La Colombie suspend les négociations de paix avec les FARC

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Le président Juan Manuel Santos participe à une cérémonie marquant le 123e anniversaire de la police colombienne, à Bogota, le 14 novembre.

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Philippe ZYGEL
Agence France-Presse
BOGOTA

La Colombie a suspendu les pourparlers avec les FARC en réaction à l'enlèvement d'un général, mettant lundi sous forte pression la guérilla marxiste, afin d'obtenir sa libération et résoudre la pire crise du processus de paix depuis deux ans.

Le président Juan Manuel Santos a ordonné aux négociateurs de ne pas se rendre à Cuba pour la reprise prévue mardi des discussions avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), ouvertes sans cessez-le-feu depuis le 19 novembre 2012 à La Havane, dans l'espoir de mettre un terme à un conflit d'un demi-siècle, le plus vieux d'Amérique latine.

Jugeant «totalement inacceptable» l'enlèvement du général et de deux autres personnes, M. Santos a exigé leur libération «au plus tôt», annonçant que le dialogue était «suspendu tant que la lumière n'est pas faite», à l'issue d'une réunion de crise la nuit dernière à Bogota.

Le ministre de la Défense, Juan Carlos Pinzon, devait se rendre lundi dans la province du Choco pour superviser les opérations militaires de recherche dans cette région pauvre bordant le Pacifique, où sévissent de nombreux groupes armés.

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Le président Santos annonce la suspension des négociations de paix, à Bogota, le 16 novembre. 

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Le Comité international de la Croix-Rouge a également été sollicité pour servir d'éventuel médiateur avec les FARC, la principale rébellion colombienne, issue d'une insurrection paysanne en 1964 et qui compte encore officiellement 8000 combattants.

Le général Ruben Alzate avait été enlevé dimanche après-midi dans une zone rurale près de Quibdo, la capitale du Choco, où il dirigeait une force spéciale de l'armée, un événement sans précédent depuis l'ouverture du processus de paix.

Selon les autorités, il a été séquestré avec un autre militaire, le caporal Jorge Rodriguez, et une conseillère de l'armée, Gloria Urrego, alors qu'ils s'étaient déplacés à bord d'une embarcation pour aller étudier un projet énergétique.

La communauté internationale, qui soutient le processus de paix colombien, s'est également mobilisée. L'Union européenne a demandé lundi aux FARC de libérer «immédiatement» et «sans condition» les militaires.

«Un moment critique»

Leur maintien en captivité «menace la poursuite des négociations», a lancé depuis Bruxelles Catherine Ray, porte-parole de la chef de la diplomatie de l'UE, Federica Mogherini.

De leurs côtés, les FARC n'ont pas encore réagi officiellement à la suspension des négociations, annonçant juste dans un message sur Twitter qu'elles comptaient prochainement «rompre le cercle médiatique».

Début 2012, la guérilla s'était engagée à ne plus enlever de civils contre rançon, tout en se réservant le droit de capturer des militaires, considérés comme «prisonniers de guerre». La semaine passée, elle a revendiqué la capture de deux soldats dans le nord du pays.

«L'enlèvement du général montre la difficulté de maintenir les négociations en pleine confrontation», a commenté pour l'AFP le politologue Jorge Restrepo, directeur du CERAC, un centre d'études spécialisé dans le conflit colombien à Bogota.

Selon cet expert, le processus de paix se «trouve à un moment critique». «Soit il se rompt, soit il se renforce» en cas de libération rapide de la part des FARC qui «se retrouvent le dos au mur», a ajouté M. Restrepo, voyant dans cet épisode un signe du «manque de contrôle» de la guérilla sur ses propres troupes.

Grand artisan des négociations de paix et réélu en juin dernier pour un mandat de quatre ans, M. Santos, un dirigeant de centre droit de 62 ans, se retrouve lui aussi sous la pression de l'opposition au dialogue, emmenée par son populaire prédécesseur, Alvaro Uribe, chantre de la fermeté absolue à l'égard des FARC.

Dans un entretien au quotidien espagnol El Mundo, M. Uribe, à la tête du principal parti d'opposition au Parlement où il a été élu sénateur, a réagi en dénonçant à nouveau «l'erreur de négocier avec les FARC».

Quatrième tentative de dialogue dans l'histoire, le processus de La Havane avait jusqu'ici permis d'aboutir à des accords partiels sur une réforme rurale, la participation politique des ex-guérilleros ou encore la lutte contre le trafic de cocaïne, dont la Colombie demeure l'un des premiers producteurs au monde.

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