Mohawk Girls: l'amour, avec ou sans réserve...

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La série Mohawk Girls connaît un succès certain depuis sa première diffusion en 2014 sur les ondes d'APTN, la chaîne autochtone du Canada.

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Jamais entendu parler de Mohawk Girls ? Voilà qui en dit long sur l'ampleur du fossé qui divise nos deux communautés. Car cette comédie aigre-douce, que certains ont surnommée « le Sex and the City mohawk », connaît un succès certain depuis sa première diffusion, en 2014. La série a été vendue en Australie, traduite en mandarin, achetée par Air Canada et nommée trois fois à la dernière soirée des prix Écrans canadiens.

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Cynthia Knight, scénariste de la série Mohawk Girls

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La réalisatrice de Mohawk Girls, Tracey Deer (au centre), regarde une prise avec son équipe.

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Reconnaissance méritée, ajouterons-nous. Car si Mohawk Girls n'a pas le budget ni la facture d'une série de Netflix, sa production dégage beaucoup de vitalité. Sans oublier son propos, qui nous fait découvrir l'univers mohawk sous l'angle de l'humour et de la féminité - une porte d'entrée idéale pour mieux connaître cette communauté qui vit à un jet de pierre de Montréal, mais qu'on ne connaît qu'à travers clichés et idées reçues.

Les Mohawk Girls, ce sont Bailey, Zoe, Caitlin et Anna.

La première étouffe dans la réserve, mais n'ose pas rompre avec les traditions. La deuxième poursuit sa quête de sens à travers des aventures sexuelles. La troisième manque cruellement de confiance en elle, et la quatrième, originaire des États-Unis, tente désespérément de faire sa place à « K-Town ». Elles ont toutes la jeune trentaine et cherchent l'homme idéal. Hélas, celui-ci est aussi chimérique qu'inaccessible.

Sauf qu'au-delà de ce scénario classique, qui peut en effet rappeler Sex and the City, les quatre protagonistes doivent aussi faire face à la réalité et aux codes de la communauté mohawk, ce qui complique grandement leur quête de sens et d'amour.

C'est ce défi supplémentaire qui fait toute la force et l'originalité de Mohawk Girls.

Fait intéressant : les quatre comédiennes sont autochtones, comme la majorité des acteurs et des figurants de la série. Heather White (Caitlin) et Brittany Leborgne (Zoe) sont originaires de Kahnawake. Jennifer Pudavick (Bailey) est une Métisse de Winnipeg, et Maika Harper (Anna) vient du Nunavut.

Autre fait intéressant : Mohawk Girls a été écrit à quatre mains, par une Mohawk (Tracey Deer) et une juive anglophone de Montréal (Cynthia Knight) ! Deux mondes bien distincts... en apparence. Dans les faits, l'une et l'autre ont quelques points en commun, dont celui d'avoir grandi dans des milieux tissés serré et minoritaires au Québec.

« Nos univers sont à la fois différents et semblables. Je ne suis pas Mohawk, mais nos communautés partagent les mêmes problèmes, les mêmes défis, les mêmes pressions, les mêmes frustrations, le même amour de la culture et la même méfiance envers le monde extérieur. C'est ce qui fait qu'on s'entend bien, Tracey et moi », explique Cynthia Knight, scénariste de Mohawk Girls.

L'histoire de Mohawk Girls commence il y a plus de 10 ans, avec le documentaire du même nom, créé par Tracey Deer. Dans ce premier essai, la jeune réalisatrice explore la réalité vécue par les jeunes filles de sa communauté. Son film est si convaincant qu'elle se lance ensuite dans l'écriture d'une fiction sur le même thème, cette fois avec le concours de Cynthia Knight.

Mohawk Girls, la série, se veut certes plus comique que le documentaire. Mais les deux femmes insistent pour parler d'une « dramédie », puisque derrière l'humour mordant et « typiquement mohawk » (dixit Tracey), la plupart des sujets abordés sont sérieux.

Comment trouver le bon partenaire quand la moitié des gars de la réserve sont tes cousins ? Comment être acceptée par la communauté quand ton « degré de sang indien » n'est pas assez élevé ? Comment conjuguer le sens du sacrifice et les valeurs mohawks avec ses désirs et ambitions personnelles, dans un monde où modernité et tradition ne font pas toujours bon ménage ?

Ces questions hantent manifestement Tracey Deer, qui reconnaît ne pas être en accord avec tous les préceptes de sa réserve. Marginale à plus d'un égard (elle sort avec un Québécois !), la réalisatrice de 38 ans espère que sa série suscitera un débat chez les Mohawks, qu'elle considère parfois comme prisonniers de leurs principes.

« C'est très important pour moi d'installer un dialogue dans la communauté. J'aime mon peuple et je pense qu'il faut parfois brasser la cage pour faire avancer les choses », précise Tracey Deer.

Repousser les limites

Sans surprise, la série a été accueillie avec méfiance à Kahnawake lors de sa première diffusion sur APTN (Aboriginal Peoples Television Network), la chaîne autochtone du Canada, en 2014.

« Les gens craignaient qu'on nous dépeigne sous un jour négatif, raconte Gage Diabo, troisième assistant réalisateur, rencontré en juin à la réserve, pendant notre visite de plateau. Comme il n'y avait pas d'autre série du genre à Kahnawake, disons que tout le poids de la représentation des Mohawks tombait sur nos épaules. »

Avec le temps, les craintes se sont estompées, les plus grosses critiques concernant plutôt l'omniprésence de la question sexuelle dans la série. « Il y en a qui ont trouvé ça choquant », admet Val Loft, une figurante de Kahnawake, rencontrée pendant le tournage.

Ce n'est assurément pas le cas des actrices principales, qui endossent à 100 % ce choix éditorial, aussi réaliste que justifié.

« Il faut parfois repousser les limites pour explorer ce qui n'a pas été exploré, résume Brittany Leborgne, qui joue le rôle de Zoe, la plus "obsédée" des quatre. Et puisque cette série suit quatre jeunes femmes en quête d'une relation, il est normal que le sexe en fasse partie, non ? »

On ajoutera que Mohawk Girls ne s'adresse pas seulement aux autochtones, mais aussi aux « Blancs ». Tel un pont Mercier télévisuel, la série est la passerelle qui pourrait nous aider à regarder Kahnawake par un autre bout de la lorgnette.

« Le regard des autres sur nous est souvent superficiel et limité. J'espère que ce projet pourra exposer les Canadiens à mon peuple, à ce qui le préoccupe, à sa culture, pour comprendre cette partie de notre pays, dans le bon comme dans le mauvais », explique Tracey Deer.

Ce qui nous amène à la question à 100 $ : à quand une traduction pour le public québécois ? Après tout, des versions en mandarin (pour les Chinois du Canada) et en langue mohawk existent déjà, en plus des épisodes originaux en anglais. Alors, pourquoi pas dans la langue de Marie Mai ?

APTN dit étudier cette possibilité, mais rien de concret ne semble être sur la table. 

Ce serait pourtant une bonne façon de lever quelques barrières. Parlez-en à Benoît Grenier, assistant de production que nous avons rencontré pendant la visite de plateau à Kahnawake.

« J'habite à Châteauguay, dit-il. Sérieusement... C'est à côté et je ne connaissais rien de la réserve. Mais là, juste à travailler sur le set, j'apprends un paquet d'affaires... »

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