Un Clerc de Saint-Viateur acquitté sur un doute raisonnable

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Tout en acquittant un des dirigeants québécois des Clercs de Saint-Viateur, Gérard Whissell, une juge se dit convaincue que des actes sexuels indécents à l'encontre d'un élève ont bel et bien été commis au Collège Bourget, de Rigaud, à l'époque où le religieux le dirigeait, il y a une trentaine d'années.

Des faveurs sexuelles auraient été obtenues en échange de l'annulation du renvoi d'un élève turbulent, lit-on dans une récente décision de la juge de la Cour du Québec, Odette Perron.

Le plaignant dans cette affaire avait 14 ans au moment des infractions reprochées, en 1981. Il était orphelin et de son propre aveu un élève turbulent.

En troisième secondaire, il avait été suspendu du collège et renvoyé dans son foyer nourricier. On lui aurait alors fait comprendre qu'au prochain écart de conduite à son retour au collège, il serait envoyé en école de réforme, résume la juge Perron dans son jugement du 11 juin.

Le plaignant n'a porté plainte à la Sûreté du Québec qu'en 2010. Lors du procès, qui s'est tenu fin avril au palais de justice de Salaberry-de-Valleyfield, il a dit avoir eu des relations sexuelles avec plus d'un religieux à cette époque.

Parmi ceux qu'il accusait, il y avait Gérard Whissell, 75 ans, professeur de physique puis directeur des services pédagogiques de l'école de Rigaud entre 1980 et 1991.

Au procès, il a raconté s'être fait prendre par le frère Whissell en mars 1981, alors qu'il volait des fusibles dans un panneau mural près de son bureau. Il se servait des fusibles pour jouer au Mississippi.

Il dit avoir alors proposé à M. Whissell des faveurs sexuelles en échange de son indulgence, chose qu'il avait déjà faite dans le passé avec d'autres frères.

Gérard Whissell, qui est aujourd'hui économe provincial - responsable des finances - de la congrégation des Clercs de Saint-Viateur, a témoigné pour sa défense et nié en bloc.

Pour miner la crédibilité du plaignant, il a notamment invoqué certaines descriptions erronées des lieux où les agressions auraient été commises, notamment la disposition de la chambre du religieux. Selon le frère Whissell, le plaignant aurait aussi livré une version improbable, car selon sa description, certaines des relations auraient eu lieu à des heures où sa secrétaire aurait dû être sur place.

LA JUGE CROIT LE PLAIGNANT

Devant ces témoignages contradictoires, la juge Perron a dû soupeser la crédibilité et la fiabilité des deux témoins.

Elle qualifie de crédible la version du plaignant sur les dates de sa suspension et sur l'endroit où il a volé les fusibles. Cette version est corroborée par un autre témoin.

«Il est aussi très franc lorsqu'il témoigne avoir vécu des expériences sexuelles avec d'autres professeurs ou directeurs avant celles qu'il associe à l'accusé. Il est entreprenant, il initie les gestes [...] il l'avoue. Il est conscient de son pouvoir sexuel afin de s'attirer la clémence», écrit la juge.

Malgré tout, elle estime possible, vu l'âge du plaignant au moment des faits et le temps écoulé depuis, que sa mémoire fasse défaut quant aux lieux des agressions et qu'il associe erronément Gérard Whissell aux agressions.

«Même si je ne crois pas la dénégation générale formulée par l'accusé, il faut néanmoins [que] la preuve de la poursuite convainque hors de tout doute raisonnable, conclut la juge. Il est vrai que l'enfant ne retient pas tous les détails comme le ferait un adulte.»

À plusieurs reprises, la juge répète qu'elle croit le plaignant, que des gestes à caractère sexuel ont été commis au Collège Bourget. Mais que le doute raisonnable force l'acquittement.

Le directeur des poursuites criminelles et pénales était représenté dans cette affaire par Me Claude Doire, et la défense était assurée par Me Guylaine Lavigne.

Les religieux n'enseignent plus au Collège Bourget. Mais les Clercs siègent toujours au conseil d'administration.

DEUX AUTRES ACCUSÉS

Deux autres Clercs de Saint-Viateur ont été arrêtés par la Sûreté du Québec et accusés à la suite de la dénonciation du même plaignant. Laurent Madore, 77 ans, subira son procès les 12 ou 13 août. Quant à Georges Montpetit, 82 ans, il a été déclaré inapte à subir son procès par une équipe de l'Institut psychiatrique Philippe-Pinel, en raison de son état de santé. Les conclusions du rapport médical seront présentées au tribunal le 27 août prochain.




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