Centrafrique: une colonne d'ex-Séléka entre à Sibut

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Des rebelles de la Séléka, à Bangui, en septembre 2013.

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Agence France-Presse
Bangui

Des combattants de l'ex-rébellion Séléka lourdement armés, juchés sur une cinquantaine de véhicules, sont entrés dans la ville de Sibut (180 km au nord de Bangui), s'en prenant à la population qui a fui, indiquent jeudi des sources militaires centrafricaine et diplomatique.

Les combattants, qui ne s'expriment qu'en arabe, ont commis mercredi des exactions contre la population de la ville, qui terrorisée a fui en brousse ou a pris la direction de villes de régions voisines, a déclaré à l'AFP sous couvert d'anonymat une source de la gendarmerie centrafricaine. Cette source n'a pas précisé quel genre d'exactions ont été commises.

Les sources interrogées par l'AFP ne savaient pas d'où venait la colonne, qui en tout cas ne provient pas de la capitale car son passage aurait été signalé le long de la route reliant la capitale à Sibut, un des principaux axes routiers du pays.

La colonne est commandée par Mamadou Rakis, ancien directeur général adjoint de la police centrafricaine de l'ex-président Michel Djotodia, selon la gendarmerie centrafricaine, dont les informations ont été confirmées par une source diplomatique, qui a fait état d'un «regroupement de Séléka sur Sibut».

Un détachement du contingent gabonais de la force africaine en Centrafrique (Misca), présent dans la localité, s'est replié, selon la source de la gendarmerie centrafricaine. Interrogé par l'AFP, l'état-major de la Misca a affirmé «n'être au courant de rien».

«Le contingent Misca a décroché», a néanmoins indiqué la source diplomatique.

Selon cette source, «il y a eu une redistribution des cartes au sein de la Séléka» depuis la démission contrainte le 10 janvier de son chef, l'ex-président Michel Djotodia, puis le départ de certains officiers vers le Tchad et le cantonnement des combattants à Bangui.

La colonne entrée à Sibut est composée de soldats en déshérence, a précisé cette source.

Les militaires français ne sont pas présents dans Sibut.

Les pilleurs côtoient les cadavres dans plusieurs secteurs... (PHOTO SIEGFRIED MODOLA, REUTERS) - image 2.0

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Les pilleurs côtoient les cadavres dans plusieurs secteurs de Bangui, comme ici à Combattant, où cet homme dérobe une clôture en fer à quelques pas du corps inerte de l'un de ses compatriotes, le 29 janvier.

PHOTO SIEGFRIED MODOLA, REUTERS

Bangui: traque des musulmans à Combattant

Sur la terre rouge, l'armement de base des miliciens chrétiens anti-balaka: machette, marteau, pelle, fronde. Des soldats français viennent de les saisir. À cinq mètres, le cadavre d'un jeune musulman du quartier Combattant de Bangui. Même les oreilles ont été coupées.

«C'est un musulman d'ici, il s'appelait Abaka, ils l'ont tué dans la cour de sa maison», raconte à l'AFP Benjamin, un voisin chrétien. «Ils», ce sont les anti-balaka qui, sous prétexte de combattre les ex-rebelles Séléka, traquent férocement tout musulman dans la capitale centrafricaine. Nuit et jour, des musulmans sont abattus dans d'atroces conditions.

«Il faut couvrir le cadavre», dit un soldat français de l'opération Sangaris, arrivé après l'assassinat. Ils sont une vingtaine à bloquer des centaines d'habitants, les empêcher de s'abattre sur la concession du mort, pour la piller.

Plusieurs dizaines de pillards sont déjà à l'oeuvre. Le climat est très tendu. «T'approche pas, reste où tu es, recule maintenant!», crie un soldat à un jeune qui s'avance vers lui.

«C'est pas normal, Sangaris nous empêche de piller»

Des pages de cahiers d'écoliers volent dans la poussière. Dès que le soldat se déplace de trois mètres vers un autre point, le pillard revient, charge sur l'épaule une porte en bois, un autre le suit avec un tuyau d'arrosage. Un rapide coup d'oeil vers Sangaris, et ils s'enfuient avec leur butin.

