Présumé fabriquant de bombes: pas de trouble psychotique, mais un mal de vivre

Les bombes étaient des tuyaux vissés l'un à... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE)

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Les bombes étaient des tuyaux vissés l'un à l'autre dans lesquels il y avait de la poudre noire, des vis ou des petits objets de plomb, a expliqué Me Martineau. On les a fait exploser dans l'entrée de garage à l'aide d'un robot.

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Jordi Antunes Barros est un gentil garçon. «Un ange» qui fait tout ce qu'on lui demande de faire à la maison, assure son père. Mais voilà, en secret, dans sa chambre, le frêle garçon de 18 ans aurait fabriqué 19 bombes à tuyaux (pipe-bomb). Jordi, qui a eu des pensées suicidaires et des «flashs homicidaires», peut-il reprendre sa liberté en attendant son procès?

Le juge Robert Marchi tranchera cette question demain matin.

Après une évaluation de 30 jours à l'Institut Philippe-Pinel, le jeune homme était de retour en Cour du Québec hier pour son enquête de remise en liberté. Les experts l'ont déclaré apte à être jugé et ont fourni un rapport de 20 pages à son sujet. Un document dont le juge prendra connaissance avant de rendre sa décision.

Jordi Antunes Barros a été arrêté le 17 mai dernier. Ce jour-là, les artificiers, aidés d'un robot, ont désamorcé 19 bombes trouvées dans la maison d'Ahuntsic qu'il habite avec ses parents. Une opération qui a duré environ 20 heures et qui a nécessité l'évacuation de 50 résidences environnantes. C'est son père qui avait prévenu la police après avoir découvert les explosifs dans des sacs, dans le garage. Désemparée, la famille demandait de l'aide pour le jeune homme.

Le jeune Jordi a été accusé de possession d'explosifs dans un but dangereux, possession et fabrication d'explosifs et matières incendiaires, et possession d'arme dans un dessein dangereux. Après sa comparution, il avait été envoyé en évaluation.

Triste et complexe

Le cas du jeune homme est triste et complexe. Dès sa tendre enfance, ses parents ont consulté en raison de ses problèmes de langage. Plus tard, il y a eu d'autres consultations, notamment pour ses idées suicidaires en lien avec l'intimidation dont il était l'objet. En juillet 2013, il a tenté de se trancher la gorge devant les policiers, ce qui l'a amené à consulter de nouveau. Comme il était sur une liste d'attente, son père a requis les services d'une psychologue privée pour son fils. Il l'a consultée à plusieurs reprises. Au bout du compte, la psychologue a recommandé qu'il voie un psychiatre pour obtenir un diagnostic clair.

L'origine du mal de vivre de Jordi, qui lui empoisonne la vie depuis l'âge de dix ans, ne semble pas faire l'unanimité chez les experts. Lors de sa comparution, il semblait acquis qu'il avait le syndrome d'Asperger. Le rapport de l'Institut Pinel est muet à ce sujet et ne lui trouve pas de trouble psychotique. On y mentionne plutôt des troubles anxieux et un trouble obsessif compulsif.

Pas bien

Au moment des événements, Jordi étudiait au cégep en sciences humaines et travaillait dans une épicerie. La procureure de la Couronne, Lucie Martineau, a affirmé qu'il n'était pas bien dans sa peau et qu'il avait eu des idées suicidaires et des «flashs homicidaires» au cours desquels il se voyait tuer des gens dans une cafétéria. Sa violence ne serait toutefois pas dirigée vers les autres, seulement contre lui. Néanmoins, Me Martineau s'oppose à la remise en liberté de l'accusé pour une question de sécurité du public.

L'avocate de la défense, Valérie Rivest, a fait témoigner le père de Jordi. Tourmenté par les problèmes de son fils, l'homme est en arrêt de travail, et se dit prêt à le surveiller étroitement s'il revient vivre à la maison. La soeur de l'accusé a également cessé de travailler et participerait à cet encadrement, de même que la mère.

Me Rivest a fait valoir que Jordi fonctionnait bien quand il était encadré. L'internet a été débranché à la maison et Jordi serait accompagné chaque fois qu'il sortirait de la maison. Elle a fait valoir que rien ne prouve que Jordi voulait faire quelque chose avec les engins explosifs.

«Il faut une preuve d'intention», a-t-elle dit. Dans le passé, Jordi a collectionné les journaux. Après, ce furent les roches, a-t-elle dit, laissant entendre que les bombes relevaient peut-être de cette même lubie.

Appelé à témoigner, Jordi a promis de se conformer à toutes les conditions s'il est remis en liberté. Le jeune homme, qui s'exprime bien, veut retourner à l'école. D'ici là, il passerait son temps en regardant la télé, en lisant et en étant avec sa famille, a-t-il dit.

Le juge rendra sa décision demain.

Objets saisis

Parmi les objets saisis par les policiers :

  • 19 bombes à tuyaux
  • Un sac de nitrate de potassium
  • Un sac de soufre
  • Cinq armes anciennes
  • Mèche verte
  • Kérosène
  • Deux couteaux de style Rambo
  • Matériel pour fabriquer des munitions




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