Kenyatta, premier chef d'État à comparaître devant la CPI

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Nicolas Delaunay
Agence France-Presse
La Haye

Le président kényan Uhuru Kenyatta est devenu mercredi le premier chef d'État à comparaître en cours de mandat devant la Cour pénale internationale où sa défense a demandé l'abandon des poursuites pour crimes contre l'humanité.

Soutenant que Nairobi ne coopère pas à l'enquête et que des témoins se sont rétractés après avoir été intimidés, l'accusation reconnaît elle-même ne pas avoir assez de preuves pour un procès contre M. Kenyatta.

Il est poursuivi pour son rôle présumé dans les violences postélectorales qui ont déchiré le Kenya fin 2007 et début 2008, faisant plus de 1000 morts et plus de 600 000 déplacés.

«Cette affaire a échoué, elle a échoué à un point tel qu'il n'y a plus la moindre possibilité d'aller de l'avant», a soutenu l'avocat de M. Kenyatta, Steven Kay, lors d'une audience à La Haye, où siège la CPI.

«Ce serait une insulte au bon sens de dire que nous ne méritons pas un acquittement», a-t-il poursuivi, sous le regard de son client.

M. Kenyatta avait déjà comparu une fois devant la Cour, mais avant son élection en mars 2013. Vêtu d'un costume gris foncé sur une cravate bleue et une chemise claire, il a semblé détendu.

Il a délégué ses pouvoirs à son vice-président William Ruto pour la durée de son séjour à La Haye, où il a été convoqué pour une audience technique, mais considérée comme un «stade crucial» de la procédure.

La procureure de la CPI, la Gambienne Fatou Bensouda, était elle aussi présente à l'audience.

«Si l'accusation ne le fait pas elle-même, vous devez intervenir et mettre un terme» à ces poursuites, a lancé Me Kay aux juges.

La galerie du public était remplie de dizaines de partisans de M. Kenyatta, dont des députés venus de Nairobi.

La juge Kuniko Ozaki a notifié à M. Kenyatta : «Vous pouvez parler uniquement en votre capacité d'accusé».

Pas assez de preuves

Le procès du président kényan devait initialement débuter en septembre 2013, mais a été reporté à de nombreuses reprises. La probabilité qu'il s'ouvre un jour n'a cessé de se réduire au fil des mois, surtout depuis que l'accusation a demandé son report sine die, faute de preuves suffisantes.

Fatou Bensouda accuse Nairobi de refuser de lui transmettre des relevés bancaires ou téléphoniques. Ces derniers pourraient prouver, selon elle, la culpabilité de M. Kenyatta.

L'accusation avait demandé mardi à la CPI de sanctionner Nairobi, qui soutient pour sa part que ses efforts de coopération sont freinés par la bureaucratie du pays.

M. Kenyatta, en tant que président, «a un important devoir constitutionnel en vue de s'assurer que ces obstructions n'aient pas lieu», a fait valoir l'accusation.

L'audience de mercredi, dite «Conférence de mise en état», doit examiner la requête de report de la procureure, ainsi que la demande formulée en réponse par la défense -- un abandon des poursuites contre le président.

Si les juges établissent que le Kenya ne coopère pas, la question pourrait être soumise à l'Assemblée des États parties à la CPI, qui rassemble les pays ayant ratifié le Statut de Rome, traité fondateur de la cour en 1998.

Seuls des Africains sont poursuivis

M. Kenyatta a été accueilli devant le tribunal par une cinquantaine de partisans qui criaient, chantaient et dansaient, arborant les couleurs nationales.

Le vice-président Ruto fait l'objet lui aussi d'un procès pour crimes contre l'humanité devant la CPI, depuis septembre 2013.

L'Union africaine et les députés kényans ont demandé le retrait des charges contre M. Kenyatta, accusant la CPI de ne poursuivre que des Africains.

La réélection contestée du président sortant Mwai Kibaki en 2007 avait provoqué la pire vague de violences au Kenya depuis l'indépendance du pays.

Devenus alliés après avoir été rivaux, MM. Kenyatta et Ruto se sont présentés sur un ticket commun à l'élection présidentielle de 2013, qu'ils avaient remportée.

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