Essaimage à l'horizon chez TransForce

Richard Dufour

En plus de réaliser d'autres acquisitions pour alimenter sa croissance, TransForce va envisager l'essaimage (spinoff) de deux segments d'activités pour tenter de dégager encore plus de valeur pour les actionnaires.

L'entreprise montréalaise de transport est devenue au fil des ans un assemblage de plusieurs unités d'affaires: les colis et le courrier, le transport de petits chargements, de lots en camion complet (truckload) et les services spécialisés (énergie, gestion des ordures et logistique).

«Nos activités de gestion de déchets ne sont pas valorisées comme elles le devraient», affirme le président et chef de la direction et président du conseil de TransForce, Alain Bédard.

Des ordures payantes

La situation est appelée à changer: plus tard cette année, TransForce publiera pour la première fois des chiffres sur la performance des activités dans la gestion des ordures. «On va surprendre beaucoup de monde. Les gens pourront constater l'ampleur et la rentabilité de cette division-là», dit Alain Bédard.

«Quand la division aura atteint un certain niveau, elle deviendra une entité à part.»

Avant d'y arriver, il faudra une transaction d'importance qui permettra aux activités de transport d'ordures de dégager des flux de trésorerie (cash flow) qui atteindront au moins 50 millions de dollars par année.

À titre de comparaison, les flux de trésorerie de TransForce devraient atteindre 300 millions l'an prochain.

L'autre secteur d'activité envisagé pour un essaimage est celui du transport de lots en camion complet. «C'est rendu tellement gros que ça pourrait aussi devenir une entité à part, et on y pense», dit le PDG.

Le coeur des affaires

Le coeur des affaires chez TransForce restera la livraison de courrier et de colis et le transport de petits chargements (LTL). Avec les récentes acquisitions, ces activités génèrent des revenus annuels de plus de 2 milliards, soit environ 66% du chiffre d'affaires de l'entreprise.

Et Alain Bédard y voit de grandes occasions d'affaires. Surtout aux États-Unis, où il tente de positionner TransForce pour tirer le maximum d'un segment appelé à exploser: la livraison le jour même.

Après avoir passé plusieurs mois à faire des essais avec Amazon pour la livraison associée au commerce électronique dans la région de Chicago, TransForce a décidé de tourner le dos à Amazon. Depuis la fin de la dernière année, c'est avec Google Express Services que TransForce effectue des tests de livraison. «Nous préférons la philosophie de Google. Chez Amazon, il fallait partir du principe que personne ne fait de l'argent avec la livraison», dit Alain Bédard.

Le patron de TransForce affirme que le marché de la livraison le jour même est évalué entre 8 et 10 milliards aux États-Unis et que TransForce y est déjà le plus important acteur avec 400 millions de revenus. «Il y a donc toute une occasion à saisir.» Il n'y a vraiment que deux autres acteurs importants et une multitude de petits, ajoute-t-il.

«Si Google parvient à avoir du succès, il peut devenir un client majeur pour nous», estime Alain Bédard. Les revenus générés par TransForce auprès de Google sont actuellement évalués à 2 millions et pourraient atteindre 10 millions au cours de la prochaine année, croit-il.

Vers une acquisition en Californie

Une acquisition pourrait par ailleurs être annoncée prochainement sur le marché américain. Une entreprise californienne de livraison le jour même dont les revenus annuels sont inférieurs à 50 millions est dans la ligne de mire de TransForce. «Nous tentons actuellement de nous entendre avec eux», précise M. Bédard.

Cette entreprise n'est pas la seule cible à l'étude, mais pour consolider le secteur aux États-Unis, TransForce doit se battre avec les firmes privées d'investissement (private equity). «Des changements sont à prévoir dans le secteur avec le commerce électronique. Ce n'est par pour rien que les firmes privées d'investissement achètent des sociétés de livraison à des multiples de fou actuellement», commente le patron de TransForce, qui vit aux États-Unis et y passe le plus clair de son temps.

Un exemple est l'achat de Dicom par une firme de Chicago, plus tôt ce mois-ci. Alain Bédard dit avoir tenté dans le passé d'acheter Dicom, mais n'avait pas pu s'entendre sur le prix.

Un intérêt pour le Mexique

Il a aussi envisagé cet hiver l'achat d'une entreprise qui aurait donné à TransForce un pied-à-terre au Mexique. «Mais je viens tout juste de me retirer de cette transaction-là. C'est une autre culture et une autre langue. Il faut être solide. Je garde l'idée en tête, mais ce n'est pas pour tout de suite.»

Le PDG observe les tendances et dit constater que la fabrication prend de plus en plus d'importance au Mexique. TransForce est absent du transport de lots en camion complet au Mexique, mais probablement pour peu de temps encore.

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DE L'AIDE POUR LE PDG

Alain Bédard aura bientôt de l'aide. Un chef de la direction financière sera nommé l'été prochain et un nouveau membre, spécialiste de la haute finance, fera son entrée au conseil d'administration le mois prochain.

TransForce fonctionne sans chef de la direction financière depuis près de cinq ans. C'est Alain Bédard qui assume l'intérim depuis. Cinq candidats sont sur les rangs. Le favori semble être Fayaz Suleman, chef des finances de Vitran, une entreprise que TransForce a récemment achetée.

Le prochain chef des finances devrait travailler à Toronto, car même si le siège social est officiellement à Montréal, tous les vice-présidents directeurs de l'entreprise, sauf un, sont à Toronto.

Au cours de l'assemblée annuelle de TransForce, le 24 avril, les actionnaires seront par ailleurs appelés à approuver l'ajout d'un membre additionnel au sein du conseil d'administration. Annie Lo, qui a été chef de la direction financière d'une filiale chez Johnson&Johnson pendant une dizaine d'années, permettra à TransForce de bonifier son expertise financière.

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LE CV DU PATRON

> Alain Bédard, 60 ans.

> Diplômé en finance et comptabilité de l'Université de Sherbrooke.

> Après avoir été vice-président des finances pendant une dizaine d'années chez Saputo, il a assumé au milieu des années 90 la direction d'une société régionale de transport par camion devenue TransForce.

> Il dit avoir importé la culture d'entreprise de Saputo dans le monde du camionnage. Cette culture, dit-il, consiste à faire plus avec moins dans le but d'être le plus efficace possible. «Tout le monde doit contribuer. Nous sommes dans une business où les miettes et les cennes comptent.»

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L'ENTREPRISE

> 75 000 clients en Amérique du Nord

> 23 000 employés

> 3,1 milliards de chiffre d'affaires

> Symbole TFI à la Bourse de Toronto

Forces

> Acquéreur discipliné

> Bonne feuille de route pour intégrer des acquisitions

Faiblesses

> Vulnérabilité aux fluctuations du prix du carburant

> Exposition au secteur cyclique de l'énergie aux États-Unis

> Industrie réglementée qui demande des capitaux et beaucoup d'employés




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