Julie Snyder abandonne la production télé et blâme Québec

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Julie Snyder n'a pas précisé ce qu'il adviendrait de son entreprise et de ses émissions. Elle a toutefois confirmé qu'elle animerait Le banquier à l'automne.

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Julie Snyder, reine incontestée des cotes d'écoute québécoises, a annoncé lundi être obligée d'«abandonner» la production télévisuelle après avoir été privée de crédits d'impôt parce qu'elle partage sa vie avec l'actionnaire de contrôle de Québecor, qui détient Groupe TVA, son plus important client.

La célèbre animatrice devenue femme d'affaires s'est toutefois gardée de se prononcer sur l'avenir de Productions J ou sur la possibilité de lancer des poursuites contre Québec.

«Ce n'est pas une décision que j'ai prise par choix. C'est un geste que je suis contrainte de poser, a-t-elle affirmé», lors d'une conférence de presse organisée dans ses bureaux montréalais. «Je suis privée de l'aide à laquelle tous les autres producteurs ont droit. Je me retrouve hors jeu dans un contexte concurrentiel.»

«L'aide» à laquelle réfère Julie Snyder est constituée de crédits d'impôt destinés aux producteurs indépendants. L'animatrice et productrice de Star Académie et de La Voix n'y a pas droit parce qu'elle est la conjointe de Pierre Karl Péladeau, qui contrôle le diffuseur TVA par l'entremise de Québecor. La réglementation ne reconnaît pas Productions J comme étant une entreprise indépendante en raison de ce lien.

Or, les règles ont été modifiées dans les dernières semaines du gouvernement Marois, avec pour effet de redonner aux Productions J accès à ces crédits d'impôt. Cette décision a elle-même été renversée par le gouvernement Couillard au printemps dernier.

«Le Québec accorde donc son appui si et seulement si la personne avec laquelle je partage ma vie fait son affaire», a dénoncé Mme Snyder, qualifiant la situation «d'aberrante». «Ça ne se peut pas», a-t-elle dit.

Couillard se défend

En visite à Montréal, le premier ministre Couillard a défendu les modifications réglementaires décriées par la productrice.

«Les crédits d'impôt avaient été modifiés pour essentiellement une seule entreprise par rapport aux autres producteurs indépendants qui n'ont pas le bénéfice d'être liés à un diffuseur», a-t-il dit, qualifiant la décision du gouvernement Marois d'«anomalie».

«Maintenant, le terrain est égal pour tous les producteurs, liés ou pas à des diffuseurs et c'est ce que l'on voulait», a ajouté le premier ministre.

Son ministre des Finances, responsable de la réglementation au centre du débat, n'a pas formulé de commentaire, lundi. Le Parti québécois et la Coalition avenir Québec n'ont pas soufflé mot non plus.

Le réseau TVA, qualifiant Productions J de «partenaire de premier plan», a indiqué prendre acte avec regrets de l'annonce de Julie Snyder. Même si rien n'a été dit quant à l'avenir de l'entreprise, TVA s'est dit «confiant» de pouvoir maintenir la programmation de sa prochaine saison.

L'Association québécoise de la production médiatique (AQPM), qui reconnaît Productions J comme producteur indépendant, a aussi exprimé ses regrets face à l'annonce de Mme Snyder, tout en se gardant bien de l'appuyer. «En tant qu'association, c'est toujours triste de voir un producteur qui se retire», a affirmé Marie Collin, présidente du regroupement. Mais «ce n'est pas dans notre champ d'action, l'interprétation de ces règles-là».

«Différents scénarios»

Si elle a annoncé sa décision d'«abandonner» la production, Julie Snyder n'a pas voulu préciser ce qu'il adviendrait de son entreprise et de ses émissions. Elle s'est limitée à confirmer qu'elle animerait Le banquier à l'automne, énorme succès télévisuel dont elle n'est pas la productrice.

Une vente serait-elle possible? «C'est super dur. C'est mon bébé. C'est vraiment comme si tu donnais ton bébé à quelqu'un d'autre. J'ai sacrifié mes jours, mes nuits, toute mon énergie, ma vie sentimentale. [...] Je n'en suis pas là aujourd'hui. C'est trop pour moi», a-t-elle répondu en sanglotant. Elle a indiqué qu'elle étudiait «différents scénarios», sans exclure la possibilité de poursuivre Québec.

- Avec La Presse Canadienne

Julie Snyder lors d'un épisode du Banquier, en... (ARCHIVES LA PRESSE) - image 2.0

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Julie Snyder lors d'un épisode du Banquier, en 2007.

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Productions J en quelques dates

1997 : Julie Snyder fonde Productions J afin de produire et animer son premier talk-show, Le poing J, diffusé à TVA. L'émission est ensuite restée en ondes pendant trois saisons.

2000 : Productions J et la démone blonde traversent l'Atlantique. Julie Snyder anime Vendredi, c'est Julie et Du lundi au vendredi, c'est Julie sur les ondes de France 2. L'animatrice est la première Québécoise à animer une émission en Europe.

2001 : Productions J produit plusieurs nouvelles émissions, dont Réal-IT pour la chaîne de télévision jeunesse VRAK.TV, détenue par Astral.

2003 : Une année charnière pour l'entreprise. En plus d'établir un partenariat avec le clan de Céline Dion pour la production d'émissions spéciales diffusées au Québec et en Europe, Productions J lance la même année les aventures de Star Académie, un concept élaboré à l'étranger et repris au Québec sur la chaîne TVA.

2010 : Productions J, associée à la téléréalité Occupation double que diffuse sur TVA depuis 2004, prend le relais pour la production de l'émission. La même année, la maison de production réalise La série Montréal-Québec, entre autres.

2013 : C'est le début de La Voix, une émission phare de TVA que produit Productions J. En principe, l'émission doit être de retour en ondes à l'hiver 2016. Des auditions ont déjà eu lieu à Montréal et à Québec, le printemps dernier.

Aujourd'hui : Productions J est une maison de production «indépendante», selon ce que défend férocement sa présidente fondatrice, Julie Snyder. L'entreprise travaille en production télévisuelle, en gestion de spectacles, en production musicale et en gérance d'artistes. Plusieurs autres émissions - qui n'ont pas été mentionnées dans cette liste - sont aussi produites par les Productions J.

- Hugo Pilon-Larose

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