Fusillade dans un restaurant de Bamako: cinq morts

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Des enquêteurs étudient la scène de crime, le 7 mars.

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Serge DANIEL
Agence France-Presse
BAMAKO

Un Français, un Belge et trois Maliens ont été abattus dans la nuit de vendredi à samedi dans un restaurant en plein coeur de Bamako, premier attentat visant des Occidentaux dans la capitale du Mali qui vit depuis 2012 sous la menace djihadiste.

Il a été revendiqué par le groupe djihadiste Al-Mourabitoune de l'Algérien Mokhtar Belmokhtar, qui a dit vouloir venger son «prophète de l'Occident mécréant qui l'a insulté et moqué», en allusion aux caricatures de Charlie Hebdo, et un de ses chefs, Ahmed el-Tilemsi, tué par l'armée française en décembre dans le nord du pays.

Avant même cette revendication dans un enregistrement audio diffusé par l'agence privée mauritanienne Al-Akhbar, le gouvernement malien avait dénoncé une attaque «terroriste», affirmant qu'il ne se laisserait «pas intimider par ceux qui n'ont d'autres desseins que de faire éloigner les perspectives de la paix».

Des violences à Gao, principale ville du nord du pays, ont néanmoins souligné combien cet objectif restait distant: la foule a lynché à mort deux poseurs de bombes présumés, avant de les brûler.

Le président français, François Hollande, a condamné «le lâche attentat» de Bamako. Il a indiqué avoir convenu avec son homologue malien, Ibrahim Boubacar Keïta, de «mesures communes pour renforcer la sécurité au Mali».

De son côté, le premier ministre Modibo Keïta a appelé à «ne pas se laisser distraire» à un moment crucial des négociations avec la rébellion à dominante touareg, sous forte pression internationale, y compris de l'ONU, pour parapher d'ici fin mars un accord de paix, comme l'a déjà fait le gouvernement le 1er mars à Alger.

Il s'est rendu avec le président malien sur les lieux de l'attentat, dans le quartier de l'Hippodrome, haut lieu de la vie nocturne dans la capitale.

«C'est le premier attentat de ce type à Bamako», a expliqué Pierre Boilley, directeur de l'Institut des mondes africains (IMAF).

La fusillade a également fait au moins huit blessés, dont deux militaires suisses grièvement touchés, évacués à Dakar après avoir été opérés.

Grenades et rafales d'arme automatique

Selon des témoins et des sources policières, un homme armé est entré peu après minuit à La Terrasse, un établissement sur deux niveaux (boîte de nuit au rez-de-chaussée et bar-restaurant à l'étage) apprécié des expatriés.

Il a lancé des grenades avant d'ouvrir le feu, puis jeté deux autres grenades en partant à bord d'un véhicule conduit par un complice, en direction d'une patrouille de police, tuant un policier.

Entre-temps, l'assaillant, qui était masqué, selon la Mission de l'ONU au Mali (Minusma), a également tué un ressortissant belge, ainsi que deux Maliens - un gardien et un policier - dans une rue voisine.

D'après une source diplomatique, il a crié «mort aux Blancs!»

Le Français tué, 30 ans, se nommait Fabien Guyomard. Installé à Bamako depuis 2007, il travaillait à ICMS Africa, une société américaine spécialisée dans la construction de luxe, a indiqué à l'AFP un ami, Zakaria Maïga, qui a «identifié sa dépouille».

Le parquet de Paris a immédiatement ouvert une enquête pour assassinat en lien avec une entreprise terroriste et association de malfaiteurs terroristes, comme toujours en pareil cas lorsqu'il y a une victime française à l'étranger.

La Minusma, qui a déployé quelque 10 000 militaires et policiers dans le pays, a annoncé avoir «mis à la disposition des autorités maliennes des enquêteurs et experts en scènes de crime».

Deux suspects maliens, arrêtés et interrogés peu après l'attaque, se sont avérés être des délinquants «pas impliqués» dans l'attentat, selon la police.

Le secrétaire d'État américain John Kerry a fustigé une attaque «horrible et lâche», et le Conseil de sécurité de l'ONU a «condamné avec la plus grande fermeté» l'attentat.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon s'est joint à la condamnation, appelant à une enquête rapide pour conduire les auteurs de l'attaque devant la justice.

Le ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders a confirmé la mort d'un citoyen belge. Il s'agit d'un ex-militaire responsable de la sécurité pour la délégation de l'Union européenne au Mali, père de deux enfants, selon une source diplomatique.

Le nord du Mali était tombé au printemps 2012 sous la coupe de groupes djihadistes liés à Al-Qaïda, en grande partie chassés par l'opération militaire «Serval», lancée par la France en janvier 2013, à laquelle a succédé en août 2014 «Barkhane», dont le rayon d'action s'étend à l'ensemble de la zone sahélo-saharienne.

Des zones entières du nord du pays échappent toujours au pouvoir central, mais les attaques djihadistes, qui s'étaient multipliées depuis l'été, surtout contre la Minusma, ont récemment diminué d'intensité.

L'ambassade de France dit avoir «constitué une cellule de crise, averti les Français, qui sont environ 6000 au Mali, dès cette nuit et renforcé la sécurité de nos implantations en liaison avec les autorités maliennes».

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