Nouveau carnage des shebab au Kenya: au moins 36 morts

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Des militaires kenyans sont massés sur les lieux où plusieurs corps ont été retrouvés, près de la ville de Mandera, le 2 décembre.

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Peter MARTELL
Agence France-Presse
NAIROBI

Le président kényan Uhuru Kenyatta a limogé mardi le ministre de l'Intérieur et le chef de la police et a promis d'«intensifier la guerre contre le terrorisme», après un nouveau massacre perpétré par des islamistes somaliens shebab dans le nord-est du pays.

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Le ministre de l'Intérieur Joseph Ole Lenku (à gauche) et le chef de la police David Kimaiyo (à droite), ont été limogés à la suite du drame.

PHOTO KHALIL SENOSI, ARCHIVES AP

Au moins 36 personnes ont été tuées lundi soir dans une ville frontalière de la Somalie par les shebab, dernière en date d'une longue série d'attaques des combattants islamistes, affiliés à Al-Qaïda, qui ont promis d'être «sans pitié».

Le Kenya est la cible de nombreux attentats depuis l'intervention de ses forces armées contre les shebab dans le sud de la Somalie, débutée en 2011 et toujours en cours au côté des troupes de l'Union africaine.

Devant l'incapacité des forces de sécurité kényanes à prévenir les attaques des shebab, le président Kenyatta a donc décidé d'un coup de balai spectaculaire au sommet de la hiérarchie.

Dans une adresse télévisée à la nation, le chef de l'État a annoncé le remplacement du ministre de l'Intérieur, Joseph Ole Lenku, par Joseph Nkaissery, et ajouté avoir «accepté la demande de retraite» du chef de la police, David Kimaiyo.

Les deux hommes étaient sur la sellette depuis plusieurs mois, l'opposition et la société civile réclamant leurs démissions et la presse les critiquant durement.

Usant de propos martiaux, le président Kenyatta a affiché sa détermination : «C'est une guerre que nous devons gagner», «nous ne reculerons pas».

Il a qualifié d'«animaux enragés» les rebelles islamistes, qui ont tué au Kenya plus de 700 personnes, dont 500 civils.

Dans la nuit de lundi à mardi, une vingtaine d'assaillants ont attaqué un campement d'ouvriers près de Mandera, ville proche de la frontière somalienne, tuant au moins 36 personnes selon la Croix-Rouge. Certaines victimes ont été égorgées et décapitées. D'autres personnes sont portées disparues, selon une source policière.

Les shebab ont revendiqué le raid, perpétré «en réponse à l'occupation de terres musulmanes par l'armée kényane et leurs atrocités», selon le porte-parole de la milice islamiste, Ali Mohamud Rage. «Nous serons sans pitié pour les infidèles», a-t-il menacé dans un communiqué.



«Semer l'hostilité»

Cette tuerie s'est produite quelques heures après une autre attaque, non revendiquée, dans la ville de Wajir - proche, elle aussi, de la dangereuse frontière avec la Somalie déchirée par la guerre - qui a fait un mort et 12 blessés parmi les clients d'un bar, clients pour la plupart non originaires de cette région où la population est majoritairement d'ethnie somali et de religion musulmane.

«L'objectif évident est de semer l'hostilité et la suspicion sur des lignes ethniques et religieuses, et de chasser les non-musulmans de certaines parties du pays», a estimé le président Kenyatta dans son discours télévisé. «Le but ultime de cette campagne atroce est de créer un califat islamique».

Il a ensuite réaffirmé sa volonté de maintenir son armée en Somalie pour combattre les shebab.

«Cette décision était bonne, et le reste aujourd'hui», a-t-il dit. L'incursion des forces kényanes a «été largement un succès, les shebab sont affaiblis et en déroute. Mais même avec des forces diminuées, ils restent une menace pour notre pays».

De fait, les islamistes ont subi de nombreux revers, perdant progressivement l'essentiel de leurs bastions du sud de la Somalie, mais ils ont multiplié en représailles les raids et les attentats au Kenya.

Le plus spectaculaire de ces attentats avait été en septembre 2013 l'attaque du centre commercial Westgate en plein coeur de Nairobi, qui avait fait 67 morts.

Bénéficiant de plus en plus de complicités au sein de la communauté musulmane sur la côte de l'océan Indien, les shebab concentrent aujourd'hui leurs actions dans cette partie du pays et dans le nord-est, frontalier de la Somalie et où ils peuvent aisément s'infiltrer.

Au fur et à mesure que la pression des forces de sécurité s'est accentuée sur les musulmans au Kenya, les shebab se sont posés en défenseurs de cette communauté, minoritaire à l'échelle du pays, mais majoritaire dans la région de Mombasa et dans le nord-est.

En juin et juillet, les shebab avaient tué une centaine de personnes dans une série d'attaques dans la région de l'archipel de Lamu.

Fin novembre, dans la région de Mandera, des islamistes avaient intercepté un bus et exécuté 28 passagers non musulmans, justifiant leur action comme une réponse aux raids de la police kényane dans des mosquées de Mombasa.

Le tourisme sur la côte, secteur clé de l'économie kényane, est aujourd'hui sinistré.

La semaine dernière, des syndicats de fonctionnaires, professeurs et médecins avaient conseillé de quitter le nord-est du Kenya, qui accueille de nombreux travailleurs venus d'autres régions majoritairement chrétiennes.

Le puissant chef des shebab Ahmed Abdi Godane a été tué lors d'un raid américain le 1er septembre. C'est Sheikh Ahmad Umar Abu Ubaidah qui lui a succédé.

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