Les soldats tiennent en respect plusieurs dizaines de jeunes, à moitié cachés par de hautes herbes, à l'arrière de la concession. Impossible de savoir qui sont des anti-balaka, des voyous ou de simples pillards.

Benjamin regrette: «C'est pas normal, Sangaris nous empêche de piller!».

En bord de route, le propriétaire de la petite boutique «L'Arche de Noé», profite d'une brève accalmie pour la fermer avec un cadenas.

«On ne va pas vous le répéter dix fois, passez de l'autre côté de la route», crie un soldat aux centaines d'habitants, qui refluent.

Venant de la zone proche de l'aéroport, où s'entassent cent mille déplacés terrorisés par les violences, une ambulance de la force africaine MISCA passe, sirène hurlante. Une rafale de Famas (fusil des Français), tirée au-dessus de la foule, crépite.

«Ça ne va plus, il y trop de dérapages»

À moins de cent mètres, une autre terrible scène de Bangui, en bord de route. Cette fois, il s'agit du cadavre d'un jeune chrétien, tué par erreur, car confondu avec un musulman.

«Il faisait le look musulman avec des cheveux bouclés et un chapelet de prière autour du poignet», explique Victor. Les jambes du défunt, qui dépassent du tissu coloré qui le couvre, sont profondément entaillées, au-dessus des chevilles. «Pour que le sang coule plus vite», précise un connaisseur.

«Ça ne va plus, y a trop de dérapages, il faut que ça cesse», souffle Victor.

La femme du mort et l'une de ses soeurs sont en pleurs. «Je lui avais dit de ne pas sortir», crie sa femme, mains au ciel. On le charge sur une charrette, et le funeste convoi part lentement.

À Bangui, de nombreux quartiers sont livrés à une violence aveugle, continue.

Au quartier PK-12, dans le nord de la capitale centrafricaine, c'est un musulman, blessé par un couteau, qui est emporté par la Croix-Rouge. «C'est un ex-Séléka, ils l'ont reconnu», commente un gendarme centrafricain posté à la barrière. «Un autre est arrivé, il voulait lancer une grenade, on l'a arrêté à temps!».

«Non aux Séléka, nous voulons leur départ du PK-12. Oui aux Sangaris, nous leur demandons d'être plus actifs», est-il écrit à la craie sur un carton, adossé à une chaise, devant les vendeurs de manioc et de bois. À quelques mètres de la tache de sang qui rougit le bitume.

-Avec Jean-Pierre Campagne

Ban appelle la communauté internationale à agir en Centrafrique

Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a appelé jeudi à Berlin la communauté internationale à agir en Centrafrique, ravagée par la guerre, «avant qu'il ne soit trop tard».

«J'espérerais vraiment que la communauté internationale agisse de façon décisive avant qu'il ne soit trop tard», a déclaré M. Ban lors d'une conférence de presse avec la chancelière allemande Angela Merkel.

Il s'est félicité de la décision de l'Union européenne de déployer 500 soldats supplémentaires. «C'est bienvenu et nécessaire», a-t-il dit.

Le Conseil de sécurité de l'ONU a donné son feu vert mardi à l'engagement d'une force européenne en Centrafrique, pour épauler les troupes françaises et africaines. À terme, l'ONU considère qu'il faudrait déployer plus de 10 000 Casques bleus pour sécuriser la RCA.

«La situation est très dangereuse», a lancé M. Ban. «Des atrocités massives sont commises, des meurtres, des détentions arbitraires, des arrestations, des violences sexuelles et l'enrôlement d'enfants à des fins militaires».

De son côté, Mme Merkel a répété que l'Allemagne ne comptait pas envoyer de troupes de combat en Centrafrique.

«Ce dont on discute, c'est d'un soutien logistique», a-t-elle dit, précisant que les modalités n'avaient pas encore été décidées.

C'est en février que les pays de l'UE doivent proposer ce qu'ils peuvent faire, a-t-elle rappelé.

Des soldats allemands participent déjà à la mission de stabilisation de l'ONU au Mali, la Minusma, ainsi qu'à celle de l'UE consacrée à la formation. Une prolongation du mandat de la Bundeswehr, l'armée allemande, doit intervenir à la mi-février.




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