L'ONU et les conflits: repenser l'intervention

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L'intervention des Nations unies dans un pays en conflit ne doit pas se terminer quand le dictateur est renversé. On doit prendre en compte la responsabilité de prêter assistance, affirme le professeur Michael W. Doyle.

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Doit-on intervenir dans les affaires d'un autre État ou s'abstenir de le faire ? Imposer des sanctions, envoyer des armes, venir au secours des civils ou se tenir à l'écart ? Il ne passe pas une semaine sans que ces questions soient évoquées au Conseil de sécurité de l'ONU ou de l'OTAN. Professeur renommé de l'Université Columbia, Michael W. Doyle était de passage à l'Université de Montréal hier soir pour aborder la question. La Presse en a profité pour faire le point.

Q: Le Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies (ONU) a invoqué la responsabilité de protéger pour intervenir en Libye en 2011. Aujourd'hui, la Libye est plongée dans le chaos. Quelles leçons la communauté internationale doit-elle tirer de cet exemple ?

R: Il y a plusieurs leçons importantes. D'abord, l'information dont les décideurs disposent doit être très fiable pour comprendre vraiment ce qu'il se passe sur le terrain. On doit envoyer des observateurs qui ont un plus grand accès à l'information que la presse. Deuxièmement, le Conseil de sécurité doit avoir tout un répertoire d'actions possibles, qui vont de la diplomatie aux sanctions en passant par l'emploi des forces armées. Je pense qu'en Libye, on ne s'est pas assez préoccupé de ça. Troisièmement, on doit faire un suivi. L'intervention ne doit pas se terminer quand le dictateur est renversé. On doit prendre en compte la responsabilité de prêter assistance.

Q: La crise en Ukraine risque de dégénérer. Des populations civiles sont directement touchées par les combats, mais dans ce cas, puisque la Russie a un veto au Conseil de sécurité, il est impossible d'invoquer la responsabilité de protéger. N'est-ce pas une faille majeure de cette doctrine ?

R: Oui, c'est un obstacle important. On a vu qu'en Syrie, la Russie hésitait à mettre de la pression sur Bachar al-Assad, alors que c'était nécessaire. Dans le cas de l'Ukraine, la Russie est déterminée à soutenir les rebelles. Dans ces cas, le mieux que les États peuvent faire est d'exercer la pression qu'ils peuvent exercer et fournir à l'Ukraine l'assistance dont elle a besoin. Le Fonds monétaire international vient d'intervenir, et plus doit être fait. Après le retrait regrettable des troupes ukrainiennes de Debaltseve, si le cessez-le-feu tient, le pays aura besoin d'assistance pour se consolider. Et nos gouvernements devront agir courageusement.

Q: Agir courageusement ? Cela veut-il dire qu'il faudrait fournir des armes à l'armée ukrainienne, comme le considère le gouvernement américain ?

R: Actuellement, c'est un problème. On ne sait pas de quelles armes l'armée ukrainienne a réellement besoin pour faire la différence. Le plus utile est de continuer à envoyer un message clair à la Russie que le cessez-le-feu doit être respecté et de dire aux Ukrainiens qu'ils doivent commencer des réformes sérieuses pour mettre fin à la corruption historique dans leur pays et pour faire comprendre à tous leurs citoyens - incluant les minorités russes - qu'ils ont une place dans un État multiculturel.

Q: Selon une de vos théories les plus connues, les démocraties libérales font uniquement la guerre avec des États non libéraux. Vous affirmez que ces derniers ne sont pas toujours à l'origine des conflits. Par exemple, les Russes croient que l'OTAN a fait preuve d'imprudence en s'approchant autant de ses frontières. Êtes-vous d'accord ?

R: Le Canada, les États-Unis et l'Europe de l'Ouest n'ont pas souhaité l'agrandissement de l'OTAN. Ç'a été le choix des pays d'Europe de l'Est de se joindre à l'alliance parce qu'en se basant sur leur propre histoire, ils croient que la Russie est toujours pour eux une menace. Cependant, ç'a été imprudent de concevoir un système antimissile et de vouloir l'installer en Europe de l'Est en disant que c'était pour contrer une attaque iranienne. Ce n'était pas nécessaire et c'était une provocation.

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