Égypte: expulsion imminente pour le journaliste Mohamed Fahmy

Arrêté en décembre 2013 avec ses deux confrères,... (PHOTO KHALED DESOUKI, ARCHIVES AFP)

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Arrêté en décembre 2013 avec ses deux confrères, Mohamed Fahmy, directeur du bureau du Caire d'Al-Jazeera, était accusé d'avoir travaillé «illégalement» en Égypte et «falsifié» des informations en couvrant la répression sanglante des manifestations des partisans du président islamiste Mohamed Morsi destitué et arrêté par l'armée quelques mois plus tôt.

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Samer AL-ATRUSH
Agence France-Presse
LE CAIRE

Deux jours après la libération de son confrère australien, le journaliste canadien d'Al-Jazeera Mohamed Fahmy, détenu aussi depuis 13 mois au Caire pour avoir «falsifié» des informations, était mardi en passe d'être expulsé après avoir renoncé à sa nationalité égyptienne.

Le journaliste australien Peter Greste, condamné comme Fahmy à 7 ans de prison, a été remis en liberté et expulsé vers l'Australie dimanche sur décret présidentiel. Une décision aussitôt saluée par la communauté internationale, qui s'était mobilisée pour la libération de MM. Fahmy, Greste et de l'Égyptien Baher Mohamed, lui aussi journaliste de la chaîne qatarie et qui avait écopé de 10 ans de prison.

Peter Greste a indiqué mardi qu'il allait rentrer sous peu en Australie, après une escale à Chypre.

«Mon frère Mike et moi sommes sur le point de rentrer à la maison en Australie. Très impatient de retrouver la famille», a-t-il écrit dans ses premiers commentaires publiés sur son compte Twitter officiel.

Arrêté en décembre 2013 avec ses deux confrères, M. Fahmy, directeur du bureau du Caire d'Al-Jazeera, était accusé d'avoir travaillé «illégalement» en Égypte et «falsifié» des informations en couvrant la répression sanglante des manifestations des partisans du président islamiste Mohamed Morsi destitué et arrêté par l'armée quelques mois plus tôt.

«Il a signé les papiers il y a plus d'une semaine pour signifier qu'il renonçait à sa nationalité», a annoncé à l'AFP un membre de la famille de M. Fahmy, sous couvert de l'anonymat. «Il abandonne sa nationalité égyptienne parce qu'il n'a pas le choix, sinon il reste en prison», a confirmé un autre proche, ajoutant : «Cela a été une décision très difficile pour lui, car il est fier d'être Égyptien».

Selon la loi égyptienne, les nationaux ou binationaux doivent être jugés en Égypte et y purger leurs peines d'emprisonnement éventuelles. Mais si M. Fahmy obtient satisfaction et devient uniquement canadien, il pourra se voir appliquer une loi promulguée en novembre, autorisant sur décret présidentiel l'expulsion des étrangers condamnés à la prison ou en instance de jugement. C'est en vertu de ce texte que M. Greste a été expulsé.

Lundi, le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, a confié à la chaîne canadienne CBC que la remise en liberté de M. Fahmy n'était plus qu'une question d'heures. Mardi, un responsable du gouvernement égyptien a assuré à l'AFP que «la procédure légale pour son expulsion touche à son terme».

Au moment de ces arrestations, l'Égypte et le Qatar étaient à couteaux tirés après la destitution et l'arrestation par l'armée égyptienne le 3 juillet 2013 du président Morsi, le premier chef de l'État élu démocratiquement en Égypte.

Procès et condamnations de masse

Dans les mois qui ont suivi, policiers et soldats ont tué plus de 1400 manifestants pro-Morsi - dont plus de 700 en quelques heures au centre du Caire le 14 août 2013 - ce qu'Al-Jazeera avait abondamment rapporté comme tous les médias internationaux. Mais qui avait provoqué la colère du nouveau gouvernement dirigé alors de facto par le chef de l'armée tombeur de M. Morsi, Abdel Fattah al-Sissi.

Plus de 15 000 partisans de M. Morsi ont été emprisonnés et des centaines condamnés à mort dans des procès de masse expédiés en quelques minutes et qualifiés par l'ONU de «sans précédent dans l'Histoire récente» du monde.

M. Sissi a été élu président haut la main en mai 2014, après avoir éliminé de la scène politique toute opposition, islamiste puis laïque et libérale.

Les capitales occidentales, qui avaient dénoncé la «brutalité» de la répression en 2013, ont ensuite mis un mouchoir sur leurs réserves, réactivé leurs aides à l'Égypte et certaines ont reçu M. Sissi en grande pompe. Mais ce dernier n'a jamais caché que l'affaire des trois journalistes était une épine dans le pied d'une Égypte soucieuse de redorer son image sur la scène internationale.

Le président avait alors répété que, à la place des juges, il les aurait expulsés dès leur arrestation, et promulgué la loi de novembre ouvrant la voie à l'expulsion d'étrangers condamnés.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a salué lundi la décision du Caire de libérer M. Greste tout en espérant que les cas des deux autres reporters «seront également résolus rapidement».

Mais si Fahmy, actuellement hospitalisé en raison de sa santé fragile, est expulsé vers le Canada, le sort de l'Égyptien Baher Mohamed, qui doit être rejugé, continue de préoccuper sa famille et les ONG. Tout comme celui de plusieurs autres journalistes égyptiens emprisonnés.

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