Des dirigeants africains accros au pouvoir

Le président burkinabè, Blaise Compaoré... (LUCAS JACKSON, REUTERS)

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Le président burkinabè, Blaise Compaoré

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Certains sont devenus présidents avant la fin de la guerre froide. Ils ont côtoyé Mitterrand, Trudeau, Reagan et Thatcher... et ils sont encore en poste! Alors que s'amorce aujourd'hui une campagne de désobéissance civile au Burkina Faso, pour protester contre la volonté de Blaise Compaoré de solliciter un nouveau mandat après 27 ans au pouvoir, un mouvement prend de l'ampleur en Afrique pour dénoncer ces présidents qui s'accrochent au pouvoir.

L'an prochain, les présidents du Togo, du Burundi et du Burkina Faso pourraient être reportés au pouvoir après avoir modifié la Constitution de leur pays. Un palmarès auquel il faut ajouter le Soudanais Omar el-Béchir, qui sera candidat à la deuxième élection depuis sa prise de pouvoir... en 1989!

«Il faut améliorer la démocratie en Afrique, et ça passe par l'alternance», s'exclame au bout du fil Fadel Barro, coordonnateur du mouvement sénégalais Y'en a marre, joint hier par La Presse. Le collectif né en 2011 avait «empêché Abdoulaye Wade de briguer un troisième mandat» à l'époque, dit-il au sujet de l'ex-président du Sénégal.

Aujourd'hui, Fadel Barro fait partie des instigateurs de la campagne «Tournons la page», une pétition qui réclame l'alternance politique.

Ces jours-ci, le mouvement a les yeux tournés vers le Burkina Faso, où les députés devront se prononcer jeudi sur la modification de la Constitution visant à permettre à Blaise Compaoré de solliciter un nouveau mandat l'an prochain. Conscient de l'opposition à son projet, le président burkinabé a évoqué l'idée de consulter la population par référendum, une proposition qui fait bondir Fadel Barro.

«Blaise Compaoré sait pertinemment que le taux d'instruction est très faible et qu'il pourra acheter le vote en manipulant certains intervenants sociaux, comme les chefs coutumiers, s'insurge-t-il. Les gens utilisent la démocratie pour faire n'importe quoi, de la même manière que d'autres utilisent la religion au profit de l'intégrisme et du terrorisme.

«Une Constitution n'a de sens que quand elle reste dans la durée», affirme-t-il.

La manipulation d'un éventuel référendum par Blaise Compaoré ne fait pas de doute non plus dans la tête de Patrick Dramé, professeur agrégé à l'Université de Sherbrooke et spécialiste de l'Afrique. «Il contrôle la Commission électorale nationale indépendante. Le risque de fraude est bien là.»

L'Afrique ne peut s'en sortir sans démocratie, selon Fadel Barro, qui tient la mauvaise gouvernance responsable des problèmes du continent, y compris le flot de migrants clandestins qui déferle en Europe. Le militant est persuadé que le mouvement qu'il a contribué à créer peut avoir un effet d'entraînement sur le reste du continent. «Si les Burkinabés se mobilisent, c'est parce que les Sénégalais se sont mobilisés et ont eu gain de cause. Si la rue burkinabée réussit, c'est fini, personne ne va essayer.»

Francophonie et démocratie

Fadel Barro espère que «des pays qui pèsent soulèveront le débat» à l'approche du Sommet de la Francophonie, qui se tiendra à la fin du mois de novembre à Dakar, au Sénégal. La France a un poids considérable, d'autres peuvent faire une différence, croit-il. «Si le Canada disait: «je ne vais pas m'asseoir à la table de l'OIF [Organisation internationale de la francophonie] avec un président qui change les règles du jeu au moment du jeu», ça aurait un impact.»

La communauté internationale se garde pour l'instant de critiquer haut et fort la volonté de Blaise Compaoré de se maintenir au pouvoir, mais le président burkinabé reçoit néanmoins quelques mises en garde très diplomates.

À Paris, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères a déclaré la semaine dernière à Radio France internationale que «la France a une position de principe qui est son attachement à la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance. [...] Et son article 23 est très clair en matière de révision des Constitutions qui aurait pour objectif d'empêcher des alternances démocratiques».

Le Canada est plus délicat. Déclinant notre demande d'entrevue, le cabinet du ministre des Affaires étrangères, John Baird, a répondu dans un courriel laconique à La Presse que «le Burkina Faso est dirigé de façon démocratique depuis 1991». La porte-parole Claude Rochon poursuit en écrivant que «le Canada suit l'évolution politique du pays et s'attend à ce que le gouvernement continue de respecter les normes démocratiques».

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