Boko Haram pourrait «réaliser son ambition d'établir un califat»

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La rébellion armée de Boko Haram qui dure depuis 2009 et sa répression féroce par les forces de sécurité ont fait au moins 10 000 morts.

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Agence France-Presse
LAGOS

L'État de Borno, dans le nord-est du Nigeria, est «sur le point» de tomber aux mains du groupe islamiste armé Boko Haram, qui pourrait ainsi «réaliser son ambition d'établir un califat», s'alarment mardi les experts du Nigeria Security Network.

Cet avertissement des experts du Réseau Sécurité Nigeria intervient après la prise mardi par les insurgés islamistes de la ville stratégique de Bama, deuxième ville de l'État de Borno, qui se trouve qu'à 70 km au sud-est de Maiduguri, la capitale de l'État et métropole régionale de 1,5 million d'habitants (selon le recensement de 2006), selon de nombreux témoignages d'habitants.

«Bama est maintenant entre les mains de Boko Haram parce qu'il ne reste plus un seul soldat là-bas», a déclaré à l'AFP un habitant qui a fui la ville, Umar Dahiru.

L'armée nigériane de son côté a démenti avoir perdu la ville. Sur son compte twitter, elle proclame sa «Victoire». Lundi soir, un autre message indiquait qu'elle avait repoussé les insurgés hors de la ville.

Des milliers d'habitants ont fui les combats à Bama et se sont réfugiés à Maiduguri. Selon plusieurs témoignages, les combattants de Boko Haram ont vaincu l'armée et se sont emparés de la base militaire de la ville.

«Plus de 400 soldats se sont enfuis avec des habitants», a ajouté Umar Dahiru.

«Certains d'entre eux (les soldats) n'avaient pas de chaussures, d'autres seulement une veste, et d'autres pas de fusil. À les voir, ils avaient l'air de s'échapper pour sauver leurs vies», a témoigné un étudiant de l'Université de Maiduguri, Aliyu Dawud.

Les militants de Boko Haram «en grand nombre» avaient lancé l'assaut lundi avant l'aube, selon une source sécuritaire et des habitants.

Il semble que l'armée avait le dessus, jusqu'à ce qu'un avion de combat bombarde par erreur les troupes, entraînant leur fuite, d'après un habitant.

«L'avion n'a pas pu distinguer les soldats des combattants de Boko Haram et a bombardé la caserne, qui était alors sous le contrôle des soldats», a déclaré Yasir Zarami.

«Le bombardement a détruit la caserne et forcé les soldats à fuir vers Maiduguri avec des milliers de civils», a-t-il ajouté.

Le sénateur de Borno, Ahmed Zannah avait témoigné de manière similaire lundi soir au service en haoussa (principale langue locale) de la BBC.

À Maiduguri, le couvre-feu a été étendu de 19 heures à 6 heures du matin, pour empêcher une «infiltration des insurgés qui ont subi de lourdes pertes».

Depuis le printemps, Boko Haram a pris le contrôle de nombreuses villes et de portions de territoires, principalement dans l'État de Borno, épicentre historique de son insurrection. Les insurgés semblent tenter d'encercler Maiduguri depuis quelques semaines en prenant le contrôle de toutes les routes qui y mènent.

«Le Nigeria est sur le point de perdre le contrôle de l'État de Borno, y compris de sa capitale Maiduguri», ce qui permettrait à Boko Haram de «réaliser son ambition d'établir un califat dans le nord-est du Nigeria», selon le rapport.

«Boko Haram a détruit ces dernières semaines une série de ponts autour de Maiduguri pour empêcher l'armée d'envoyer des renforts».

«Si Borno tombe, des territoires des États voisins de Yobe et d'Adamawa pourraient suivre», ainsi que «des territoires camerounais frontaliers», «dans un scénario similaire à la progression fulgurante de l'État islamique en Irak» et en Syrie, estiment les experts.

«Démotivée», «sous-équipée et manquant de munitions», «l'armée ne semble pas capable de stopper Boko Haram».

Si ce scénario se réalise, «une crise humanitaire majeure» est à craindre, avec «des dizaines ou même des centaines de milliers de réfugiés», estiment les experts.

L'insurrection armée de Boko Haram depuis 2009 - et sa répression féroce par les forces de sécurité nigérianes - a fait plus de 10 000 morts. Quelque 650 000 personnes ont fui leurs foyers, selon l'ONU.

