Corruption au Brésil: les anti-Rousseff mobilisent moins

Au total, quelque 575 000 personnes ont manifesté... (Photo: AP)

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Au total, quelque 575 000 personnes ont manifesté dans une centaine de villes du pays, dont 275 000 seulement à Sao Paulo (photo).

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Natalia RAMOS, Damián WROCLAVSKY, Javier TOVAR
Agence France-Presse
Sao Paulo, Brasilia, Rio de Janeiro

Près de 600 000 Brésiliens indignés par le vaste scandale de corruption Petrobras, ont manifesté dimanche contre la présidente Dilma Rousseff, soit sensiblement moins que lors de la première journée nationale de mobilisation du 15 mars.

Aux cris de «dehors Dilma!», les manifestants, souvent vêtus du maillot jaune et vert de l'équipe nationale de football, ont réclamé la fin de l'impunité dans les affaires de corruption et la destitution de la présidente.

Au total, quelque 575 000 personnes ont manifesté dans une centaine de villes du pays, dont 275 000 seulement à Sao Paulo, la capitale économique du géant émergent d'Amérique latine et fief de l'opposition de centre-droit, selon des estimations encore provisoires de la police ville par ville.

Les organisateurs, des mouvements citoyens officiellement apolitiques mobilisant sur internet ont ainsi échoué dans leur pari de rééditer la mobilisation des manifestations du 15 mars qui avait réuni jusqu'à 1,7 million de personnes.

«Il est difficile de mobiliser des multitudes dans la rue tous les mois. Le manque de leadership de ce mouvement se fait sentir et par ailleurs la présidente a réussi à stopper certaines hémorragies depuis mars. Elle doit respirer un peu ce soir», analysait pour l'AFP l'analyste politique André Cesar.

La présidente de gauche, réélue difficilement en novembre pour un second mandat de quatre ans, est aux prises avec l'énorme scandale de corruption qui éclabousse le groupe pétrolier d'État Petrobras et sa coalition de centre-gauche.

Au plus bas dans les sondages, avec un taux d'approbation d'à peine 13%, elle affronte également une situation économique dégradée et une crise politique au sein de sa majorité.

«Nous voulons ouvrir un espace à l'indignation du peuple brésilien (...), a expliqué à l'AFP Janaina Lima, porte-parole du mouvement Vem Pra Rua (Descend dans la rue, NDLR), depuis la plateforme du camion sonorisé de la manifestation qui avançait au pas sur l'avenue Paulista grouillant de monde à Sao Paulo.

«Notre objectif est que Dilma quitte le pouvoir à travers un processus légal, une destitution ou sa démission, mais qu'elle s'en aille. Elle a été réélue oui, mais le peuple n'en veut plus», ajoutait cette militante âgée de 30 ans.

Dans la capitale Brasilia, plus de 25 000 personnes ont défilé dans une ambiance festive et familiale, entre skaters et marchands ambulants. A Rio de Janeiro, ils étaient environ 10 000 à parader face à la plage ensoleillée de Copacabana.

Selon un sondage de l'Institut Datafolha publié samedi, 63% des Brésiliens sont favorables à la destitution de la présidente à cause du scandale Petrobras.

Mais 64% pensent aussi que cela ne se produira pas, même si huit sur dix pensent que Mme Rousseff était au courant des malversations au sein du géant pétrolier.

La grande majorité des juristes estime que les conditions d'une destitution de la présidente ne sont pas réunies. Aucun parti politique de poids ne s'est pour le moment prononcé ouvertement en faveur de cette option défendue par une majorité de manifestants.

Treize sénateurs, 22 députés, deux gouverneurs, le trésorier du Parti des travailleurs (PT, gauche) au pouvoir, d'anciens fonctionnaires de la présidence et d'ex-élus sont soupçonnés par les enquêteurs d'avoir reçu des pots de vin de Petrobras au coeur d'un vaste système de corruption qui aurait brassé jusqu'à quatre milliards de dollars en une décennie.

Le trésorier du PT, Joao Vaccari, qui clame son innocence, a été formellement accusé de corruption et blanchiment d'argent.

La présidente Rousseff affronte parallèlement d'importantes difficultés sur les fronts économique et politique.

La Brésil, septième économie mondiale, est au bord de la récession, avec une inflation à 8,13%, des comptes publics dégradés qui obligent le gouvernement à tenter d'imposer une cure d'austérité d'autant plus impopulaire qu'elle avait été écartée par la candidate Rousseff.

Sur le front politique, la présidente doit composer avec l'humeur chaque jour plus frondeuse de son soi-disant principal allié parlementaire, le Parti du Mouvement démocratique brésilien (PMDB), dont sont membres les présidents du Sénat et du Congrès des députés, tous deux visés par l'enquête Petrobras.

La semaine dernière, Dilma Rousseff s'est résolue à confier à son vice-président, le président du PMDB Michel Temer, le rôle d'articulateur politique entre le gouvernement et le Congrès dans ce qui est apparu comme une ultime tentative de sauver sa coalition.

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