Nigeria: le bilan s'alourdit à 70 morts après la frappe aérienne accidentelle

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Cette attaque est «choquante et inacceptable», selon le Dr Jean-Clément Cabrol, directeur des opérations de MSF.

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Aminu Abubakar
Agence France-Presse
Kano

Les opérations de secours restaient extrêmement difficiles mercredi dans le nord-est du Nigeria où l'armée de l'air a bombardé par erreur mardi un camp de déplacés, faisant au moins 70 morts selon un dernier bilan du Comité international de la Croix-Rouge qui pourrait encore s'alourdir.

«On estime que 70 personnes ont été tuées (dont six volontaires de la Croix-Rouge locale) et plus de cent blessées», a affirmé le CICR dans un communiqué. Ce camp accueille des déplacés qui ont fui les violences perpétrées par le groupe jihadiste Boko Haram, qui mène depuis 2009 une insurrection contre le gouvernement.

Selon le CICR et MSF, ce bilan devrait encore évoluer, compte tenu des conditions de soins extrêmement précaires.

Laurent Singa, chirurgien pour le CICR déployé juste après le bombardement, a qualifié les conditions d'interventions d'«inadéquates». «Tous les patients doivent être évacués (dans la capitale de l'État du Borno) Maiduguri aussi vite que possible», a-t-il souligné dans un communiqué.

L'organisation des évacuations et des premiers secours représentent un défi dans cette région isolée, près de la frontière camerounaise, où sont toujours retranchés de nombreux combattants islamistes de Boko Haram.

Quelques heures après l'attaque de mardi, un hélicoptère et une équipe chirurgicale du CICR ont été déployés à Rann, dans le nord de l'État du Borno, où l'ONG Médecins sans frontières (MSF) coordonne la prise en charge des blessés.

Seuls neuf patients dans un «état critique» ont pu être évacués mardi vers Maiduguri, capitale de la région, relativement sécurisée.

Mercredi, à Rann, environ 90 patients attendaient toujours une évacuation d'urgence, dont 46 «grièvement blessés», et soignés «en plein air dans un environnement précaire», selon le CICR.

Un porte-parole en poste dans la capitale Abuja a confié à l'AFP espérer que tous les patients seraient transférés, «d'ici la tombée de la nuit (mercredi)».

Les frappes aériennes ont eu lieu mardi vers 9h00 (3h00 HE) à Rann, au moment où les humanitaires distribuaient de la nourriture aux déplacés.

«Une réponse d'urgence était peu à peu apportée dans cette localité qui était, il y a peu de temps encore, inaccessible» aux humanitaires, selon Edward Kallon, coordinateur des Nations unies pour le Nigeria.

«Un avion militaire a bombardé par erreur Rann au lieu de Kala», une localité voisine, avait rapporté mardi par téléphone à l'AFP un habitant, Abba Abiso. «Ces dernières semaines, Boko Haram a déplacé sa base de la forêt de Sambisa vers Kala et un avion militaire a apparemment confondu Rann et Kala», avait-il ajouté.

Enfants en sang

Comme des centaines d'autres localités de la région, Rann et ses 43 000 déplacés souffraient déjà de «manque de nourriture et de malnutrition sévère».

À Maiduguri, hôpitaux publics, médecins et ambulances ont été placés en alerte dans le cadre d'un «plan d'urgence médical» déclenché par les autorités de l'État du Borno.

Plusieurs organisations humanitaires qui fournissent habituellement aux réfugiés des abris, de la nourriture ou de l'eau potable ont exprimé leur consternation.

Le haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, a parlé «d'événement vraiment catastrophique», réclamant une enquête approfondie.

Cette attaque est «choquante et inacceptable», selon le Dr Jean-Clément Cabrol, directeur des opérations de MSF.

Mausi Segun, spécialiste du Nigeria à Human Rights Watch a estimé que le gouvernement devrait offrir «une indemnisation rapide, adéquate et efficace aux victimes» du drame.

«Même s'il n'y a pas de preuve qu'il s'agit d'une attaque délibérée sur le camp, ce qui serait un crime de guerre, le camp a été bombardé sans distinction, en violation du droit international humanitaire».

Une délégation officielle, composée d'un représentant du président Muhamadu Buhari, Abba Kyari, et de plusieurs responsables de l'armée nigériane, est arrivée à Maiduguri mercredi après-midi, assurant qu'ils se rendraient également à Rann, sans qu'aucun journaliste ne soit autorisé à se rendre sur les lieux de la tragédie.

M. Kyari a regretté cet événement «très malheureux», ajoutant que des «incidents de tirs amis sont aussi vieux que l'histoire de l'humanité», sans, dit-il, trouver d'excuses aux responsables.

Des images diffusées après l'attaque montraient des enfants blessés, en pleurs, les vêtements déchirés et maculés de sang, ainsi que des corps allongés sur des nattes et recouverts de couvertures.

Toby Lanzer, coordinateur humanitaire de l'ONU pour la région du Sahel, a déclaré à l'AFP: «Jamais au cours de mes 20 années de travail en zone de conflit, je n'ai vu une telle chose».

Le mois dernier, l'armée nigériane a déclaré que le conflit entrait dans sa phase finale. Ces violences ont fait au moins 20 000 morts et plus de 2,6 millions de déplacés.




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