Les géants du platine en grève en Afrique du Sud

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La revendication des 12 500 rands est chargée de symbole. Elle reprend celle des mineurs de Marikana en 2012 dont 34 avaient été abattus par la police pendant une grève sauvage.

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Claudine RENAUD
La Presse Canadienne
Johannesbourg

La grève en Afrique du Sud chez les trois premiers producteurs mondiaux de platine s'annonce suivie jeudi et la grande question, inquiétant notamment le gouvernement, est de savoir si elle va durer longtemps, avec quel impact sur l'économie.

Pour minimiser le risque de violence, Impala Platinum (Implats), le numéro deux mondial, a par avance stoppé l'ensemble de ses installations dans le bassin minier de Rustenburg (nord) d'où sort la majeure partie du platine utilisé dans le monde.

L'arrêt des activités «durera autant que nécessaire», a précisé un porte-parole d'Implats, Johan Theron. «Nous avons aussi décalé l'équipe de nuit sur la journée. Tout cela pour avoir la garantie de minimiser le plus possible le risque d'intimidation (des non grévistes, ndlr) et de violence», a souligné M. Theron.

La grève doit aussi toucher Anglo American Platinum (Amplats, GB-Afrique du Sud) et Lonmin (GB), respectivement numéros un et trois mondial.

En revanche, la justice a ordonné un report de la grève dans les mines d'or le temps de pouvoir étudier une plainte du patronat. Le syndicat radical Amcu, qui appelle à l'arrêt de travail, a accepté la décision et repoussé le préavis au 30 janvier.

Le gouvernement s'efforce d'organiser au plus vite une réunion pour faire reprendre les négociations entre le patronat des mines et Amcu. Mais un premier rendez-vous prévu vendredi a déjà été annulé.

La ministre du Travail Mildred Oliphant a appelé à une grève courte, alors que la période des négociations salariales annuelles en juillet-août dernier avait vu les grèves déraper dans le temps.

«Au-delà d'une certaine période, la grève cesse d'être une arme pour défendre les intérêts des travailleurs mais devient une balle tirée dans le pied des travailleurs eux-mêmes», a-t-elle lancé cette semaine.

Amcu, jeune syndicat radical sans appareil mais qui cherche à conforter son nouveau statut majoritaire dans le secteur du platine, réclame un salaire de base de 12 500 rands (environ 1300$), soit plus de 100% d'augmentation selon les catégories, rejetant les 8 à 8,5% proposés par le patronat.

Ces demandes sont «inabordables et irréalistes», ont par avance réagi les trois groupes, inquiets que Amcu fasse aux employés «des promesses qu'il ne peut pas tenir».

Les compagnies minières mettent en avant le poids d'une facture d'électricité en forte hausse plombant déjà les comptes mais aussi les différents compléments versés au salaire (logement, santé, bonus, transports).

La revendication des 12 500 rands est chargée de symbole. Elle reprend celle des mineurs de Marikana en 2012 dont 34 avaient été abattus par la police pendant une grève sauvage.

La tuerie pour laquelle à ce jour nul n'a été sanctionné, avait provoqué un séisme social et choqué l'opinion mondiale.

«Amcu demande 12 500 rands minimum pour des travailleurs sans qualification ni expérience. C'est plus de deux fois le minimum actuel. Les mines ne peuvent clairement pas supporter une telle dépense», a souligné Ian Cruickshanks, économiste à l'Institut sud-africain pour les relations entre les races.

La grève pourrait coûter cher aux mineurs si les entreprises décidaient à terme de mécaniser le plus possible dans un secteur qui employait près de 200 000 mineurs en 2012.

La violence, rappelle M. Cruickshanks, est intrinsèque à l'histoire syndicale sud-africaine. Mais le risque de voir couler le sang comme en 2012 est «assez faible», selon lui. «Les travailleurs sont déçus de l'incapacité du gouvernement à leur offrir les avancées sociales qu'ils réclament» mais la grève est cette fois mieux préparée, et «les mineurs eux-mêmes n'ont pas la même appétence, ils savent combien ça coûte en morts, blessés, pertes de revenus pour des familles de toute façon désespérément pauvres».

Pilier de l'économie sud-africaine depuis la fin du 19e siècle, le secteur minier représente environ un tiers de la capitalisation de la Bourse de Johannesburg.

Il assure 40% des exportations et est une source cruciale de devises et d'emplois. «Plus d'un demi-million d'emplois directs» en dépendent, a rappelé récemment le vice-président sud-africain Kgalema Motlanthe.

«Il est important que les difficultés affectant les intérêts nationaux soient traitées par une large consultation afin de construire un consensus gage de stabilité socio-économique», a-t-il dit mercredi devant un parterre de syndicalistes et patrons.

Dans l'immédiat, la grève a fait monter les cours du platine sur le marché des métaux précieux à Londres.




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