Muhammadu Buhari remporte la présidentielle au Nigeria

Muhammadu Buhari en 2003.... (Archives AP)

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Muhammadu Buhari en 2003.

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Ola AWONIYI, Ben SIMON
Agence France-Presse
ABUJA

L'ancien putschiste Muhammadu Buhari a remporté la présidentielle au Nigeria contre le sortant Goodluck Jonathan lors de l'élection la plus serrée de l'histoire du pays le plus peuplé d'Afrique, selon les résultats officiels proclamés mercredi.

La victoire de M. Buhari, reconnue par M. Jonathan, constitue la première alternance démocratique au Nigeria, marquant un tournant majeur dans l'histoire politique agitée de ce pays qui a connu six coups d'État militaires depuis l'indépendance, en 1960, et qui a été gouverné par le même parti depuis la fin des dictatures militaires, il y a 16 ans.

Avec l'annonce tard dans la soirée de mardi au siège de la Commission nationale électorale indépendante (Inec) de sa victoire écrasante dans l'État de Borno, épicentre de l'insurrection islamiste de Boko Haram, M. Buhari remporte 21 États des 36 que compte la fédération nigériane.

L'Inec a précisé mercredi matin que M. Buhari, 72 ans, du Congrès progressiste (APC), avait remporté l'élection avec 2,57 millions de voix d'avance sur son rival. Il a recueilli 15 424 921 voix ou 53,95% des 28 587 564 suffrages exprimés. Goodluck Jonathan, 57 ans, du Parti démocratique populaire (PDP), a obtenu 12 853 162 voix (44,96%) à l'élection qui s'est déroulée samedi et dimanche.

Sans tarder, l'Union européenne a «chaleureusement félicité» mardi soir la victoire du candidat de M. Buhari.

Le président français François Hollande a également félicité Muhammadu Buhari et «salué la détermination du peuple nigérian» ainsi que «le sens des responsabilités» du président nigérian sortant, qui a reconnu sa défaite.

Dans un pays où les dissensions politiques attisent souvent des tensions ethniques et religieuses, entraînant de sanglantes émeutes post-électorales, le vote, qui s'est déroulé dans le calme, n'a pas donné lieu à des violences majeures pour l'instant.

Et le groupe islamiste Boko Haram, qui a multiplié les attentats-suicides dans le nord, ces dernières semaines, et qui avait juré de perturber cette élection, n'est pas parvenu à empêcher le processus électoral.

Des milliers de Nigérians sont descendus dans les rues de Kano, la plus grande ville du nord musulman, pour célébrer la victoire de celui qu'ils ont plébiscité avec près de deux millions de voix --contre un peu plus de 200 000 pour Jonathan dans cet État--, a constaté un journaliste de l'AFP.

Une nuée de scooters et de voitures tous feux allumés faisaient des rodéos avec leurs engins, dans un nuage gaz d'échappement. Des femmes voilées scandaient «Juste Buhari!» en choeur dans la foule.

Nombre d'entre eux brandissaient des balayettes, le symbole du parti de Buhari, le Congrès progressiste (APC), qui s'est engagé à lutter contre des années de mauvaise gouvernance et de corruption.

A Kaduna, dans le centre du Nigeria, où des affrontements entre chrétiens et musulmans avaient fait près d'un millier de morts lors de la défaite de M. Buhari à la présidentielle de 2011, la foule exultait elle aussi, mardi soir, après avoir retenu son souffle tout le week-end dans l'attente des résultats.

Première alternance démocratique

Le Nigeria, première économie du continent, qui compte 69 millions d'électeurs inscrits sur 173 millions d'habitants, a voté ce week-end pour élire, outre le président, les 109 sénateurs et les 360 députés du pays que compte le Parlement.

Malgré les couacs techniques, dûs à l'utilisation de lecteurs de cartes électorales biométriques pour la première fois, qui ont engendré de longues files d'attente devant les bureaux votes, et la menace d'attentats islamistes, les Nigérians ont été voter en masse pour faire entendre leur mécontentement, notamment sur les questions de sécurité et sur la corruption.

A Lagos, la capitale économique et la plus grande ville du pays, où Buhari a remporté la présidentielle, des feux d'artifice ont été lancés dans le quartier populaire d'Obalende, et les partisans du nouveau président ont laissé exploser leur joie dans les rues, à pied, dans des triporteurs et même à cheval.

A Abuja, une foule compacte dansait devant le QG de campagne de l'APC.

«Il s'agit de la première alternance démocratique de l'histoire du Nigeria. Il n'est pas question de musulman ou de chrétien, ou même de parti politique. Cela montre aux politiciens que s'ils ne font pas leur job, on peut les mettre dehors», s'est enthousiasmé Anas Galadima, qui faisait partie de la fête.

Pour le commentateur politique Chris Ngwodo, la victoire de M. Buhari «instaure une suprématie (...) de l'électorat», dans un pays où bien souvent, la bataille était gagnée d'avance pour le président sortant.

«La dynamique entre les gouvernés et le gouvernement a changé pour de bon», a-t-il poursuivi.

Selon M. Ngwodo, si M. Buhari a remporté cette élection, c'est parce, soutenu par une opposition unie, il a réussi à fédérer l'électorat au niveau national, s'assurant d'une importante réserve de voix dans la moitié nord, majoritairement musulmane, mais remportant aussi des soutiens clé dans le sud, principalement chrétien --avec notamment un appui stratégique à Lagos.

Les récentes avancées de l'armée contre Boko Haram, dans le nord-est, grâce à l'intervention militaire des pays voisins, le Tchad en tête, ont finalement peu profité à M. Jonathan, les électeurs considérant sûrement que cette opération arrivait trop tard, l'insurrection islamiste ayant fait plus de 13 000 morts en six ans.

M. Jonathan a téléphoné à M. Buhari dès 17h15, mardi, pour le féliciter et reconnaître sa défaite, selon l'opposition, un geste qui a été salué par les politiciens de tous bords.

«Je remercie tous les Nigérians, une fois de plus, pour l'immense opportunité qui m'a été donnée de diriger ce pays (...) J'ai transmis mes voeux personnels au général Muhammadu Buhari» a-t-il déclaré dans un communiqué.

«Aucune ambition personnelle ne vaut le sang d'aucun Nigérian», a ajouté M. Jonathan.

Aisha Buhari, l'épouse de M. Buhari, «fière de son mari», a déclaré dans l'après-midi: «Nous allons construire un nouveau Nigeria, comme mon mari l'a promis». Avant d'ajouter, réaliste: «Ca va être dur. Les attentes sont immenses».

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