Vers la fin du régime militaire au Burkina Faso

La charte de la transition, qui doit servir... (Photo AFP)

Agrandir

La charte de la transition, qui doit servir de constitution intérimaire, a été officiellement signée dans l'euphorie générale dimanche après-midi à Ouagadougou par l'armée et les civils. Ci-dessus, des leaders de l'armée du pays.

Photo AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Romaric Ollo HIEN
Agence France-Presse
OUAGADOUGOU

Le compte à rebours marquant la fin du régime militaire se poursuivait dimanche au Burkina Faso, où se déroulaient dans la soirée les tractations finales pour le choix du chef de la transition, un civil qui présidera aux destinées du pays pendant un an.

La charte de la transition, qui doit servir de constitution intérimaire, a été officiellement signée dans l'euphorie générale dimanche après-midi à Ouagadougou par l'armée et les civils, a constaté un journaliste de l'AFP.

«Le président civil sera désigné ce soir même par un collège de désignation», a ensuite affirmé dans un discours le lieutenant-colonel Isaac Zida, longuement applaudi lorsqu'il a apposé son paraphe sur la charte, marquant ainsi son acceptation d'un retour du pouvoir aux civils.

Après de laborieux jours de tractations, ponctuées de visites de médiateurs africains, le Burkina Faso semble tout prêt d'un retour aux affaires des civils, deux semaines après la prise du pouvoir par l'armée consécutive à la chute du président Blaise Compaoré, dont la rue avait obtenu le 31 octobre la démission, au bout de 27 années de règne.

Beaucoup de Burkinabè craignaient le maintien au pouvoir de M. Zida, ancien numéro 2 de la garde présidentielle.

«Aujourd'hui, nous sommes ensemble pour asseoir les bases inébranlables d'une démocratie, véritable aspiration profonde de notre peuple», a lancé le lieutenant-colonel devant le corps diplomatique et plusieurs dignitaires africains.

Deux favoris

Cependant, les deux favoris pour le poste de dirigeant intérimaire, qui prendra fin avec la tenue d'élections en novembre 2015, sont deux candidats présentés par l'armée : Joséphine Ouédraogo et Michel Kafando, aux parcours internationaux nourris.

Sociologue de formation, Mme Ouédraogo a été ministre de l'Essor familial et de la Solidarité sous Thomas Sankara de 1984 à 1987. Elle a quitté le pays à la mort du «Che» africain, renversé par Blaise Compaoré.

Cadre onusienne durant de longues années puis responsable d'ONG, elle est rentrée au pays en 2012. Très respectée en Afrique, Joséphine Ouédraogo est toutefois mal connue au Burkina.

Michel Kafando, figure de la diplomatie burkinabè, a été ambassadeur de la Haute-Volta (l'ancien nom du pays) puis du Burkina Faso auprès des Nations unies, respectivement en 1981-1982 et 1998-2011.

M. Kafando a également été ministre des Affaires étrangères dans plusieurs gouvernements, entre 1982 et 1983. Son nom, mentionné il y a deux semaines à la chute du président Compaoré, n'est revenu sur le devant de la scène que dimanche.

Leur statut de favoris est dû au refus «catégorique» de l'Église burkinabè de voir nommer l'archevêque de Bobo-Dioulasso, Mgr Paul Ouédraogo, au poste de chef de transition. L'ecclésiastique suscitait pourtant l'adhésion générale.

La réponse de l'abbé Joseph Kinda, communicant de la Conférence épiscopale Burkina-Niger, que dirige Paul Ouédraogo, ne laisse plus guère de place au doute. «Il n'y aura pas d'évêque comme candidat», a-t-il déclaré à l'AFP.

Collège de désignation

Opposition et société rêvaient d'un scénario «à la zaïroise», quand Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, l'actuel archevêque de Kinshasa, avait présidé dans les années 90 le Parlement de transition pendant la chute du Maréchal Mobutu au Zaïre, devenu ensuite République démocratique du Congo (RDC).

Deux journalistes, connus pour leur opposition au régime Compaoré, ont également été pré-sélectionnés pour le poste.

Mais les candidatures de Cherif Sy et Newton Ahmed Barry, patrons de deux hebdomadaires, semblent souffrir d'un manque d'expérience et de contacts à l'échelle internationale.

Un collège de désignation, réunissant toutes les composantes civiles et l'armée, devait se réunir vers 18h00 dimanche dans un bâtiment de Ouaga 2000, un quartier aisé de Ouagadougou, à proximité de la présidence. La première audition d'un postulant, celle de Joséphine Ouédraogo, a finalement débuté vers 23h45. Les 23 membres du collège, dont une majorité de civils, doivent parvenir à une décision au plus vite.

L'Union africaine (UA) avait lancé un ultimatum le 3 novembre au régime militaire, lui demandant de valider sous quinze jours ses institutions de transition et de choisir un président intérimaire. Ce délai expire lundi.

La validation de la charte pourra se faire par le Conseil constitutionnel, à nouveau en fonction depuis le rétablissement de la Constitution annoncé samedi par M. Zida. Cet organe a déjà siégé dimanche, dans la discrétion la plus totale.

Le Conseil a déjà constaté la vacance du pouvoir et l'indisponibilité du président de l'Assemblée nationale - qui aurait légalement dû prendre la suite de Blaise Compaoré à sa chute, ce que ni armée ni civils ne souhaitaient -, a déclaré l'un de ses membres à l'AFP.

Les sages burkinabè attendent désormais la nomination du futur président pour «prendre d'autres décisions», a ajouté cette source.

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer