Sénégal: Macky Sall, révolutionnaire tranquille

Contrairement à d'autres candidats de l'opposition, l'ex-premier ministre... (Photo : Seyllou, AFP)

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Contrairement à d'autres candidats de l'opposition, l'ex-premier ministre Macky Sall (à droite) a parcouru le Sénégal pour défendre son programme. Jeudi, il a serré la main du chanteur Youssou Ndour (à gauche), très engagé dans la campagne présidentielle.

Photo : Seyllou, AFP

(Dakar) Discret et introverti, Macky Sall n'a rien du politicien qui soulève les foules avec ses discours. Pourtant, ses rassemblements sont toujours pleins. L'ancien allié devenu opposant affrontera le président sortant Abdoulaye Wade au deuxième tour de l'élection sénégalaise, avec sa force tranquille, explique notre collaborateur.

Une caricature populaire montre Macky Sall habillé en lutteur traditionnel, disant à Abdoulaye Wade: «Pousse-toi que je m'assois.» Pourtant, Sall n'a rien d'un lutteur, si ce n'est un physique de footballeur. Son calme est même saisissant.

Pour ses fans, c'est ce qui compte. «C'est le politicien le plus avare en paroles. C'est sa force. Il ne faut pas dire n'importe quoi. Macky prend son temps et il écoute», raconte Alpha Diallo, les yeux brillants. Lorsqu'en 2009, Macky Sall est venu dans sa commune à Dakar pour rencontrer les acteurs, Diallo, apolitique, a eu le déclic et s'est joint à sa campagne.

Macky Sall, 50 ans et ingénieur de formation, propose un programme basé sur ce que la population sénégalaise réclame: baisse du coût des aliments de base, résolution de la grève des professeurs qui menace l'année universitaire, ménage des comptes de l'État.

«Il a été vendre son programme dans tout le Sénégal alors que d'autres membres de l'opposition sont restés à Dakar. Pour en avoir pris conscience très tôt, ç'a fait une différence dans la campagne», commente le politologue Abdoul Aziz Diop.

Frondeur

Mais le secret du succès de Macky Sall, c'est sa réputation de frondeur. Il s'est publiquement attaqué au président Wade, quitte à tout perdre.

Macky Sall a longtemps été le disciple d'Abdoulaye Wade: militant du parti du président sortant depuis sa jeunesse, premier ministre de 2004 à 2007, directeur de la campagne de Wade en 2007 et président de l'Assemblée nationale en 2008.

En 2008, le président a mis subitement fin à 19 ans de collaboration entre les deux hommes. La faute de M. Sall? Avoir convoqué le fils du président, Karim, pour qu'il rende des comptes sur sa mauvaise gestion présumée de l'agence d'État qu'il dirige.

Wade retire à Sall son titre de numéro 2 du parti et manoeuvre pour s'en débarrasser. Puis, le gouvernement dépose contre lui des accusations de blanchiment d'argent qui mèneront à un non-lieu.

«Lorsque le président Wade a organisé une cabale contre Macky Sall, ce dernier a eu le réflexe de démissionner du PDS et de retourner à la base», explique M. Diop. «À partir de cet instant, il a entrepris un travail politique qu'aucun politicien n'avait fait en 12 ans. Il est allé à la rencontre des Sénégalais pour les faire adhérer à un projet et asseoir une certaine confiance.» De sa chute, Macky Sall gagne une réputation d'homme du peuple, tout en se distanciant de Wade.

Alors que près des deux tiers des Sénégalais ont voté contre le président sortant, Macky Sall devient le candidat de l'opposition. Il ne lui reste qu'à remplacer le «tout mais pas Wade» en «tous pour Sall».




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