Un proxénète de Repentigny condamné à 7 ans de prison

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L'accusé faisait notamment travailler sa victime au cabaret Doric, boulevard Taschereau, à Longueuil.

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Un parasite. Un manipulateur extrême hostile aux femmes, incapable d'introspection. Un contrôlant violent qui voyait sa victime à peine majeure comme une esclave sexuelle. Le juge Sylvain Lépine n'a pas mâché ses mots au moment de condamner un proxénète « professionnel » de Repentigny à sept ans de pénitencier mercredi.

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Jean-Robert Jr Boudreau

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« Une société juste, paisible et sûre peut-elle tolérer qu'un homme de 30 ans utilise une jeune femme de 20 ans comme esclave en la manipulant, en l'agressant physiquement et psychologiquement ? La réponse est non », a martelé le magistrat au moment de prononcer la sentence de Jean-Robert Jr Boudreau au palais de justice de Joliette,.

Le procès de l'homme aujourd'hui âgé de 38 ans a été l'occasion d'une incursion dans ce que le juge a appelé le « calvaire » de la jeune fille complètement manipulée qui pensait être son amoureuse entre mai 2009 et mai 2013, alors qu'il la tabassait régulièrement et la forçait à danser nue et à offrir ses services comme prostituée pour ensuite lui prendre tout son argent.

« Il vivait auprès d'elle tel un parasite. Son plan était toujours le même : faire de l'argent facile un utilisant une personne fragile et influençable », a résumé le juge.

GRAVÉ AU COUTEAU

Boudreau avait gravé un symbole distinctif au couteau sur le ventre de la jeune fille, pour la marquer comme sa possession, avant de la pousser à se faire tatouer son nom, comme on étiquette une marchandise.

Il la faisait travailler un peu partout : du cabaret Doric, boulevard Taschereau, à Longueuil, jusqu'à Ottawa et l'Abitibi. Sa manipulation était planifiée « dans les moindres détails », a souligné le magistrat. La victime était isolée par son proxénète qui alternait entre les cajoleries, les excuses, les promesses, la violence et les menaces pour la garder « sous son joug ».

« Dans un contexte de manipulation extrême, l'accusé a pu faire en sorte que la victime puisse avoir des sentiments à son égard alors que son objectif réel était de la faire danser, de la faire travailler comme escorte et de lui prendre l'argent qu'elle amassait », a déclaré le juge Lépine.

Illustration frappante de la difficulté à sortir une victime des griffes d'un tel professionnel : Boudreau aurait continué à exercer son emprise à distance après son arrestation en 2013. Gardé en détention préventive pendant la durée des procédures judiciaires, il s'est fait prendre six fois avec des téléphones cellulaires en prison. Il a reconnu que les appareils servaient à communiquer avec sa victime, qui, incidemment, a fini par changer d'idée et refuser de venir témoigner au procès. La poursuite a toutefois pu faire sa preuve avec une déclaration qu'elle avait déjà enregistrée sur vidéo.

Les procureures de la Couronne ont aussi déposé une lettre de la victime qui racontait les lourdes séquelles laissées par sa mésaventure. Elle vit dans la peur constante, sort peu de chez elle, consomme de l'alcool au travail, se méfie des hommes, ne peut s'habiller en camisole ou en chandail à manches courtes en raison des cicatrices sur ses bras. Elle est aussi prise avec le nom de l'accusé sur son corps et craint qu'il la fasse tuer un jour.

HOSTILITÉ ENVERS LES FEMMES

L'accusé a témoigné pour sa défense, mais a nié être un proxénète, réduisant plutôt la situation à un amour toxique entre deux personnes qui n'étaient pas faites l'une pour l'autre. Il a tenté de présenter la victime comme une « danseuse nymphomane » qui « aime se faire prendre en charge » et qui « se victimise en allant vivre dans une maison pour femmes battues ». Il a admis avoir arrêté l'école après sa première année du secondaire et vivre sans compte en banque et sans revenu officiel.

