Rwanda: «2 millions de signatures» pour un 3e mandat de Kagame

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Le président Paul Kagame est l'homme fort du Rwanda depuis la fin du génocide de 1994.

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Stephanie AGLIETTI
Agence France-Presse
KIGALI

Le Parlement rwandais examinera à l'été les demandes par pétition de près de 2 millions de Rwandais pour une réforme de la Constitution qui autoriserait un nouveau mandat présidentiel de Paul Kagame, l'homme fort du pays depuis la fin du génocide de 1994.

Attendue depuis des mois dans la perspective de la présidentielle de 2017, une telle annonce fait écho à un sujet brûlant sur le continent africain, au Burundi voisin, en République démocratique du Congo (RDC), au Congo ou encore au Burkina Faso: la modification des textes constitutionnels pour permettre à des chefs d'État, parfois au pouvoir depuis des décennies, de se maintenir à la tête de leur pays.

«Nous avons reçu autour de 2 millions de demandes de la population» pour la révision de l'article 101 de la Constitution portant sur la limitation du nombre de mandats présidentiels, a déclaré à l'AFP Donatilla Mukabalisa, présidente de la chambre des députés.

Les deux chambres composant le Parlement - toutes deux dominées par le parti au pouvoir FPR (Front patriotique rwandais) - se prononceront sur les suites à donner à ces pétitions en séance plénière entre le 5 juin et le 4 août, a précisé la présidente de la chambre des députés.

Ces demandes, qui représentent près de 17 % de la population rwandaise, affluent depuis plusieurs mois au Parlement sous la forme de pétitions spontanées, selon Mme Mukabalisa. Elles émanent d'individus, de groupes d'individus ou d'associations qui envoient des lettres ou se présentent en personne, a-t-elle expliqué.

Mercredi, onze citoyens assurant représenter le personnel des 23 centres de santé du district de Karongi (ouest) sont ainsi venus déposer une pétition de 579 signatures, a-t-on constaté.

«Cela représente la totalité du personnel des centres de santé» du district, a expliqué Innocent Dusabimana, 35 ans, un infirmier membre de la délégation, venue avec les pétitions rangées dans deux «agaseke», le panier traditionnel rwandais fait de roseaux séchés.

«C'était un processus volontaire, personne n'a été forcé» à signer les pétitions, a-t-il assuré, vantant les multiples réalisations du chef de l'État, dont la construction du centre de santé où il exerce.

«Du fond du coeur»

Depuis plusieurs mois, les appels se multipliaient au Rwanda en faveur de cette réforme constitutionnelle, louant un président «actif et efficace», artisan des succès économiques du Rwanda et protecteur de la population.

Le tout puissant FPR et ses organisations satellites sont à l'offensive, dans les médias et partout dans le pays, poussant à un débat national.

M. Kagame lui-même est longtemps resté évasif sur la question, se contentant de renvoyer vers le «peuple rwandais», seul à pouvoir exiger un tel changement.

Il est crédité des nombreuses avancées du Rwanda depuis le génocide, mais dirige son pays d'une main de fer et est accusé d'étouffer toutes voix discordantes.

Pour René Mugenzi, militant rwandais des droits de l'Homme exilé en Grande-Bretagne, ces deux millions de signatures ne sont qu'une «mise en scène» orchestrée par le pouvoir, pour que les autorités puissent accréditer l'idée que «le changement constitutionnel est réclamé par le peuple».

Selon cet opposant, beaucoup de Rwandais sont contraints de signer ces pétitions au risque de perdre par exemple leur emploi ou d'être mis au ban de la société.

«Ce sont les gens qui prennent cette initiative (...) ils ne sont pas du tout forcés», a démenti Mme Mukabalisa. «Lorsqu'ils expriment leurs souhaits, on voit qu'ils le font du fond du coeur», a-t-elle assuré.

La Constitution rwandaise limite à deux le nombre de mandats présidentiels et interdit donc en l'état à Paul Kagame, élu en 2003 et en 2010, de se présenter une troisième fois.

M. Kagame est au pouvoir depuis que sa rébellion du FPR a mis fin au génocide de 1994 qui, selon l'ONU, a fait environ 800 000 morts, essentiellement parmi la minorité tutsi.

Vice-président et ministre de la Défense après le génocide, il tenait déjà alors les rênes du pays, avant d'être élu président en 2003 avec 95 % des voix, et réélu tout aussi triomphalement (93 %) en 2010.

La Constitution, adoptée en 2003, ne mentionne pas formellement une réforme par voie de pétition. Selon ce texte, l'initiative d'une révision revient au chef de l'État ou à chaque chambre du Parlement. Elle sera adoptée à la majorité des trois quarts des deux chambres, et doit être suivie d'un référendum populaire.

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