Mohawk Girls: amours sanguines et idées reçues

Sous ses allures de comédie frivole, la série... (IMAGE FOURNIE PAR APTN)

Agrandir

Sous ses allures de comédie frivole, la série Mohawk Girls pose des questions délicates liées à la réalité autochtone.

IMAGE FOURNIE PAR APTN

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sous ses allures de comédie frivole, le «Sex and the City mohawk» pose des questions délicates, voire controversées, liées à la réalité autochtone. Voici quelques sujets chauds passés à la moulinette de Mohawk Girls.

LA « PROPORTION DE SANG INDIEN »

C'est un des dossiers les plus controversés de Kahnawake et un point central de la série : si un Mohawk n'a pas au moins quatre arrière-grands-parents avec du sang indien, il lui est techniquement interdit de vivre, de voter et d'être enterré sur la réserve. C'est ce qu'on appelle le « droit d'appartenance » (membership law). 

Ces dernières années, des menaces d'éviction ont pesé sur certaines familles de Kahnawake dont les membres ne possédaient pas tous la « proportion de sang indien » (blood quantum) prescrite. Peu d'entre elles ont été obligées de déménager, mais ce dossier a fait couler beaucoup d'encre sur la réserve, et même en dehors.

Dans Mohawk Girls, Anna désire ardemment vivre à « K-Town ». Mais sa proportion de sang indien se situe sous la barrière nécessaire, ce qui nuit à sa relation avec Thunder, jeune Mohawk pur jus.

« Il y a ici cette idée que la pureté du sang fait de nous ce qu'on est, se désole la créatrice de la série, Tracey Deer. Personnellement, je ne suis pas d'accord. Ma proportion de sang indien est de 89,63 %. C'est beaucoup, et pourtant, j'ai grandi avec l'impression que ce n'était pas assez et que je n'étais pas assez bonne. Ça m'a causé des problèmes d'estime de moi. »

« À mon avis, être Mohawk n'est pas quelque chose qui se mesure. »

« Tu peux te reproduire avec la bonne personne, mais à quoi bon, si tu oublies la tradition, la langue, la culture ? Dans 50 ans, on aura un paquet de Mohawks avec la bonne proportion de sang indien, mais ça ne servira à rien si le reste n'est pas préservé... »

SORTIR AVEC UN BLANC ?

Vu l'importance de la proportion de sang indien, sortir avec un « rapporté » n'est pas indiqué à Kahnawake. Encore moins si ce rapporté est un Blanc, considérant le lourd passif des « visages pâles » dans leurs relations avec les Premières Nations.

Dans la première saison, Bailey rencontre le petit ami idéal. Il est mignon, allumé et joue de la musique. Seul problème : c'est un Blanc... Bailey doit alors choisir entre sa relation et sa loyauté envers son peuple.

« C'est vrai que c'est un sujet chaud, lance Drew McComber, maquilleuse de plateau, qui habite Kahnawake. Mais ça dépend de ta famille. On ne pense pas tous la même chose. J'ai des cousines et des amies qui sont sorties avec des Blancs. »

« Personnellement, j'ai grandi avec l'idée que l'homme blanc avait voulu se débarrasser de nous. Alors, disons que ce serait mal vu d'amener son petit ami blanc au bar du coin », explique Tracey Deer.

« D'un autre côté, il faut vivre sa vie à sa façon, et non en fonction des attentes des autres. C'est un peu le coeur de la série. Regarde-moi : je suis fiancée avec un Québécois, non seulement blanc, mais francophone ! Je me suis sentie très jugée, mais j'ai aussi beaucoup d'appuis... »

Dans la troisième saison, Caitlin, l'une des quatre Mohawk Girls, tombe amoureuse de son prof de gym... qui est Noir. On verra où ira cette relation. Mais il est certain que Kahnawake n'est pas soustraite aux métissages. La preuve par Jessica Hernandez, figurante rencontrée entre deux scènes, dont la mère est Mohawk, mais dont le père est Portoricain. « Je suis une Porta-Hawk ! », lance-t-elle fièrement.

SORTIR AVEC UN MOHAWK ?

C'est le choix à faire, rapport à la proportion de sang indien. Mais comme dans toute petite communauté qui se protège, il y a des chances que votre nouveau petit ami soit aussi un cousin plus ou moins lointain. C'est sur cette note que commence la première saison de Mohawk Girls, et c'est ce qui incite Bailey à sortir de sa zone de confort pour explorer d'autres possibilités en dehors de la réserve.

« C'est vrai que pour certaines de mes copines, ç'a été un problème, lance Val Loft, figurante sexy et tatouée rencontrée sur le plateau. Pour moi, c'est différent. Mon père vient d'Akwesasne, alors je n'ai pas autant de cousins que d'autres à Kahnawake. »

« J'ai des tonnes d'amies qui sont fantastiques, prêtes à fonder des familles, mais qui n'ont rencontré personne. Et comme elles refusent de regarder à l'extérieur, elles restent célibataires », ajoute Tracey.

Tout le défi est de savoir penser « hors de la boîte », ajoute la scénariste Cynthia Knight, qui a elle-même grandi dans une communauté (juive) tissée serré. Mais voilà : dans notre monde conformiste, la chose est plus facile à dire qu'à faire. « C'est dur d'avoir ce courage, spécialement pour des femmes qui vivent dans de petites boîtes », ajoute-t-elle.

KAHHAWAKE, UNE « CIGARETTE SHOP » ?

L'aspect « essence-casino-cigarettes » de Kahnawake est pratiquement absent de la série. Grand bien nous fasse. Pour une rare fois, on voit la petite ville sous un autre angle. Eh non ! il n'y a pas que des Warriors et des clopes non taxées sur la réserve ! Il y a aussi des partys de piscine, des gars qui jouent à la crosse et de belles blondes qui sortent dans des soirées fétichistes.

« C'est voulu, tranche Cynthia Knight. Montrer de vraies choses qui ne se conforment pas aux stéréotypes est la meilleure façon de combattre le racisme et de bâtir des ponts... »

Partager

À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer