Sénégal: la révolution des cacahuètes

Depuis le 22 juin, Dakar est pris d'assaut... (Photo: Moussa Sow, AFP)

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Depuis le 22 juin, Dakar est pris d'assaut par des manifestants, comme ici devant le parlement.

Photo: Moussa Sow, AFP

(Dakar) Depuis près d'une semaine, les manifestations se multiplient au Sénégal. Coupures d'électricité, réforme électorale, chômage: les jeunes ont pris l'avant-scène de ce festival de la colère que certains ont déjà baptisé la «révolution des cacahuètes», clin d'oeil au pilier de l'économie sénégalaise.

«On en a marre!», proclame à un carrefour un jeune Dakarois qui préfère garder l'anonymat. Avec cinq camarades, l'étudiant lance des pierres aux voitures qui approchent dans la nuit sans électricité. Comme des centaines de jeunes de la capitale du Sénégal, il défend sa barricade avec rage, à la lueur des pneus et des déchets qui brûlent.

Depuis le 22 juin, Dakar est pris d'assaut par des manifestations. Spontanément, les protestataires, surtout des jeunes, bloquent en petits groupes les routes de la capitale et s'attaquent violemment aux résidences des membres du gouvernement et aux bâtiments publics.

Le mouvement s'est répandu un peu partout dans le pays, pourtant reconnu pour sa stabilité et son calme. Les forces de sécurité, débordées, tentent de reprendre le contrôle, utilisant gaz lacrymogènes, bâtons et canon à eau.

L'étincelle qui a allumé le brasier, c'est la tentative de soumettre un projet de réforme électorale qui aurait associé un vice-président à la candidature présidentielle - comme aux États-Unis - et permis l'élection du président au premier tour avec seulement 25% des voix.

Pour l'opposition, c'est un moyen pour le président Abdoulaye Wade d'assurer sa réélection et d'imposer son fils Karim comme successeur lors de la présidentielle de 2012.

À la dernière minute, le président a retiré le projet de loi. Mais la colère de la rue est restée, démontrant qu'il s'agit de beaucoup plus qu'une question de constitution. Bilan: des centaines de blessés, mais jusqu'ici aucun mort.

Crise électrique

Dans son échoppe du quartier populaire de Fass, Cheikh Gueye sue à grosses gouttes. «Je ne peux juste pas bosser. Ils font bien, ces jeunes, de protester. On est solidaire», explique le tailleur.

Les pannes d'électricité, qui se sont aggravées depuis le 23 juin, empêchent sa vieille machine à coudre de fonctionner. Devant le trentenaire, une pile de vêtements attend d'être cousue. Au cours des 72 dernières heures, il n'aura eu que 11 heures d'électricité pour travailler.

Les délestages électriques sont quotidiens au Sénégal parce que la compagnie d'électricité nationale n'arrive pas à suffire à la demande. Les Sénégalais ont souvent violemment protesté contre ces coupures intempestives, mais jamais en si grand nombre.

Malaise profond

Mais le malaise est beaucoup plus profond qu'un manque d'électricité, ou l'histoire d'un président s'accrochant au pouvoir.

Élu en 2000, Wade a mis fin à 40 ans de règne du parti socialiste, notamment grâce au soutien des jeunes. Onze ans plus tard, alors que le coût de la vie et le taux de chômage explosent, les jeunes se retournent contre celui qui, à 85 ans, est désormais surnommé «le Vieux».

«Wade fait construire des statues, des autoroutes, des gros bâtiments. Ses ministres ont des grosses villas. Il s'est acheté des avions privés. Mais nous, on n'a rien: pas d'emplois, pas d'avenir, pas d'argent», explique Anna Diop, une jeune manifestante qui a pris la rue.

À ces demandes, ni le président ni son fils, ministre de l'Énergie, n'ont réagi. «Nous continuerons jusqu'à ce qu'on soit entendu. Qu'il dégage, le Vieux!»




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