Les exilés de Boko Haram

Emmanuel Ali Talka, 36 ans, a trouvé refuge... (PHOTO BATE FELIX TABI TABE, REUTERS)

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Emmanuel Ali Talka, 36 ans, a trouvé refuge avec sa famille dans un camp au nord du Cameroun. Son village du Nigeria a été attaqué par des membres de Boko Haram. Trois de ses filles ont été kidnappées.

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Ce sont les autres victimes de Boko Haram. Celles que les massacres, les enlèvements et les pillages de la secte radicale islamiste ont épargnées, mais poussées à la fuite. Quelque 1,7 million de personnes ont ainsi pris le chemin de l'exil. Un exil qui rime souvent avec précarité.

Déplacés en hausse

C'est le Niger qui accueille le plus grand nombre de personnes ayant fui le Nigeria: environ 105 000. La vague a pris de l'ampleur en août dernier, quand les attaques de Boko Haram se sont intensifiées. «C'est très compliqué de savoir combien de déplacés on a, [car ils] sont éparpillés dans plus de 140 villes, villages et îles du lac Tchad, sur un espace qui est grand comme la Belgique», explique à La Presse le porte-parole du Haut Commissariat pour les réfugiés des Nations unies (HCR) au Niger, Benoit Moreno. Le Cameroun et le Tchad accueillent respectivement 40 000 et 17 000 déplacés. Un million et demi de personnes ont aussi fui à l'intérieur même du Nigeria.

Éviter les camps

Une très faible proportion de ces déplacés vit dans des camps. Au Niger, le camp de Sayam Forage, mis sur pied en décembre, n'héberge que 700 personnes. «Il n'y a pas d'engouement de la part des réfugiés pour aller dans les camps», affirme Benoit Moreno, expliquant qu'il s'agit d'une solution de dernier recours. «On travaille sur des projets de lotissement» pour que les déplacés puissent être autonomes dans leur pays d'accueil, poursuit-il. L'ouverture d'un second camp au Niger, achevé à la fin du mois de janvier, a été reportée en raison des violences du début du mois. Deux autres camps sont situés au Tchad et au Cameroun.

Problème de sécurité

Si les besoins humanitaires «augmentent de jour en jour», c'est la sécurité qui représente le défi de l'heure pour le HRC. La frontière entre le Nigeria et le Niger est «très poreuse», ce qui rend les incursions de Boko Haram «fort probables», craint Benoit Moreno. Les forces de sécurité nigériennes s'inquiètent d'ailleurs de la présence parmi les réfugiés «d'infiltrés» de Boko Haram, ce qui peut mener à des «arrestations arbitraires» et des «exactions», souligne le professeur Cédric Jourde, spécialiste des politiques africaines à l'Université d'Ottawa.

Précarité

La région nigérienne de Diffa, où affluent les déplacés nigérians, est une région semi-désertique, isolée et particulièrement pauvre. «Ces réfugiés qui arrivent dans les villages trouvent des services publics qui sont déjà défaillants pour la population hôte», relate Benoit Moreno. De plus, Diffa dépend économiquement du Nigeria. Or, la présence de Boko Haram, de l'autre côté de la frontière, a bloqué le commerce transfrontalier. «Si l'économie est asphyxiée, toute l'assistance humanitaire au monde ne va pas compenser», s'exclame le porte-parole. Dans ce contexte de précarité, le HCR s'apprête à lancer un appel de fonds, en avril, pour lui permettre de mener à bien sa mission. «Nos principaux bailleurs de fonds sont en train de réduire leur enveloppe alors que nos besoins sont en train d'augmenter», se désole Benoit Moreno.

À long terme

Éliminer la menace que représente Boko Haram risque de prendre du temps et le HCR ne se berce pas d'illusions. «On est partis pour durer», reconnaît Benoit Moreno. Les conséquences à long terme pourraient être néfastes, craint Cédric Jourde. «Toutes les vagues de violence qu'on a vues, au Rwanda, au Burundi, en République démocratique du Congo, à partir de 1994, et en Ouganda se sont en partie jouées sur le problème des populations déplacées. [...] On les accusait de voler des ressources, de créer des milices, et ça a créé un cycle de vendettas qui, encore aujourd'hui, est difficile à arrêter.»

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