L'ambassade du Canada au Mexique montrée du doigt

Lors d'une visite de la gouverneure générale Michaëlle... (Photo Rene Araujo, Reuters)

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Lors d'une visite de la gouverneure générale Michaëlle Jean à San Cristobal le 9 décembre 2009, des manifestants avaient demandé que justice soit faite concernant l'assassinat du militant anti-mines Mariano Abarca.

Photo Rene Araujo, Reuters

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Le personnel de l'ambassade du Canada au Mexique est montré du doigt par la famille d'un activiste mexicain qui a été tué en décembre 2009 au Chiapas alors qu'il était en conflit avec une société minière canadienne implantée dans la région.

Les proches de Mariano Abarca, dont le meurtre demeure irrésolu, estiment que le personnel diplomatique canadien en poste à l'époque a manqué à ses obligations en prenant fait et cause pour l'entreprise plutôt que de chercher à calmer les esprits.

Le fils de l'activiste ainsi qu'une délégation de défenseurs des droits de la personne du Mexique en visite au pays doivent déposer aujourd'hui une plainte à ce sujet auprès du Commissaire à l'intégrité du secteur public.

La coordinatrice du programme latino-américain de Mines Alerte Canada, Jen Moore, qui soutient la démarche, a indiqué en entrevue à La Presse que la famille de Mariano Abarca tente en vain depuis des années d'obtenir justice au Mexique et au Canada pour son assassinat.

Le dépôt d'une plainte au commissaire dans un dossier de cette nature est inusité, mais pourrait donner des résultats probants dans la mesure où le commissaire dispose, dit-elle, de pouvoirs d'enquête « considérables ».

« On verra ce qu'il est disposé à faire avec la cause », indique Mme Moore.

La plainte relève notamment que l'ambassade n'a pas cherché à évaluer le « potentiel de violence » découlant des tensions liées à l'exploitation par la firme canadienne Blackfire Exploration d'une mine près de la ville de Chicomuselo.

Même si, relève-t-on, le personnel diplomatique avait entendu directement de Mariano Abarca, en juillet 2009, que l'entreprise avait « recours à ses employés comme hommes de main contre les membres de la communauté qui s'opposaient à la mine ».

La famille de l'activiste relève par ailleurs que l'ambassade « a plaidé contre la communauté et a exhorté le gouvernement à contrôler les manifestations pour protéger Blackfire », qui a toujours nié toute responsabilité dans la mort de Mariano Abarca.

COMMISSION INTERAMÉRICAINE DES DROITS DE L'HOMME

Dans un rapport paru en 2013, un groupe d'organisations non gouvernementales, incluant Mines Alerte Canada, avait fait enquête dans le Chiapas et était arrivé à la conclusion que l'ambassade du Canada avait fourni un soutien « pratiquement inconditionnel » à la firme malgré la controverse suscitée par ses activités.

Les autorités mexicaines ont évoqué des considérations environnementales pour fermer la mine dans la foulée du meurtre de Mariano Abarca.

Trois individus liés à l'entreprise ont été détenus en lien avec l'affaire avant d'être relâchés sans qu'aucune accusation ne soit portée.

La famille de l'activiste, dans l'espoir de faire avancer l'enquête, a saisi l'été dernier la Commission interaméricaine des droits de l'homme.

La Gendarmerie royale du Canada a mené pour sa part une enquête ciblant Blackfire Exploration après qu'il eut été révélé que la firme avait versé près de 20 000 $ au maire de la ville de Chicomuselo. L'enquête, qui portait sur une possible tentative de corruption de fonctionnaire étranger, a été classée sans suite en 2015.

Le registre des entreprises de l'Alberta indique que la firme a finalement été dissoute en août 2017.

L'un de ses anciens dirigeants, Brent Willis, a indiqué en entrevue que Blackfire Exploration avait vu ses entrées d'argent se tarir après la fermeture de la mine au Chiapas et que les efforts pour obtenir une indemnisation des autorités mexicaines avaient tourné court.

« Tout ce que nous avons fait là-bas était légal », assure M. Willis, qui ne trouve rien à redire au travail effectué à l'époque par le personnel de l'ambassade du Canada.

Celui-ci, dit-il, est venu à la mine pour évaluer la situation et a constaté qu'il n'y avait rien de répréhensible dans les activités de la firme, sur quelque plan que ce soit.

« Ils ont fait leur travail », relève l'entrepreneur, qui ne voudrait pour rien au monde retourner travailler au Mexique.

« On est parti de là-bas en se résignant à accepter nos pertes. C'était trop corrompu pour que l'on puisse opérer normalement », relate-t-il.




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