Cinq ans après le séisme, Haïti se souvient

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Le président Michel Martelly (au centre) a rendu hommage aux victimes lors d'une cérémonie officielle à la place Saint-Christophe, dans le nord de Port-au-Prince, où la plupart des morts ont été ensevelis dans des fosses communes.

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Clarens RENOIS
Agence France-Presse
PORT-AU-PRINCE

Les Haïtiens rendaient hommage lundi aux milliers de victimes du séisme dévastateur de 2010 qui a ravagé le pays le plus pauvre du continent américain, plongé dans une grave crise politique.

Cinq ans après la catastrophe qui a fait 300 000 morts et détruit Port-au-Prince, le gouvernement haïtien a décrété la journée du 12 janvier «journée de réflexion et de commémoration», et les drapeaux ont été mis en berne en signe de deuil.

Le président Michel Martelly a rendu hommage aux victimes lors d'une cérémonie officielle à la place Saint-Christophe, dans le nord de Port-au-Prince, où la plupart des morts ont été ensevelis dans des fosses communes.

«J'ai une pensée spéciale pour les secouristes haïtiens et les volontaires internationaux qui ont aidé à sauver des vies lors de la catastrophe», a dit M. Martelly, sur un ton grave. «Cinq ans après, sommes-nous prêts à faire face à d'autres catastrophes qui pourraient frapper Haïti?», s'est-il interrogé.

Dans les rues de la capitale, l'activité tournait au ralenti.

Dans les ruines de la cathédrale de Port-au-Prince, détruite lors du séisme, quelques fidèles ont déposé des gerbes de fleurs en mémoire des disparus.

«Je demande à Dieu d'éviter de nouvelles catastrophes au pays», a murmuré Katia George tenant un bouquet de fleurs pour sa cousine emportée par le séisme.

Dès dimanche, les Haïtiens se sont rendus en nombre dans les églises, les temples et les loges.

«Ce 12 janvier, je vais rester à la maison, je vais prier à la mémoire des disparus», témoigne Mirlie St-Preux, 24 ans, qui se souvient du choc du séisme qui l'avait surprise dans les rues. «Après les secousses, je ne pouvais pas croire qu'il y avait tant de victimes et de destructions», se souvient-elle.

«La vie n'a pas beaucoup changé. La classe moyenne s'est appauvrie. Les familles sont traumatisées et désorganisées. De nouveaux bidonvilles ont été érigés», renchérit Jean Verdy, un militant politique.

Ce n'est pas l'avis de Mary Barton-Dock, envoyée spéciale de la Banque mondiale en Haïti. Elle estime que «malgré les remous politiques actuels, Haïti a réussi à réduire l'extrême pauvreté de 31 % à 24 % entre 2000 et 2012».

Des Haïtiens se réjouissent de voir moins de tentes dans la capitale même s'ils souhaitent voir plus de projets de reconstruction.

Depuis le séisme, qui avait fait 1,5 million de sans-abris, «79 397 personnes déplacées (...) vivent toujours dans 105 sites et camps en Haïti», mais le nombre de ménages déplacés a diminué de 94 % et le nombre de camps de 93 %, fait valoir dans un rapport l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

«Il manque de tout»

À Canaan, un quartier érigé à la sortie nord de la capitale juste après le séisme, près de 300 000 personnes vivent dans des conditions difficiles, parfois sans eau courante et sans électricité.

«Nous sommes ici dans un grand camp, pas dans un village, car il manque de tout», explique Jean Vincent, 76 ans, qui vit dans une cahute en plastique.

Malgré les services fournis par des ONG de moins en moins visibles, les résidants des camps regrettent l'absence de l'État.

Le 12 janvier 2010, une autre étudiante, Fabiola, a vu des maisons s'effondrer sous ses yeux. «Aujourd'hui, les constructions poussent sans supervision de l'État. Si nous sommes frappés par une catastrophe, il pourrait y avoir beaucoup de victimes», craint-elle.

«Haïti reste le pays avec la plus grande inégalité des revenus dans la région Amérique latine et Caraïbes. La faible gouvernance continue à entraver les progrès dans la prestation des services essentiels, telle que l'électricité», admet la représentante de la Banque mondiale.

Les efforts de reconstruction sont d'autant plus difficiles à mener que le pays est plongé dans une grave crise politique.

Mais à quelques heures des commémorations, le président haïtien Michel Martelly et une vingtaine de dirigeants politiques ont réussi à signer dimanche soir un accord prévoyant la tenue d'élections avant la fin 2015.

«Je lance un appel au calme aux partisans et aux opposants. Au nom des victimes, donnons une chance au pays», a lancé le chef de l'État en remerciant les partis qui ont signé l'accord de dernière minute trouvé dimanche soir.

Lundi, l'Union européenne a jugé «bienvenu» l'accord pour une sortie de crise.

Mais une séance prévue au Parlement pour entériner l'accord avant l'expiration du mandat des parlementaires n'a pas pu se tenir faute de quorum, laissant entrevoir la perspective d'un président dirigeant par décrets.

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