Le Nigeria doit changer d'approche

Le Nigeria doit changer d'approche s'il veut mettre fin à l'«interminable» rébellion du groupe islamiste Boko Haram qui déchire le nord-est du pays depuis cinq ans, plaide l'expert Marc-Antoine Pérouse de Montclos dans une étude publiée mardi.

Tant au niveau militaire que politique, les actions menées par le pouvoir nigérian face à ce conflit sont «inadaptées depuis des années»et elles ont conduit à un surcroît de violences des islamistes, estime M. Pérouse de Montclos, chercheur à l'Institut français de géopolitique.

Il est capital de rétablir la confiance des populations civiles envers l'armée, qui s'est rendue coupable d'innombrables violations des droits de l'homme, juge l'expert, qui ajoute qu'une assistance militaire étrangère directe contre Boko Haram risque d'étendre le conflit au-delà des frontières du Nigeria.

«Sans une réorientation de ses priorités et des efforts manifestes pour regagner la confiance des communautés, l'armée nigériane sera engagée dans un combat interminable contre l'insurrection», écrit M. Pérouse de Montclos dans cette étude en anglais intitulée «Nigeria's Interminable Insurgency? Addressing the Boko Haram Crisis» (Au Nigeria, une insurrection interminable? Comment régler la crise de Boko Haram) publiée par l'institut de recherche londonien Chatham House.

La rébellion armée de Boko Haram qui dure depuis 2009 et sa répression féroce par les forces de sécurité ont fait au moins 10 000 morts.

Le conflit a encore gagné en intensité cette année et les insurgés semblent avoir décidé de s'emparer de pans entiers de territoires du nord-est du pays pour créer un «califat islamique» - à l'instar de l'État islamique -, suivant les déclarations du chef de Boko Haram, Abubakar Shekau, dans une vidéo récente.

«Une quarantaine» d'islamistes de Boko Haram tués

L'armée camerounaise a affirmé mardi avoir tué «une quarantaine» de combattants du groupe islamiste nigérian Boko Haram qui «tentaient de franchir» la frontière.

«De nombreux assaillants lourdement armés ont tenté de franchir le pont de Fotokol (ville frontalière de l'extrême-nord du Cameroun), pilonnant le territoire camerounais» lundi, a indiqué le ministère de la Défense sur la radio d'État.

«Les forces de défense (camerounaises) ont énergiquement réagi à cet assaut qui a duré trois heures», tuant «une quarantaine d'assaillants», a assuré le ministère.

Il n'était pas possible dans l'immédiat de confirmer cette information de source indépendante.

Un militaire camerounais a été blessé «par des éclats d'obus», a encore affirmé le ministère.

Seul un pont sépare la ville camerounaise de Fotokol de la localité nigériane de Gamboru Ngala, dont les combattants islamistes se sont emparés totalement la semaine dernière, à l'issue de plusieurs jours de combats contre les forces de sécurité et d'échanges de tirs avec l'armée camerounaise.

Depuis plusieurs jours, les habitants des villes récemment conquises par Boko haram dans le nord-est du Nigeria fuient par milliers en direction du Cameroun, pour échapper aux massacres et exactions du groupe islamiste.

Le mouvement semble avoir franchi une nouvelle étape ces derniers mois, passant d'actions de guérilla dans le Nord-Est, assortis d'attentats suicides spectaculaires dans les grandes villes, à une logique de conquête de territoires.

Le ministère de la Défense a également annoncé que 246 militaires et douaniers nigérians qui avaient fui au Cameroun face à l'avancée des islamistes, «ont quitté la zone de Fotokol sous escorte des forces de défense camerounaises» pour rallier Banki, au Nigeria, où ils ont été remis à leur hiérarchie.

Ces hommes avaient fuient Gamboru Ngala lorsque les islamistes de Boko Haram ont pris la ville d'assaut la semaine dernière.

Plusieurs centaines d'autres militaires nigérians redoutant les exactions du groupe islamiste armé Boko Haram avaient également fui la semaine dernière leurs postes de combats situés plus au sud le long de la frontière, pour se réfugier côté camerounais, selon des sources sécuritaires.

L'armée nigériane avait toutefois démenti dans un communiqué toute fuite de ses troupes, évoquant une «manoeuvre tactique».




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