L'île de Pâques refuse de prêter ses Moai

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Les Parisiens devront se déplacer sur l'île de Pâques pour observer ses statues célèbres.

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Graciela Almendras
Agence France-Presse
Santiago

Le peuple «Rapa Nui» de l'île de Pâques se mobilise de façon croissante pour préserver son patrimoine comme l'a montré son refus de «prêter» une de ses célèbres statues Moai pour une exposition à Paris.

Lors d'une consultation début mars, 89% des Pascuans, en majorité d'ethnie polynésienne, se sont opposés au long voyage de 13 000 km d'un Moai, du Pacifique sud aux Jardins des Tuileries où il devait être exposé du 26 avril au 9 mai, a annoncé jeudi le Conseil des monuments nationaux (CMN) chilien.

Le CMN, qui avait émis initialement un avis favorable, «prendra une décision finale» le 14 avril. Mais «le plus probable» et «prévisible» est qu'il suivra l'avis des Pascuans, selon une source proche de l'institution.

Les Moai sont de mystérieux monolithes de basalte sculptés il y a 500 à 750 ans et devenus emblèmes de l'île de Pâques rattachée au Chili.

Le projet d'exposition à Paris avait été lancé en 2008 par les fondations italienne Mare Nostrum et française Louis Vuitton. Il visait à faire connaître la culture de l'île, en échange d'une contribution à la préservation de son patrimoine, grâce à un fonds initialement doté d'un demi-million de dollars (374 millions d'euros).

Des archéologues et des logisticiens avaient réalisé des repérages et présélectionné une statue de 5 mètres de haut et pesant 13 tonnes, qui devait être assurée pour 2 millions de dollars.

Les quelque 4 000 habitants de l'île ont été informés du projet au cours de réunions publiques, puis consultés par référendum, en vertu de la Convention de l'Organisation internationale du Travail (OIT) sur les peuples indigènes.

«Etes-vous d'accord pour que le Moai aille provisoirement en France, selon les termes du projet présenté ?», demandait la consultation, organisée par le CMN et la Corporation du développement indigène (Conadi).

«Non» ont répondu 789 îliens, contre 94 «oui», sur près de 900 suffrages exprimés pour 1 500 inscrits.

Le refus des Pascuans, clair et net, illustre la réactivité de plus en plus forte des habitants de ce bout de paradis de 24 km sur 12 km en défense d'un patrimoine et d'un écosystème qu'ils sentent menacés.

Les flux touristiques avec 50 000 visiteurs par an et l'immigration en provenance du Chili continental distant de 3 500 km de l'île, représentent des inquiétudes majeures. Les autorités se sont en particulier inquiétées de la ruée annoncée de spectateurs pour l'éclipse totale du soleil prévue le 11 juillet.

En 2009, les Pascuans ont symboliquement «fermé» l'île pendant 48 heures, bloquant l'aéroport de Mataveri, pour réclamer un droit de regard accru sur les flux migratoires. Ils ont obtenu en octobre la garantie d'une mini-révision de la Constitution en ce sens.

Leur mobilisation porte maintenant sur les Moai.

«Leur réaction est compréhensible», estime Luis Carlos Parentini, historien spécialiste des communautés indigènes.

«Au long de leur histoire, ils ont vu disparaître une bonne partie de leur patrimoine. Ils peuvent soupçonner que ce qui s'en va ne revient pas. Et ils n'ont pas vraiment à gagner dans l'affaire, vu le rayonnement déjà énorme de l'île», note-t-il.

Après avoir été offert en 1927 à un chef d'État, puis être passé de main en main pendant 80 ans, d'Argentine en Europe, un «petit» Moai de 1,20 m, pesant 2 tonnes tout de même, a été restitué à l'île seulement en 2006.




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