obstétrique ou si l'on observe que la santé foetale est compromise», a-t-elle ajouté.

Pour Anibal Peris, doyen de la faculté de médecine de l'Université du Paraguay et directeur de l'hôpital Clinicas, la fillette peut terminer normalement sa grossesse et accouchera par césarienne pour éviter les complications.

Mais Ricardo Oviedo, directeur de l'hôpital des enfants d'Asuncion, a rappelé qu'«une enfant n'est pas en condition d'avoir un enfant» : «C'est une grossesse à haut risque (...) pour la mère et l'enfant.»

«La grossesse peut mettre sa vie en danger, ainsi que celle du bébé, car l'utérus n'est pas suffisamment développé», a reconnu la procureure Monalisa Muñoz.

Pour empêcher que l'on contraigne la fillette, qui fêtera ses 11 ans en mai, à mener sa grossesse à terme, une campagne a été lancée par la branche locale d'Amnistie internationale, sous le mot-clé «NiñaEnPeligro».

L'UNICEF souligne que ce cas est le premier depuis longtemps à susciter un débat public, dans un pays où la légalisation de l'avortement n'est encore qu'une revendication de personnalités politiques de gauche, de certains professionnels et de féministes.

Selon Andrea Cid, en 2014, 650 fillettes de 10 à 14 ans ont accouché et 20 000 jeunes filles de 15 à 19 ans sont tombées enceintes.

«Les adolescentes ne reçoivent pas l'attention adéquate. Cela nous inquiète et nous espérons qu'à la lumière de ce cas, des mesures plus efficaces seront prises pour les protéger de la violence au sein des familles.»

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