Cette stratégie n'a pas aidé sa cause, le juge remarquant son « mépris », son « hostilité envers les femmes » et son incapacité à l'introspection. Même son agent de probation a mis en doute sa capacité à s'amender à l'avenir. « La côte à remonter nous a paru un défi hors proportion », a-t-il noté.

Le juge a finalement imposé une peine de sept ans de pénitencier à l'accusé, dont il faut soustraire 44 mois déjà passés en détention préventive. Il reste donc trois ans et quatre mois à purger à partir de cette semaine. Boudreau sera aussi inscrit au registre des délinquants sexuels. Il a déjà annoncé qu'il portait sa condamnation en appel.

« De très jeunes femmes, à peine majeures, sont entraînées par des souteneurs professionnels comme l'accusé au présent dossier. La victime a été marquée comme du bétail et l'accusé s'en est servi selon son bon vouloir et vivant de l'argent que celle-ci devait lui remettre alors qu'elle devait utiliser son corps pour satisfaire le train de vie de l'accusé », a conclu le magistrat.

Les procureures de la Couronne, Me Geneviève Rondeau-Marchand et Me Marie-Ève Sasseville, se sont félicitées de la sentence obtenue. « Nous sommes satisfaites du jugement dans le contexte, surtout pour la victime, qui va enfin pouvoir tourner la page et passer à autre chose », a déclaré Me Sasseville.

Jean-Robert Jr Boudreau a été reconnu coupable de : 

- Traite de personne

- Proxénétisme

- Voies de fait

- Voies de fait avec lésions

- Agression sexuelle

- Non-respect des conditions de probation

Des messages textes révélateurs

Un superviseur du SPVM, Dominic Monchamp, est venu témoigner au procès à l'appui des enquêteurs de la police de Repentigny. Il estime que les messages textes envoyés par Boudreau étaient typiques des mécanismes de contrôle utilisés par les proxénètes. Voici quelques extraits des messages. La Presse a corrigé en partie l'orthographe pour le rendre lisible.

Menaçant

« Plus les jours passent plus tu me disrespect. Le monde savait que t'étais ma femme. Moi je suis à Montréal, toi à Ottawa. En tout cas, continue, t'es bien partie, chienne sans médaille. T'as jusqu'à ce soir pour monter à Montréal, t'es avertie. »

Enjôleur

« Penses aux bons moments aussi. Je pensais qu'on était plus forts que tout [...] Une vie avec moi ça ne s'achète pas, ça se vit. Laisse-moi une chance. J'ai besoin de toi et on fera l'argent en double. Tu travailles bien, t'aurais dû garder cette énergie pour notre agence. »

Flatteur

« Ta vie tourne en rond. Réveille. Tu es plus intelligente que ça. Allez, rentre à la maison. On va y arriver, mais pour ça faut être ensemble bébé. »

Insultant

« Tu ne seras jamais une femme respectable. J'ai essayé de te donner ce titre, mais tu veux être une bitch, c'est dans ton sang. »

Blessant

« Je vais appeler ma petite blanche, je vais la faire t'envoyer chier pendant que je la baise. »

Manipulateur

« Je voulais que tu soies à moi à jamais, j'ai jamais voulu que tu sortes de ma vie, je pensais finir ma vie avec toi (...) Moi c'était oui pour toujours, même quand tu étais laide et blanche plein de cicatrices et sans argent, j'étais là et je nous réconfortais. »

Vendeur de rêve

« J'avais des plans avec toi. La maison à Terrebonne. La bague. Tes boules. Notre business. Et le bébé. Tu vois, c'est con à dire, mais tout ça on l'aurait déjà si tu m'avais écouté. »

Entrepreneur

« Moi j'ai fait mon chemin. Trois bitchs, une conductrice, je veux tout mettre ensemble pour faire un gros coup d'argent. Je suis tanné de niaiser. En plus tu m'as fait perdre une bitch parce que tu disais que tu t'en venais. Tu es mauvaise pour le business. »

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