Kerry en Égypte: entre impératifs sécuritaires et droits de l'homme

Le secrétaire d'État John Kerry et son homologue... (Brendan Smialowski)

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Le secrétaire d'État John Kerry et son homologue égyptien, le ministre des Affaires étrangères Sameh Shoukry, au Caire, dimanche.

Brendan Smialowski

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Nicolas REVISE
Agence France-Presse
Le Caire, Égypte

Le secrétaire d'État américain John Kerry a assuré dimanche au Caire que l'accord sur le nucléaire iranien allait rendre le Moyen-Orient plus sûr, à l'issue d'un «dialogue stratégique» avec l'allié égyptien, première étape d'une tournée régionale.

Après Le Caire, M. Kerry doit d'ailleurs partir pour Doha où il rencontrera lundi ses homologues des États sunnites du Golfe pour tenter d'apaiser leurs craintes suscitées par le règlement historique scellé le 14 juillet à Vienne entre Téhéran et les grandes puissances.

«Il n'y a absolument pas de doute, si l'accord de Vienne est entièrement appliqué, l'Égypte et tous les pays de cette région seront plus en sécurité (...) comme ils ne l'ont jamais été», a affirmé M. Kerry après avoir co-présidé avec son homologue égyptien Sameh Choukri le «dialogue stratégique», dont la dernière édition remonte à 2009.

Les monarchies du Golfe se méfient des ambitions régionales de l'Iran chiite. L'Arabie saoudite, rivale de l'Iran, a toutefois exprimé officiellement son soutien à l'accord.

«Les États-Unis et l'Égypte reconnaissent que l'Iran est engagé dans des activités déstabilisatrices dans la région, et c'est pour cela qu'il est si important de s'assurer que le programme nucléaire iranien demeure entièrement pacifique», a martelé M. Kerry, l'un des artisans du texte de Vienne.

Il a ensuite rencontré le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, dans une ambiance cordiale.

Devant la presse, M. Kerry a souligné la nécessité pour le géant du monde arabe de trouver un «équilibre» entre la lutte «antiterroriste» contre une insurrection jihadiste sans précédent et la «protection des droits de l'Homme».

En Égypte, les Américains sont confrontés à un dilemme: veiller à leurs impératifs sécuritaires tout en dénonçant les atteintes aux libertés.

Ils continuent ainsi de dénoncer la terrible répression menée par le régime Sissi contre les partisans de son prédécesseur, l'islamiste Mohamed Morsi destitué en juillet 2013 et condamné à mort.

Mais Washington et Le Caire, aux relations tumultueuses depuis la révolution de 2011, se sont plus ou moins rabibochés grâce à la reprise en mars de l'assistance militaire américaine de 1,3 milliard de dollars par an.

«Les États-Unis et l'Égypte sont en train de retrouver une base plus solide pour leur relation», a d'ailleurs souligné M. Kerry.

Washington a ainsi annoncé jeudi la livraison au Caire de huit avions de combat F-16, sur les 12 promis en mars par le président Barack Obama.

C'est «essentiel pour la lutte contre le terrorisme», a plaidé John Kerry.

Mais il a aussi reconnu «des tensions ici et là sur certaines questions» en matière de «protection des droits de l'Homme» et pour lesquelles «les États-Unis ont exprimé leurs inquiétudes».

En matière de liberté de la presse, un tribunal égyptien a justement reporté dimanche jusqu'au 29 août son verdict dans le procès de trois journalistes de la chaîne qatarie Al-Jazeera, dont la première condamnation à des peines allant jusqu'à 10 ans de prison avait provoqué un tollé international, notamment à Washington.

L'Australien Peter Greste, le Canadien Mohamed Fahmy et l'Égyptien Baher Mohamed sont accusés d'avoir «diffusé de fausses informations» pour soutenir le mouvement interdit des Frères musulmans de M. Morsi.

Le ministre Sameh Choukri a toutefois estimé que des journalistes emprisonnés en Égypte étaient détenus pour «leur implication dans des activités terroristes».

«Très grave menace»

Depuis des mois, Le Caire et Washington s'alarment de l'insurrection djihadiste dans le nord de la péninsule égyptienne du Sinaï, un bastion du groupe Ansar Beït al-Maqdess qui s'est rebaptisé «Province du Sinaï» pour marquer son allégeance au «califat» autoproclamé par le groupe État islamique (EI) sur des pans de l'Irak et de la Syrie.

Les attentats visant les forces de sécurité se sont multipliés depuis l'éviction de M. Morsi. Des centaines de policiers et de soldats ont été tués dans ces attaques, selon les forces de sécurité qui disent avoir éliminé plus de 1000 jihadistes au Sinaï.

«Nous sommes profondément inquiets de ce qui se passe dans le Sinaï», a commenté un diplomate américain. «Les Égyptiens sont confrontés à une très grave menace d'organisations affiliées à l'EI et nous devons les aider».

Devant arriver à Doha dimanche soir, M. Kerry aura aussi une rencontre tripartite lundi avec ses homologues russe et saoudien, Sergueï Lavrov et Adel al-Jubeir, pour discuter des conflits en Syrie et au Yémen.

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